LE BOI, LES ÉGLISES BT LES BOURGEOIS
La simonie dominait l'Église; toutes les dignités étaient vendues , et jusques dans les monastères, les fonctions du cloître se livraient à Fencan ; ce malheureux esprit est vivement censuré dans une lettre dlnnocent III aux archevéqueset e'véquesdeFrance *; le pontife s'élève avec une indignation non moins ardente contre la conduite de Tévêque de Poitiers et les infâmes trafics auxquels il se livre ; il l'invite à se repentir et à se soumettre à la pénitence % Ainsi le pape maintenait les mœurs et la discipline de l'E* glise.
Philippe- Auguste s'eflTorçait à son tour de protéger les droits et les dignités eccl^iastiques, au préjudice même de ses barons et de ses bourgeois; les magistrats de Rheims s'étaient emparés des clefs de la ville contre le privilège de l'archevêque ; le roi leur écrit afin qu'ils les rendent sous peine d'encourir son indignation * , les bourgeois ne l'écoutèrent point et continuèrent de garder les portes. C'est en-
i MartèDe, Thesaur. anecdot. , t. i, col. S17. a Epist. inaocent, t, 11, p. 691.
^ Marlet , Hist. Remens. , t. a , p. 4/8,
lOOVS AUX ÉGLISES. 385
core oomme pr^^ctew dei clercs qu'il adre^ga une charte au «oratç de TouWiMe, afin de rendre à son éclat et à son antique puissance 1 edisé de Mago^oone*. *
Pliijîppe accablait de dom les motià^èreyi les cathédrales ^leshèpitaux. En i3o6, M destina de noii^reuses terres à -la fondaticm de Fabbaye de Font-Daniel^ ; il dota la maison de Diea d^ Paris de txwite la desserte dé sa chambre , chaque fois qu'il qaiw^ait la tour du Louvre du ses autres manoirs delacitéP. Sur la. demande de Jean, aM^é de Saiot^Gwitiain , il réconnut et confirma les droits paroissiaux de l'abbaye dans tout let^rif toire r^i£armë entre le petit pont et le bour^ Saiut-Gerinain^, et paa> Dne autre charte iï lui donna l'usage exclusit d'une poterne dafls 1^ murs de Paris '. Le roi. concéda à Tabbé du monastère de Gheyreuse tous les privilèges ré* galtens fur les églises du diocèse*. Une sem-
^ Dm. Vâissète, Hist. du Languedoc, t. m, col. aïo. a Galtia Christian. , t. iv , col. 4o8.
3 Felibien, Hikt. de Paris, t. m, p. 343.
4 Lannoi opéra, t. m, part. 1, p.aSp.
5 Dubreuil, Antiq. de Paris j fol. 4i5,,t«
6 Calli» ChrisUan., t. xit, Instrum. , col. 348, a« èdit. T. m. j^5
586 OONS AUX ÉGLISES.
blable donation fut tsàie à l'église d'Auttrn, sauf cependant la garde , chevauchée, ou service n^litaire , auxquels elle ne cesserait pas d*être soumise ' ; Tévêque d*Auxerre en fiit exempté, mais seulement durant sa vie, et bien entendu quUl enverrait ses hommes aux ba* tailles sur la demande du suzerain comme le commun des barons ' ; Manassé« évèque d*Orléans., demeurait tenu d^aller personnellement en gueire '.
