‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 216 sur 336 · ATTAQUE DES MURAÏLLES ET TOURS · texte numérisé non relu

ATTAQUE DES MURAÏLLES ET TOURS

virent obligés de regagner leurs vaisseaux plus vite que le pas ï.»

L’échec que venaient de recevoir les barons français et leurs alliés les Vénitiens, était assez grave dans la circonstance, pour appeler un nouveau parlement. « Le samedi et le dimanche tout le jour, ils songèrent à cette affaire.» Il fut arrêté que les nefs où étaient les échelles seraient accouplées ensemble, afin que deux en compagnie pussent assaillir une tour, et l’attaquer plus efficacement. Ils temporisèrent jusqu’au lundi. Dès le matin, les chevaliers coururent à leurs armes, et l'assaut commenca fier et meurtrier. Le bruit était si grand, qu’il semblait que la terre et la mer se fussent mélées et confondues ensemble. La bataille durait depuis long-temps, quand deux galères, l’une nommée la Pélerine,et Vautre le Paradis, approchèrent si près des murailles, que les hommes d’armes purent se précipiter du haut des mâts au sommet d’une tour. Les deux premiers qui sauterent tout soudain, et par un très grand effort d’audace, furent un Vénitien ét un chevalier

: Gunther affirme , à l’occasion de ce combat, que nulla spes victoriæ arridere poterat. Hist. C. P., c. 13.

PRISE DE CONSTANTINOPLEF. 263

français, nommé André d'Arboise t ; le reste des chevaliers et des matelots suivit ce courageux exemple, et contraignit les Grecs à délaisser la tour. Quand les gonfanons de Flandre, de Champagne et de Venise parurent sur les créneaux, les chevaliers sautèrent à qui mieux mieux de leurs galères en pleine terre. deslogeant tous ceux qui étoient au haut des murailles ; fiers de cette première pointe d'armes, ils gagnent encore quatre tours,enfoncent trois portes, entrent pêle-mèêle, et commencent à se répandre de toutes parts. Ils courent à toute bride au logis du tyran Mourzuphle?.

Le nouvel empereur avait rangé ses troupes en bataille devant ses Camps ; mais , lorsqu'il vit s'approcher les chevaliers du comte de Saint-Pol, la lance haute et la visière baissée, il s'enfuit, lui et les siens, jusque dans

: Les chroniques citent aussi un chevalier nommé Pierre Bacheux. Dans sa frayeur, Nicétas lui donne la taille gigantesque de cinquante pieds. Baudouin, dans sa lettre au pape, s’écrie avec l’enthousiasme d’un psalmiste : Persequitur unus ex nobis centum alienos. |

2 Villehardouin, Liv. IV, n° 130. Sur la prise de Constantinople, voyez la seconde lettre de Baudouin au pape Inno- Cent III, Gest. c. 92, p. 534-537 ; le règne entier de Mourzuphle, dans Nicétas, p. 363-395 ; Dandolo, in Chronic. Venit., p.333, et Gunther, Hist. Constantin., c. 14, 18.

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