TENTATIVES INUTILES DE REFORMATION
frir , lorsqu'elle veut acquérir un grand ascendant sur les esprits ' .
Non-seulement les conciles, mais toute la correspondance des papes 9 les lettres encycliques ou particulières , s'occupent de cette réfornoation des mœurs du clergé. Au XII'' siècle, presque tous les monastères , les corporations canoniques , reçurent des règles nouvelles , ou s'imposèrent des devoirs plus impérieux de morale et de religion. A la voix de St. Bernard, aux exhortations des évéques et des pontifes zélés pour la cause de l'Église , on se précipita dans les austérités , mais elles ne durèrent qu'un moment; le naturel l'emporta bientôt; les moines revinrent à leur dissolution première , et perdirent ainsi ce que la prévoyance des pontifes voulait leur conserver.
Les prémices tentatives faites en dehors de l'Église pour luttercontre sa suprématie^avaient donc éveillé la sollibttude pontificale; mais plus elle essayait sa force, plus elle trouvait de résis-
1 PoBT se faire une idée des désordres du clergé et des mesures séTères des conciles cootre les mauvaises mœurs, il suffit de consulter les tables de la grande collection du père Labbe, aux mots clercs, Jeuœ du hasard, caneubinôy msit, ehat$e, simonie^ adultère, et Ducange aux mêmes mots de son glossaire , etc.
228 ORDAB DES PRÊCHEITRS. INQUISITION.
tance ; quelquefois vaincue , d'autres fois victorieuse , elle songea , dès-lors « à s'assurer des auxiliaires nouveaux , afin d'arrêter ce mouvement de la société qpi la menaçait. On peut considérer comme une création , destinée à s'op poser aux esprits novateurs « l'institution de l'ordre des prêcheurs ou des prédicateurs , et cette formidable inquisition dont le nom seul rappelle de sanglantes annales.
L'ordre des prêcheurs fut institué par saint Dominique. Son but était le maintien, la propagation de la foi et la défense du Saint-Siège; une milice toujours prête parcourait la chrétienté* et , sans se soumettre à d'autre autorité qu'à celle des papes , prêchait l'obéissance passive à l'Église 9 percevait des deniers , vendait des indulgences et cherchait à ramener la simplicité de croyance des beaux jour« du catholicisme'.
Cette troupe prédicante fut bientôt armée du terrible pouvoir d'instruire et d'enquérir <îontre les hérétiques, première origine de l'in-
1 Touron, hUt. des hommes illustres de rord]:e de St. Dominique, Barifs i645, 6 ▼oï, in-4. , 1. 1, pi:çface et Tiç de St. Douninic|ue.
ESPJRIT DU GATHOUGISME. 229
quisltion. Tous les ennemis de l'Église forent compris dans la proscription générale, ainsi que les nouveautés qui pouvaient compromettre la suprématie du Saint-Siège'. Les violences de l'inquisition furent en quelque sorte les dernières rigueurs d'un pouvoir chancelaut , qui se croit fort parce qu'il est cruel et qui de ses propres mains hâte sa ruine. Les deux créations destinées à sauver le catholicisme contribuèrent à sa perte. L'ordre des prédicateurs , les abus que commirent les moines et les prêtres vendant des indulgences , trafiquant du salut , donnèrent un prétexte sensible à la grande réforme du XV* siècle', et les cruautés de l'inquisition soulevèrent l'humanité contre la domination ecclésiastique.
Quand je dis que ces causes diverses contribuèrent à la ruine du catholicisme, c'est que
1 Le père Touron , en discutant les temps bà ribqoisition fut précisément établie, creit que cette institution est postérieure à Pierre de Castelnau et à St. Dominique,* quoique, ait-il, ces deux saints personnages fussent bien dignes, par leurs vertus, d'exercer et dlnstituer un si auguste ministère.» Touron, lir. 1, ch. 6, p. 38 4i. Voy. Fleury, hist. ecclésiast. t. xxix, n.<57. Ut. ]^x, n. 4o*
2 Tout le monde sait que les réformateurs tonnèrent surtout contre les trafics des^ indulgences.
!25o ORDRES RELIGIEUX ET CHEVALERESQUE.
le catholicisme n'existe plus là où il n'est pas la source unique du pouvoir. Comme il forme une hiérarchie^ et un gouvernement, sa desti* née est de régner ou de périr ; tous ces ménagemens, tous ces concordats, tous ces traités de conciliations, ne sont que des trêves im'puissantes pour empêcher la lutte engagée entre deux systèmes, l'indépendance de la raison et l'autorité de la foi. De là ce malaise qu'éprouve la société actuelle , ces sourds combats entre des forces en opposition , qui s'alimentent de concessions et de ménagemens. Qu'un pontife capable monte dans la chaire de Saint-Pierre, et il peut ébranler toutes les royautés catholiques; qu'un homme fort vienne sur le trône et le catholicisme est menacé. Il y a donc lutte encore entre deux principes inconciliables , celui d'une puissance civile et d'un gouvernement ecclésiastique. En Angleterre et dans une grande partie des souverainetés du nord, le principe civil a triomphé, partout ailleurs il y a trouble; la cause est facile à saisir comme le remède serait facile à porter. Peut-être faut-il aussi ranger, dans les prévoyances des papes pour s'opposer à ce grand
LES TEMPLISRS. 23 r
mouTement social , qui menaçait leur pouvoir, la protection accordée auy ordres religieux et cbeYaleresques , qui s'établirent à l'occasion des croisades contre les infidèles. Les papes virent dans ces associations |empreintes d'un double caractère, dans cette milice tout à la fois religieuse et guerrière, desdéfenseurs toujours prêts à soutenir le catholicisme contre les forces de la terre. Mais lorsque l'opinion se modifie , les institutions entées sur des idées vieillies manquent leur objet, et tournent souvent contre leur but. Chacun connaît le procès des Templiers, et l'on sait que ces moines-chevaliers ayaient suivi eux-mêmes le torrent des nouveautés ; les papes , au lieu de trouver en eux des défenseurs , fiirent obligés de sévir contre la corruption de leurs moeurs et la perversité de leurs opinions hérétiques'.
Pour nous résumer, les progrès du catholicisme allèrent toujours s'accroissant jusqu'au
iL'eicellent travail de M. Raynouard sur les Templiers n'a pas entièrement justifié de l'hérésie cet ordre militaire et religieux ; si la dissertation de M. de Hammer ofFré du désordre dans les idées, si elle est exagérée dans les conséquences , il y a du savoir et une connaissance parfaite de cette filiation des doctrines philosophiques et hérétiques qui, de l'Église primitive, sont arrivées au moyen âge.
!ï32 RESULTATS.
XII* siècle; l'Église fut alors la source de toute autorité , de toute civilisation ; à partir de cette époque, sa puissance décline ; des causes diverses agissent pour préparer sa décadence ; un nouveau gouvernement , des idées nouvelles , se substituent aux principes purement religieux • C'est cette société ^ re* posant sur des élémens rajeunis, mais qui s'y montrent ''encore à peine, que nous allons saisir et prendre à sa naissance*.