Qttdquefois le roi donnait des usages dans ses bois, ses forêts, et ses rivières; il coucéda axk% moines de Sainte-Marie de Bon^ort quHls pourraient moudre leurs blés sans aucune exaction séculière dans le moulin du pont de TAtcbe^; souvent aussi la charte ne constitui^t qu'un simple échange. Philippe fait savoir dans un de ses diplômes qu'il a cédé à Tëvéque de Paris onze deniers de cens sur sa maison de Notre-Dame-des-Champs, contre pareille somme de onze deniers que l'é-
1 Labbe Biblioth. MSS. , t. ti , p, iH, • Leboenr, Hiiit. d^Aaxerre, t* ii^p; SS. < 3 Gall. Ghrifitian. , édit. i ,t. Ttii, ob\. ft6« Neuf tria pia, 896^
CONFIRMATION IHSS GHaRTES DBS ÈAfiOl^S. SSj
^écfoe po$9ède«ur S^iût-Thomai dû LouTre '• Le roi confirmait aussi les dons que '^ses vassaux multipliaient souvent en Êivenr des églises. Un de ses^ diplômes approuve la eharté par laquelle Mathieu, sire de Montmorency; dote l'église de Sainte-^Marie du Val , d'une mesure de fronnent destinée à feire des hosties ' ; un autre acte royal ratifie la don§tion de Jean , sire de Moatmirail» et de sa femme Helvide , à la maison de Dieu de Paris , d'une partie de bois mort pour chaufifer les pauvres , et d'une autre portion pbur construire, dés cellules^^. E^fin le ix>i sanctionne lançoncession faite par Hubert de Coulomier à 1'©^ gUse de Saint-Quentin des poules et des œufs dé la ferme qu'il possède près de cette église ^
To ai peignent bien
l'espr aucun de ces ta-
ractè ^ssible d'analyser
et de iveç les faits con-
,2 G^néàlog^ MootniorQfiqy , preav. » 77.
3 Hisr. deTabbaye àe Long-Pont, p. i6i.
4 August.-Viromand , p. igS, fragment
5âô SQU<.èyfiM£NT DB PÂSTOVABU.
temporaip^.ll re|)roduire tes oprâic^isde cette époquie n^eiTfeiUeusq.
Tout pipuvfena^çojt pppulairc dans le moyen âge a de rip»|)«^rMpcef parce qa U ejsl un sy mp^ tome de y m Q( dc^ libe^rté ; la malheureitte conr ditipn duflierf et de l'babiiant des campagnes, les excitait aouveut à se soulever contre leurs oppresseurs, l^^ paysaus ou pastoureà quittai^Qt h glèt>e» s armaient de bâtona, de fqiirohes et de tous les instrumens. destinéa à leurs travaux , puis couraient contre les ^liaes et 1^ qianmrs qu'ils réduisaient aï cendre; Us n^épairgnment ni les sires châtelains , ni les clercs opprei9seurs , et leur liberté faroudbe et indisciplinée troublait même les paisibles monastères,; dans les premières années du Xnr siècle, tandis c ; ab-
sensî de leurs casteL W-
viuQ „une graniçl^ j( A dfe
p^Stourçl^ ^ manil uen*
tral^, d» royaiim étus
de bure grossière 1 fer
<les églises, s'empar i^ ils
parcoururent ainsi tout leBerry ^ et malbenr au manoir dontle^ hommes df'armes ne hissaient
CROISADE d'eNFaNS. 38^
pas le pont-Ievis, et ne garnissaient pas d'archers les hautes tourelles. Comme l'esprit de liberté se mêlait toujours alors à l'hérésie , les pastourels annonçaient Favénement d'un nouveau règne du Saint-Esprit et Fégafité pour tous ; ils se dontiaient la missibii de prêcher la parole dé Dieu dans leur langage rustique , et d'imposer les m^ins à leurs nouveaux adeptes ; ces nïalheureu^ fiireht poursuivis et atteints pelles chevaiièrs bardés defer, et Ton en fit un grand carnage; plus lard" ces tentatîtes dé pastourels se renouvelèt^ent et lurebt quelquefois plus heureuses.
Les croisades imprimaient au fàhà de là société, je ne sais quel principe d'activité; toutes lés classes suinssaiëut , Tune après Pautre , Fesprit de ces expéditions lointaines , d'abord les barons el les chevaliers, puis les bourgeois , et plus d'un citoyen quitta sa paisible cité pour suivre ces périlleuses fortunes dans la terre d'outre-mer; mais le plus étonnant phénomène que produisit l'esprit aventureux et voyageur, ce fut une croisade d'enfans : plusieurs milliers de jeunes filles etde jeunesgarçons abandonnèrent en l'année 1312, non-seulemen tla France , nîais^.
