O DROIT DES GUERRES PRIVÉES
Les députés portèrent les clauses de ce traité à Philippe, qui dit: «Puisqu’on veut suspendre les guerres, que tous mes vassaux et ceux du roi anglais ÿ soient compris, et qu'ils ne puissent faire batailles entre eux. » Richard répondit : «Je ne le puis, car les coutumes . d'Anjou s’y opposent; les comtes et les barons peuvent toujours vider leurs différends par les combats à outrance, je ne puis l'empêcher 1. » En même temps 1l adressa la charte suivante à l'évêque de Salisbury : « Que tous ceux qui veulent faire des tournois et des guerres privées sachent que je ne veux point les empêcher, pourvu qu'ils paient la redevance d'usage, savoir : que le comte me donne vingt marcs, le baron dix, le chevalier possédant fief quatre, et le simple chevalier deux ; qu'Herbert Gauthier, grand justicier d’Angleterre, soit chargé de lever cette redevance?. »
Ces ordres donnés par Richard irritèrent Philippe - Auguste, qui ne voulut plus entendre parler de trève, et continua la guerre
* Roger de Hoved., Ann. Angl., ad ann. 1193.
2? Rimer FϾder., t. 1.
DÉFAITE DE FRÉTEVAL. br
avec fureur. « : Les fils de la France allérent piller une ville puissante en richesses, nommée Dieppe, et la réduisirent en cendres.
Comme ils revenaient ainsi chargés de bons écus d’or, Richard s'étant posté au débouché d’une certaine forêt avec beaucoup de chevaliers armés à la légère, leur enleva, dans une embuscade, un grand nombre d'hommes chargés de butin ». A l'approche de Philippe, le roi des Anglais se retira dans le Berry.
C’est dans cette course que les barons de France éprouvérent une triste défaite. «Entre Fréteval et le château de Blois? est un lieu célèbre nommé Beaujour, perdu en quelque sorte au milieu des bois, et enfoncé dans de noires vallées. Le roi était par hasard en ce réduit avec ses barons, et vers la matinée, 1l prenait son repas, tandis que les. troupes cheminaient avec les chariots et les chevaux chargés d'armes, de vases et de toutes les choses nécessaires pour lusage d’un camp.
Tout-à-coup le roi des Anglais s'élance de sa retraite et disperse facilement ce peuple de
* Philippéide de Guillaume-le-Breton , ch. v. » Ibid.
ba LE TRÉSOR TOMBE AUX MAINS DES ANGLAIS,
chevaliers désarmés; il tue, emmene les chevaux, les hommes, les charriots etles bagages, les vases de cuisine que l'or et l'argent rendaient éclatans et plus précieux que tous les autres. Le ravisseur perfide n’épargna pas davantage les petits tonneaux tout remplis d’écus, non plus que les sacs qui renfermaient les ornemens, les registres des impôts et les papiers du fise; le sceau royal fut enlevé, et le roi éprouva, dans cette circonstance, une perte incalculable :.
« On n’était pas encore au premier moment du repos quand tout à coup on crie : aux armes! Tous les hommes accourent pêle- .
mêle; nul ne s'informe s’il s'empare des armes qui lui appartiennent ou de celles de son compagnon, et chacun prend pour lui les épées et les lances qu'il trouve à sa portée, Mais déjà chargés de dépouilles , les ravisseurs s'étaient prudemment dispersés dans les bois
: Voici comment s’exprime à cette occasion la Chronique de Saint-Denis : « Li roi Richars qui se fu mis en embuschemens « pour lui grever sil peut, salit soudainement du bois à grand « compagnie de chevaliers armés, et prit les sommiers du roi « qui portoient les deniers et la vaisselle d'argent. » (Chroniq., ad ann. 1194.)