LA FRANCE PENDANT L ABSENCE DU ROI
vu que, lors de la prédication du pélerinage d'outre-mer, une bulle du pape avait mis tous les fiefs àes croisés et leurs hommes sous la sauvegarde de l’Église; de sorte que la croisade apportait un frein à cette activité de guerre et de violence, caractère des barons au moyen âge. Les clercs n'étaient occupés qu’à dresser des chartes de donation aux églises du voisinage, « à faire rogations et prières, découvrir chässe bénite pour le succes des pélerins!;»
les chevaliers aliénaient tout alors : fiefs, viviers, fours communs, et leur prodigalité ne calculait rien ?. Dans ces circonstances, la reine Adèle de Champagne et l’archevèque de Reims, régens du royaume pendant l’absence du souverain, étaient restés dans les limites d’une timide gestion. Ils avaient renvoyé le jugement de tous les cas un peu graves au retour du ro1; ils n’osaient pas méme prononcer dans les matières épiscopales, quoique le pape les pres-
" Chronique de Saint-Denis , ad ann. 1191.
2 Voir la grande Collection des Chartes, par M. de Bréquigny. On y trouve ( de l’année 1189 à 1192) plus de cent aliénations
de fiefs qui ont pour motif la croisade.
VEXATIONS POUR LA DIME SALADINE. 3 st souvent d’en finir pour le bien de l'Église 1, L’éhite des barons avait d'ailleurs suivi Philippe-Auguste , et c'était au camp devant Acre que la plupart des grandes contestations étaient décidées. Plusieurs chartes relatives aux fiefs de France furent scellées en la terre d’outremer. D'un autre côté, la perception de la dime saladine avait absorbé l'attention des officiers de la couronne; on continuait à trouver de vives résistances dans les monastères et le clergé en général, qui criait à la persécution, parce qu’on le soumettait à la loi commune ; souvent aussi les barons supérieurs dans l’ordre des fiefs, et qui étaient chargés de prélever la dime sur leurs vassaux, exerçaient, sous ce prétexte, des vexations contre les abbés et les bons moines; leurs officiers s’emparaient des vases sacrés qu'ils mettaient en gage chez les juifs, et, quoiqu’ils n’eussent pas le droit de gite et d'hôtellerie , leurs majordomes venaient habiter avec les servans d'armes dans les domaines de l’église, et consommaient plus de
* Il existe une lettre originale sur ce sujet, adressée par les
deux régens au souverain pontife. {Même Collection, t. 1v.)