3gO CROISADE D*ENFANS.
enoore l'AUemagiie et l'Italie, dîsant qu'il» voulaient déliTrer le» maints lieux ' ; les plus âgés avaient dix -huit ans; vainement leurs paFens voulaient -ils les retenir, ils s'édiappaient par les portes dérobées, faisaient deis trous aux murailles et s'éloignaient du toil paternel avec la même joie que s'ils avaient été appelés dans le castel voisin , au spectade populaire de quelque grande lice ou d'une cour pléuière. On ignore quel fiit le mobile de cet enthousiasme; quelques-uns content que ces enfans furent ainsi attirés par les marchands de Venise, de Gènes, Pise et de Marseille, qui se livraient alors à, l'infâme trafic des jeunes garçons et des jeunes filles destinés au sérail des Sarrasins; ils donnèrent de l'argent aux clercs pour les engager à séduire cette multitude d'enfans, et à les faire embar quer dans les ports de la M^iterranée. Le chroniqueur ajoute qu'en efièt, parvenu a»
Marseille et à Gênes, ceux qui avaient survécu
1 Consultez sur cette curieuse croisade Vincent de BeauTaiSy Specul. hist. l.xxx, c. 5, Albert de Stade, GhJOuiq.,fol. ao2, Alberic des trois fontaines , Ghroniq. , p. 459, qui entre dau« les plu£> grands détails.
INONDATIOlî DB PAB18. Sqi
auTt fatigues et aax périls d'nne longue route, fiireat mis sur des uarires, transportés en Egypte, et vendus aux marchands sarra-sîns '.
Ces gt^and^ émotions populaires supposent qu'il n'existât point de police sociale , et que les masses se déterminaient par un mouyement instinctif et irrégulier. Nous ^retrouvons cet état dé désordre dans la plupart des cités I où aucunes précautions n'étaient prises contre les événemens les plus naturels. En i2M>6j il y eut une crue d'eau extraordinaire dans la Seine , et toutes les rues de Piutis étaient tellement inondées que l'on n'allait plus se visiter qu'en bateau ; les ponts, frappés par des lames incessamment agitées , furent eux-mêmes très-ébranlés \ On ne songea à d'autres mesures qu'à feire sortir les diâsses bénites de Saint -Denis, de Sainte- Geneviève et de Saint-Germain. Ces églises étaient bien garnies de reliques, car, depuis
1 Comparez Thomas de Ghompré dans soo livre De Jpibug ; Roger Bacon en parle aussi, mais Albéric est le plus complet.
2 Chroniq. de Saint-Denis, ad ann. iao6. Dm. Brial, Hisl. de- France , t. XVII , p. 593.
39^ RELIQIfffî OE OOMSTiUlTIlfOPLE.
la prÂ3e de Consta^tioople par les Fcancs ^ un bon nombre de che&, de bras « de mâchoires , avaient été transportés en pompe de la capitale de Constantin par les abbés et les religieux'; Baudoin Ivd-méme avait envoyé un navire chargé de ces saintes dépouilles à Philippe-^Aui^ guste. Or, pourapuiser le coturoux manîfetle du ciel , les moia^ de Sai^t^Denîs et ceD:x de tous le» mon^tères de» environs de Paris se réuuirept à Sainte-Geneviève» et une proci^Qn ^éii^ralc para^uiut les lieux que IV nondation n'avait p^s submergés; elle s'avança même près du petit^pont; les chanoines avisent de Teau jusqu'aux genoux « Lorsque la châsse eut traversé la rivière > le pont s'écroula avec fracas, et personne ne fut blessé. Peu à peu les eaux seretirère»t *•
Cependant , à cette époque , les enceintes de Paris étaient agrandies* Les bourgecâs, d'aprèa la volonté du suzerain» se cotisèrent pour âe-« ver de nouvelles murailles, et y comprendre quelques-uns des bourgs qui jusqu'alors étaient
1 Gaftl. chiiftian.» t. z, Inst., col. isg.
■j. l^elibien, Hist. de Paris, t. i.
ENCBIffTÈS DE PAETS. 5g 5
en dehort de ia cité'. Autour âeê églises de Saint-Germam et de Saint-Paul s'étaient d'abord élevées qndques rares matèons destinées aux marchand» pendant le temps des foires ou pour abriter la foule aux jours des grandes fêtes monastiques ; pitzis s'étaient peu à peu agglomérés des bAtimens|>lus nombreux dans la jnriific^n de^ «bbayes ; ils formaient alors de véritables bourgs , et tes habitans demandèrent avec instance d'être renfermés dans les enceintes de la cité , pour se défendre des robeurs et pillards qui désolaient les campagnes. Les nouveaux murs que les bourgeois firent construire prenaient au nord du vieux Louvre, à peu prèé où se trouve aujourd'hui la cour du nouveau ; ils s'étendaient vers les rues du Coq, de Grenelle, Coquillîère et Montmartre; puis ils se prolongeaient jusqu^à la rivière par la pointe Saînt-Eustache , la rue Mauconseil et les Blancs- Manteaux; au mîdî, l'en* ceinte commençait k la rue de Seine, montait à Ste.-Geneviève et descendait à la rivière par la place Maubert^On comptait dans ces murailles^ qui embrassaient une étendue assez considé-
1, Chroniq. de St -Dfeûis , ibid , p. 5598.
