‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 208 sur 336 · HAINE DES GRECS ET DES FRANCS · texte numérisé non relu

HAINE DES GRECS ET DES FRANCS

tauration opérée par la main de l'étranger.

Les conditions imposées par les barons leur étaient odieuses; leur réunion promise à l'Église latine leur paraissait une profanation du culte, une impiété révoltante : habitués aux disputes subtiles, ils ne concevaient pas qu’on les forcçat de croire à la primauté du pape, à la consécration de l'Eucharistie sans azime, et, dans leur foi bigote, ils n’apercevaient leur sujétion que parce qu'on voulait qu'ils reconnussent que le Fils procédait du Père et du Saint-Espritr. Alexis allait souvent visiter les chevaliers d'Occident; et les Grecs qui l’accompagnaient, habitués aux formes cérémonieuses de la cour de Bysance, étaient toujours prêts à s’indigner des familiarités insultantes des derniers soldats de l’arméede France envers l'héritier de l'empire des Césars. Celui-c1 avait contracté, pendant son séjour sous la tente des croisés, toutes les habitudes de la vie militaire des barons français. Il jouait aux dés, s'enivrait, et ses expressions avaient quelque chose de cette rudesse cheva= leresque que les Grecs étaient accoutumés à

» Nicétas, p. 348.

PROLONGATION DU SÉJOUR DES FRANCS. 253 considérer comme la barbarie même. On rapporte que des matelots vénitiens, au milieu des joies bruyantes d’un festin, coifferent Alexis d'un bonnet de laine, en présence des courtisans grecs, dont la gravité vaniteuse devint un objet de risée. Ainsi méprisé par ses sujets, Alexis dut s'appuyer sur les étrangers qui faisaient toute sa force; il voyait donc s’avancer avec crainte l'instant fixé pour le départ de la flotte de Venise et l'exécution des conventions arrêtées. Aux approches du jour fatal, il vint trouver le comte de Flandre et les principaux de l’armée. « Sire comte, dit-il, je sais que vous m'avez fait plus grand service que nul autre ne fit jamais à prince chrétien; mais sachez que maints Grecs, qui me montrent beau semblant, ne m’aiment pas; tous cachent un très grand despit en leur cœur de me voir ainsi restabli par vos forces en mon héritage. Le terme approche où vous devez retourner. Il me sera impossible de tenir les conventions

“pour cette époque; ne me laissez pas ici tout seul, car je suis en danger; les Grecs me haïs-

: Nicétas, page 358.

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