LE COMTE DE NBVERS
Le comtedcNeverssenoramaitPîcrre deCoimtenay. Il avait commencé sa vie par de grandes libéralités envers les bourgeois d'Auxerre, et par le pillage.de maintes églises. Pierre avait vécu fort mal avec l'évêque; il lui avait pris sou vin, ses hommes et vexé les bons moines, si bien que le prélat jeta l'interdit sur toutes ses terres '. On refusait partour la sépulture ecclésiastique; mais un officier de l'escorte du comte étattt mort , et les clercs n'ayant point voulu l'enterrer, Pierre fit ensevelir le cadavre dans la propre chambre deTévêque; les censures ecclésiastiques redoublèrent : Courtenay en fiit effi'ayé; et, comme pénitence, il se soumit à déterrer le mort Je ses propres mains, et à le porter sur ses épaules , nu-pieds et en chemise , pendant la procession des Rameaux. Depuis ce moment, le pauvre comte était tout honteux, grand dévot et faiseur d'oraisons ' .
Le comte de St-Pôl se trouvait cousin de Philippe-Auguste par sa mère Alix de France , fille de Robert , comte de Dreux , fils du roi Louis VI. U avait accompagné le roi à la croisade
1 Lebœuf , Hist. d'Auierre ; t. II, p. a a6.
a Ibid.
LE COMTE DE ST.-PÔL. — LE SIRE DE BAR. 5j
et les comtes francs à Constaotinople. A son retour il suivît Philippe dans la conquête de la Normandie Aussi le considérait-on comme un des vassaux le plus fidèle de la couronne de France \
Le comte de Bar-sur-Seine était un prince jovial mais pauvre; il avait vendu le droit de commune aux habitaus de son comté de Bar.
Ils étaient auparavant tous main-mortable3, et ne pouvaient transmettre leur succession à une fille , attendu qu'elle n'avait pas les bras assez forts pour faire les corvées *. Le comte les libéra entièrement ; ils purent laisser leur héritage à fils ou fille et même à un filleul. De pareilles chartes fin'ent aussi concédées aux hommes, de Villeneuve , de Merci et d'Essoye, le tout pour cent livres une fois payées. Il venait de recevoir cette bonne somme, et la dépeusait avec de joyeux amis dans les tournois et les festins.
Le comte de Monffort , dont le nom est tristement célèbre dans cette guerre des Albi-
1 Art de vérifier les dates , t. II, p . .^o5, in-4. a Gartulaire de Champagne. — Chambre des comptes de Paris;, fol. 339.
58 LE COMtE DE MONTFORT.
geoiS) était ùh puîné de Simon, comte de Montfort , et d'Amélie, comtesse de Leycester; il possédait la petite seigneurie de Montfort Amaury ', située sur une montagne entre Chartres et Paris, et du chef de sa mère le comté de Leicester. Son caractère était ardent et son courage indomptable. 11 avait été un des champions les plus hardis de la croisade de 1 20 1 ^ et suiyit les chevaliers de France au siège de Zara. Durant cette expédition , Montfort s'était montré le constant défenseur iles intérêts et des volontés du pape * ; il avait tenu le parti dévot qui ne voulait ni assiéger Zara ni Conslantinople\ Au siège de cette grande cité, Montfort se sépara des croisés 9 et passa au service du roi de Hongrie; puis il vint dans la Palestine et servit cinq ans contre les infidèles. Il ariivait à peine en France de son long pèlerinage d'outre-mer , où son ambition n'avait pu se satisfaire ; car alors toutes les belles terres de Palestine étaient au pouvoir des^ Sarrasins. 11 accepta donc avec ardeur
1 11 avait succédé à cette -seigneurie en 1181.
2 Vilhardouin , liv. 5.
3 Voir le chapitre rv'ii de cette histoire.
DÉPART DES CROISÉS. 5g
le poids d'une nouvelle expédition qui pouvait ajouter à sa petite baronnie de Montfort TAmaury les fertiles campagnes du Languedoc.
Tels étaient les chefs de la nouvdle croisade. De toutes les parties du royaume , les châte-^ lainsde France étaient accourus pour se ranger sous leur bannière. Le roi Philippe avait envoyé quinze mille honunes d'armes *. Une multitude de servans accompagnaient les gotifa- Dons chevaleresques. Tous portaient des croix sur leur casque pour se distinguer des croisés d'outre-mer qui les avaient cousues sur leur cuirasse.
tt L'an de l'incarnation 1 309 et le onzième du pontificat du seigneur pape Innocent, sous le règne de Philippe, roi des Français, aux environs de la fête Saint-Jean-Baptiste, tous les croisés prenant route sur diverses parties de la France, se rassemblèrent auprès de Lyon; leur nombre s'élevait, disait-on, à cent mille, bien couverts de fer, sans compter le menu-peuple , qui s'était engagé à combattre par dévotion. Le pape pria le roi Philippe de nommer le chef de cette confédération.
1 Guill. 1« Bi-cton, Plûlippide , chant 9.
6o PREPARAT. DE DÉPENS. DU COMTE DE TOULOUSE.
Le roi s'en abstint, l'abandonnant à la libre élection \
Lorsque le comte Raymond eut appris la grande levée d'hommes qui se faisait par toute la France contre lui, il commença à préparer ses moyens de résistance. Par des mesures bienveillante^ il s'efforça de gagner l'amitié de tous les magistrats, confédération des cités, compagnies bourgeoises. Il pardonna la révolte des habitans de Nîmes , qui avaient blessé ses connétables , renversé un moulin banal , et le château de la ville ; il leur reconnut même un droit de commune, et de consulat , avec toutes les libertés qui en étaient la conséquence *.
Ces intentions toutes populaires ne durèrent pas long-temps. Amesure que le comte apprenait les formidables préparatife de l'armée des O^rancs , il perdait courage. Enfin le légat Milon étant arrivé à Montelimar , le somma de comparaître devant un concile d'évêques réuni à Valence. Le lAalheureux comte obéit.
1 Epistola iDDQcenf . t. 3 , p. 544-
2 Archiv. du domaÎDe de Montpell,-- Viguerie de Nîmes a* liasse n" 4' Trésor des chartes S. 9 n» ai.
SOUMISSION DU COMTE DK TOULOUSE. 6l
et c'est en présence des prélats et du peuple rassemblés • qu'on commença à délibérer sur les affaires de la Langue-doc. Le légat prit 1^ parole et dit : « Raymond, promets-tu d'obéir fidèlement à tous mes ordres? veux-tu remettre entre mes mains sept de tes châteaux? Oui, seigneur légat, répondit le sire comte. » Alors Milon s'adressant aux consuls et ma- ^strats d'Avignon, de Saint-Gilles et de Nîmes : « Consentez-vous àne plusobéir à Raymond s'il enfreint ce qu'il vient de promettre? »Les boui> geois répondirent par de» acclamations, et le comte lut la formule de serment.
« L'an 1 2og, au mois de juin , moi Raymond, par là grâce de Dieu , duc de Narbonne , comte de Toulouse, marquis de Provence , me remets moi et mes châteaux savoir : Oppède , Montferrand , Baumes , Momas , Roquemaure , Fourques et Fanjaus à la miséricorde de Dieu et au pouvoir absolu de l'Église romaine, du pape, et devons, seigneur Milon, légat du saintsiège apostolique , pour servir de caution au sujet des articles pour lesquels je suis excommunié ; je confesse , dès à présent , tenir ces châteaux de l'Église romaine , promettant de