594 PRIVILEiîBS DES BOULANGEAS.
rable, environ cinq cents tours crénelées, et soixante-buit portes dont lesprincipales étaient celles de Goqailiière , la porte Barbette , celles de Saint-Martin et de Saint-Victor : tontes étaient bardées de fer^ et les murailles construites en pierres fortes carrées'.
Peu d'actes de juridiction mimicipale, pour la capitale, marquent ces années du règne de Philif^- Auguste ; le suzerain était tropoccupé de êes batailles; cependant un i>fglement relatif à la bouj^ingerie est emprânt de quelques bons prindpes sur la liberté des professions industrielles 'f jusqu'alors les boulangers ou tameUers a^aientétéobligésd'appréterleurpaindansdeux fCMors royaux auxquels le privilège était exdusivement accordé ; l'un s'appelait le four d'enfer, par tradition diabolique, car il étaitsi profond, le feu qu'on y &isait si ardent^ qu^on ne doutait pas que Lucifer et les diables verts et rouge n'y prissent leurs ébats ; cette obligation de cuire le pain dansdeslieux fixés d'avance mettait des entraves au métier de la boulangerie; le roi accorda à tous les maîtres en cet art, le droit d'avoir chacun un four chez soi , de manière à fiiire
1 Yoyci toajoors FeUbien, Hist. de Paris, 1. 1^ à l'aDoéc 1208.
OUVRIERS DÉTLA MOHNAIB. BOUCHERS. ^qS
le paia qui serait nécessaîve à. leur débit'. Un autre règlement confirma tous les privilèges , immunités et juridictions dont jouissaient de* 'pui^ longues années les ouvriers de la monnaie'; ils devaient avoir des maîtres ou rois, et ne pouvaient être traduits que devant eux pour les délits et crimes qui n'emporteraient pas la perte de la vie ou des membres ; ils n'étaient soumis ni à Tost, ni à la chevaucbée, exemption la plus importante dans cette époque de batailles. Les rois avaient bien besoin de toute la subtilité de ces ouvriers pour leurs ressources financières; c'était par l'altération du fin or et du fin argent que les seignaurs obtenaient une partie de leurs revenus, habitude malheureuse, mais que l'ignorance cupide avait placée panai les ressources du trésor. Enfin en 1 2 1 o leroi s'interposa ent.re les bouchers deParis et l'abbesse de Montmartre sur leurs différens à l'occasion des étaux qu'ils tenaient de l'abbaye'. Ce petit nombre d'actes signale une certaine sollicitude pour les métiers et corporations de
1 Voyez la charte rapportée par Félibien, 1. 1, aux preuves.
a OrdoQo. du Louvre, 1. 1, p. 3o.
5 De la Marre^ Traité de la police, t. ii, p. laoj.
Sgô ouvBiEms et artisans.
Paris. C'était déjà beoncoiip , au miliau de fa féodalité hautaine , de s^oocupw un peu des bouf^ecûs et d^ ai^tans !
HÉSUMÉ DE LA QUAtUÈMB ÉPOQUB. 5qj
4* P^RfOlHI DU RÈGNE DE PHtLÎÏ»^- AUGOêtB .
Caractères généraux de cette époque. — Esprit de la guerre deé
. Albîgeoi»;^--tie -comte de Moatfort.-'-Lc comte de Toulouse.—
Pierre 4e Çastekuui. ~ Sf.-Domipfcpie, -« PoissaBce papale en
Angleterre. — Le catholicisme . — Bataille de Bouvine. — Bio-
grapliie littéraire.
Uepoqvb jqw.noui yebeim de delmoer lgoihprend, lès; éYénemeofl du .rèffoé de Phil^|)ef; ^Augif^te^ i^pfcuU.la caJEUfoéle dcJa Norqiandî^ ÎUiq»\i la . silomiisîon de ki( Sjan^CHiloc im
comte de Montfort (de 1204 à 1216. ) Ces douze années en formeit la période la plus importante.
