G TRAITÉ AVEC LE COMTE DU HAINAUT
beau comte. » Sur ces menaces, l’évêque d'Arras intervint, et calmant l'irritation du suzerain et du vassal, les amena à signer le traité suivant :
« Le roi consent à recevoir l'hommage de la comté de Flandres, qui revient par succession au comte de Hainaut. Louis, fils du roi, recevra pour la dot d'Isabelle sa mére, les cités d'Arras, Aire, Bapeaume, Hesdin et Saint- Omer, les fiefs ou mouvances de Saint-Paul, de Boulogne, de Guines et de Liliers;, quant à la vieille Mathilde, aïeule des droits héritiers de la comté, elle aura, comme douaire, Baubourg, Cassel, Bailleul, Bergues , Furnes, Lille, Douai et Cisoin, avec retour, à sa mort, aux domaines de Flandres.» À ces conditions l'hommage du comte fut recu; Philippe baisa son vassal sur la bouche, et celui-ci, en gage de fidélité, mit ses mains dégantées dans celles de son suzerainï.
Il n’est pas douteux qu’en quittant la Palesune, le roi, malgré ses sermens devant Acre,
1 Meyer, Annal. Fland., ad ann. 1191. — Voyez aussi Galand : Preuves des Droits du Roi et de la Couronne sur la
Flandres, p. 144.
LES GARDES DU CORPS. 7 n'eut l'intention de profiter de l'absence de Richard pour envahir ses domaines. A son passage à Rome, 1l avait sollicité le pape pour qu'il le dégageàt de sa foi; et, à son arrivée à Paris, il s'aperçut bientôt que la situation intérieure de l'Angleterre offrait un vaste champ à ses projets ambitieux'. Le petit nombre de barons anglais qui n'avaient pas suivi Richard, privés de leur souverain, étaient incapables de lutter contre le roi de France, convoquant tout son ban féodal. Dès lors celui-ci pouvaitse promettre des conquêtes faciles dans les plaines de l’Anjou et de la Normandie. Il ne restait plus qu'un prétexte de guerre : « Or, un jour étoit le roi à Pontoise; là ly furent novelles apportées d'outre-mer, qui contenoient que le vieil de la montagne avoit envoyé en France des as- .
sassins pour l’occire à la prière et commandement du roi Richard. De ces novelles, le roi fut moult troublé et ému. Aussitôt se départit de Pontoise, et depuis fut moult soigneux de son corps; il establit sergens qui tojours por-
: Benoit Peterborough, ad ann. 1191, comparez avec les témoi-
guages cites daas le précédent volume.
le: INVASION DE LA NORMANDIE.
toient grande masse de cuivre devant lui pour son corps garder !. »
L’accusation portée contre Richard était absurde : elle provenait d'une de ces rumeurs que la crédulité publique accueillait sur le vieux de la montagne et son mystérieux pouvoir; néanmoins le roi s’en empara comme d’un heureux prétexte de guerre : il convoque ses hommes, et se précipite sur la Normandie sans aucune sommation ni envoi de héraut; les barons anglais n’eurent pas plutôt connu l'apparition du gonfanonroyalsur les frontières de Normandie, qu’ils passèrent sur le continent, et vinrent voir le roi : «Pourquoi vous lever ainsi, luidirent-rls, contre le pélerin ?—Qu’on exécute à mon égard le traité de Messine, répondit Philippe; qu’on me rende Gisors, le Vexin, le comté d’Auge et d’Aumale; qu’on me rémette en mème temps ma sœur Alix, détenue dans la chatellenie-de Rouen.— Nous ne le pouvons, car Richard n’a point envoyé ses chartes scellées. —Eh:bien!
je saurai les avoir par la force.» Alors l’archevêque de Rouen s’approcha, la mitre en tête,
* Grande Chronique de Saint-Denis , à l’année 1191.
ON APPREND LA CAPTIVITÉ DE RICHARD. (e
l'étole au cou, et lui dit : «O roi lignores-tu que Richard est encore dans le saint pélerinage, et que l'Église protége ses domaines? Renonce à ton entreprise impie, situ ne veux encourir les foudres de l’excommunication.— Oui, j'attendrai, dit le roi, mais peu de temps.
Philippe avait placé ses tentes près de Vernon, lorsqu'un sergent d’armes, paré de sa robe aux couleurs d'Henri d'Autriche, lui remit le message suivant : « Henri, empereur des Romains, toujours auguste, à Philippe, roide France, son cher: et spécial ami, salut et affection : Notre grandeur impériale sachant que vous vous réjouissez du bonheur dont il plaït à Dieu de nous honorer, nous avons cru devoir informer votre noblesse que Richard , roi des Anglais , Fennemi denotreempire , le perturbateur de votre royaume , étant sur mer pour retourner en son pays, a fait naufrage aux côtes d'Istrie entre Aquilée et Venise, et s’est sauvé avec peu de personnes. Maynard, comte de Gortz, notre vassal, et les peuples de ces contrées, sachant que ce roi avait trahi la Palestine, et achevé de
: Benoît Peterborough , ad ann. 1192, et Raoul de Dicet, sous la même date.