Trois grands Jsaiê domi^nJt le commencement du XllI^ siècle : la guerre des Albigeois, la bataille de Çj^U'i^ine^, l^^#QP^isiik>n féodale de FAngleterre au pape ; ils remplissent tellement les esprits que toutes ces émotions de pèleiinages à la Terre-Sainte , de mouvemens armés des nations d'Occident contre l'Orient ne sont plus que des'accidens dans la vie générale de la société. La féodalité est al>sorbée par ses propres intérêts; car elle est engagée dau* .içi»e, luttiO; décisive, Aûw ijenthé^tri^de presque tous les érénemais «e^ ''trouve^ t- il toujours dans le territoire féodal; c'est en France , dans la Langue - doc , en Flandre , que se portent les nobles batailles de chevalerie ; peu de hauts vassaux quittent leur manoir pour combattre le Sarrasin dans la terre d'outre-mer.
nDes .traittjbieh ^distînctsjmancpeairttes icroisadcfs contre ksialbîgeoisçLil'y a d'abord un principe religieux. Le^ opinions n âfaien^ poitA; mêez avancées-poar que^le^oathoUcisrbe ei;ssâ(
RÉSUMÉ. 5gg
d'être ie nubile dominant db cette société. C'était au nom de Dieu, au nom de rÉglise surtout que les nations s'ébranlaient en masse pour marcher à cette guerre d'extèi^ mination ; aussi est-elle particulièrement empreinte de l'esprit. de Téngeance étroite et fanatique qui distingue le clergé ; la cheyalerie du ïnoyen âge était belliqueuse et pillarde, mais elle n'avait rien de cette cruauté raisonnée; elle répugnait à ces massacres parsyHogisme qui rentraient dans le caractère dei clercs.
Deux races cPhommes se trouvaient en présence dans cette lutte sanglante ; les inimitiés, lesrépugnancesquiexistaiententre ellesèt dont les chroniques font en tendre la vive expression, contribuèrent sans doute aux excès dont les batailles furent suivies ; fes Français et les Provençaux né pouvaient se souffrir dans les mômes cours {dénièrés, aux mêmes tournois; ni les croisades qui les avaient appelée sous de commune gon£einon» , ni les mariages qui rapprochaient le haut baronnage des deux bords de (la •Loire n'avaient pu complètement éteindre ces vieilles antipathies. : .
4oO BÉSUIIIÉ^
Uaiulntîoii se mëid^% à ces f^^nquèles ; les bdle^ terres da Prt)v0pçQ QlFraiei^t Une \^rcim séduisante aux pauvres qheva}îei?s ^ (S^ntre de la France; ils échang^ept yiâ|pnl;iers leuFib antiques tourelles ^t l^jurs n^^pq^r^ yieUlis q^Ar tre le$ jojeu#çs et vifÀke» qbâÇe&^iiies . du. nudL
^e cçmt^ de M<>VLtft>rt^ sentie Vexprestîoa la plus^parfaiteet, pour aiwi,4îre4 lap^r^wnifiçatio^ 4;9.çfittp firql^a4^,:CQ mPf^lèm fii Sofy* tendent trempé, çt ^l ufif^ ^ip^rait p)u^ nombre que le fer rquillé de^n arnmr^^f ^taû préoccupé du double fanatisme des idées reU-* gieuses et dej'afiibitié^ti; l'çgti^efirii^.qu'îl atsât concilie d^'^tabltr sa râpe 4^9^ le plus beau fief de France étaJLgrande» mais eU^ ne dépassait pas ce^ for|i^^s m^veiUeus^s» qtii s*éleyakart dî* âmpïe. mi^iioir decbeyalerie à l'empire de Constafttiippple, ou^Ji souyerainetédei» Sywé e\> à^JS^p\|e^; Hj atoutiili^&His dans cette & gur^extr^^rdinmi^^f qu^bq^e ^atosede^siaeèM, comme une cr<>yQPjee , de Mmudie^jùcaxmie k féodalité dvi^^" fiÂècle , et de<diaiûmiiléeomnEie Iç.sprtrir^ d'un inqui£iitew\ Ao^tédeloi com* h^^ #e i^apçtinse le vieux cowte Raymond:; c'est la suzeraineté dé^ref^ite et corpompne }
c^êst un de ce» homme» de transi tioïi qui n'appartiennent à aucune époque, à aucune idée, U passe de la plus extrême servilité à la plus violente indépendance; ne sachant pas prendre un parti et se mettre à la tête du mouvement national contre les croisés, fl en profite cependant ; l'opinion le pousse , et il ne manque point alors à sa fortune !
Dans ce tableau viennent aussi se placer quelques célébrités monacales : le légat Castelnau , sorte de fanatique sincère 9 se réjouissant de tous les excès qu'il provoque, et expirant avec calme sous les coups d'un zèle patriotique; le fameux Dominique , qui se montre à la postérité étonnée comme un contraste bizarre d'humilité et de cruauté religieuse ! Quand on lit la vie de ce moine si tristement fameux^ quand on étudie ses ouvrages , on semble perpétuellement assister à une de ces scènes du tribunal de la foi , où tout doucement une victime est condamnée pour son salut, et où l'on s'efforce de lui prouver qu'on la brûle pour sa plus grande gloire.
Deux faits politiques nous paraissent résulter de la guerre des albigeois : d'abord l'interven-
T. III. a6
tien de Fé^ise dans les questions féodales, et, par conséquent, la violation complète delà hiérarchie des fie&. Ce sont, en effet, les conciles* les légats « qui décident de la possession des terres et des seigneuries; ils se substituent* pour ainsi dire , à la cour féodale des barons , qui seule jusqu'alors avait prononcé les con6s* cations territoriales. Le concile de Latran fut donc une des plus grandes usurpations de l'Église sur la suzeraineté.
A côté de ces violences des clercs , apparaît une résistance organisée contre eux, un commencement d'émancipation intellectuelle.
Plus l'Église est hautaine* persécutrice, plus les nouveautés trouvent appui. La réforme prêcbée par les albigeois devient une cause nationale. Les seigneurs territoriaux la protègent^ attendu qu'elle leur rend l'indépcoidance et les relève d'une sujétion humiliante envers le pape. Les peuples de la Languedoc l'adoptent parce qu'elle se mêle à leurs besoins, qu elle les délivre d'un clergé oppresseur, en opposition avec ses franchises locales et ses intérêts matériels. Ainsi les prétentions poli* tiques des clercs, au lieu de prépctrer leur
triomphe, bâtent la marche des mnoyation» reUgieiues.
De semblables usurpations de Féglise en Angleterre i à la suite de l'hommage du roi Jean au pape, produisirent encore des fruits amers. C'était évidemment un pas immense fait par l'autorité pontificale ; elle échangeait son influence spirituelle en une possession de terre , en une véritable suzeraineté féodale. Par ce moyen , le pouvoir moral s'accroissait de toute la force que donne toujours la domination territoriale; et cependant rien ne contribua plus à affaiblir l'église romaine ! c'est qu'elle s'était dénaturée et avait échangé son action toute intellectuelle , qui était sa destination unique , en un gouvernement matériel pour lequel elle n'était point faite. U est dans la condition des institutions rdi^euses de se perdre partout où elles veulent se mêler aux intérêts terrestres, parce qu'elles luttent avec des feits plus forts qu'elles; et c'est ce qui explique l'affaiblissement et la ^cadence de l'autorité, cléricale. Pendant quelques siècles , les Anglais se sont défendus contre les prétentions des pontifes à la suite
4o4 RÉSUMÉ.
de la donateon faite par le roi Jean , jusqu'aa jour où ils ont secoué avec violence le joog qu'on leur avsdt imposé. Les papes ont été suzerains temporels de l'Angleterre, et l'Angleterre a aujourd'hui ime église nationale séparée de Rome. Leçon imposante qui semble déjà perdue cependant pour le catholicisme !
Nous avons examiné les causes et les résul^ tats de la bataille de Bouvine ; mais quel spec^ tacle n'oflfre pas cette grande scènedechevalerie qui eiLplique tout le merveilleux de l'Arioste et de Boyardo? Faut-il encore s'étonner que les romanciers nous aient fait des hommes à taille degéans; des Roland « des Auger le-Danois, des Renaud de Montauban , ces paladins de la cour de Charles ? Que dire de tant de vaillans chevaliers, du comte de Boulogue, du comte de Flandre , du duc de Bourgogne , du bouillant chevalier des Barres , de ce jeune preux qui, au milieu de la mêlée, s'écrie :
a Souvenez-vous de vos dames. » De ce redou* table évêque de Beauvais , nouveau Tui|)in, assommant les Anglaispour ne pas répandre du sang , et ne point manquer aux commandemens de l'église j de cette rude bataille de bour*
geois; de cetle chevalerie hautaine de Han^ dre, qui se laisse rouer de coups « plutôt que de croiser le fer avec des vilains ; tout cela a je ne sais quoi de poétique et de grandiose ! Quelle société ! quels hommes !
Dans la période que nous venons de parcourir, nous trouvons peu- de personnages célèbres dans les lettres. Quelques rabbins, Salomon Jarchi , David Kimchi et David Cohen ou le prêtre , firent des commentaires sur la Bible , le Talmud, cercle étroit où se renferme toujours la littérature hébraïque ^
Simon, chanoine de Tournai, est célèbre dans l'histoire littéraire et philosophique , parce que les contemporains le font auteur de cette hardie proposition : « 11 y a trois personnages qui subjuguèrent le monde , par leurs dogmes et leurs sectes : Moïse, Jésus et Mahomet ; Moïse , le premier , trompa le peuple juif; Jésus, les chrétiens; Mahomet, les Gentils \ » En disant ces^ paroles
1 M. dePastoret a donné une notice sur les rabbins du commencement du XIII* siècle, dans l'Histoire Litt. de France de« Bénédictins, t. xvi,. p. 538.
a Le livre Des Trois Imposteurs a été attribué à une multitude de personnages dans le XIII* siècle. Oudin et la Monnaye ont
4o6 BiflOMÉ.
dans [là chaire , rapporte un chroniqueur, Simon resta muet. Quoi (jall en «oit du miracle, cette proposition d'une audace si grande, et qu'on attribue aussi à l'empereur Frédëric, se reproduit plusieurs fois dans le moyen âge, au milieu de cette société dévote et presque cléricale. Simon de Tournai est un philosophe de mérite , pour le temps dans lequel il a vécu. Sa Summa theologica^ réfutation du système d'Épicure , est un travail qjui mérite attention '.
Guillaume die Eomes , abbé de Donmartin , n'est connu que par sa relation des miracles de saint Thomas de Cantorbéry, dans laquelle il se comptait à abaisser la majesté royale; Alain de lille, surnommé le docteur universel, eut la direction de l'école de Paris, puis il se retira à Gteaux. Q conçut le plan d'une encyclopédie morale (c'esl>à-dire un exposé de tous, les moyens donnés à l'homme pour être heureux ) , sous ce^titre : Antidaudianm; il est aussi
tTMté è fond ce tajet, ainsi que Je Fai déjà dit. Yoyei Oadin ^. àt Soriptorib. eccledast. Soecol. un, p. 66 à 79.
iJH. Petit Radel en a donné one notice dans l*Hx8t. Lltl. à» Btoédictînsy.t. zy.i , p. 599.
KftUteur d'ttn livre sur les gëmissemeiis de la nature envers Dieu; la natutc lui apparaît en sotig0 se plaignant des crimes et des* maux de rhumanité ; plusietirs autres ouvrages asôëtiqtles nous restent encore d* Alain de Lille* . Gamîer de Rochelbrt , évêque de Langres, a laissé quarante sermons sur différentes fêtes de l'année. * Guillaume , abbé de Paraclet, composa un recueil de lettres admirées par les Bénédictins et les érudits. * Pierre de Poitiers , chancdiier de l'église de PaHs^ a fait un cours de théologie où les allégories se mêlent à la vérité. * Gilles de Corbeil, médecin et poète, écrivît ses observations médicales en vers dont nous aurons plus tard l'occasion de parler
1 Alain avait laissé une réputation colossale à Cite aux ; les fcrs «ui?ans étaient sur son tombeau :
Ce grand docte Alanus qui fut tout admiral>lé Rend ce lieu de Citeaux partout plus mémorable ; Gftr il y fut berger, oonters et servi tèur , Encore y sert d'exemple , de vertus et d'honneur. Dm. Marténe , Voyage Lîtt. , t. i , p. ai4.
3 Gallia Christian., t» iV, p. 591^834.
3 Bollandifft. 5 avril , p. 6a5.