‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 4)Chapitre 95 sur 129 · JUILLET · texte numérisé non relu

JUILLET

L'armée de France resta jusqu'au soir sur le champ de bataille de Bouvine; le roi faisait accueil à tous les prisonniers de haute chevalerie; mais il les mettait en même temps sous bonne garde. « Il leur donna à tous la vie selon la débonnaireté et la grande pitié de son cœur*. » Un motif plus général le déterminait

1 Chroniq. de St- Denis Dm. Briai. coUect. de» hist. de Fi-ance, t. XVII, p. 4i5.

:98o KOCJVELLE COVJURATION.

à la clémence ; car il y avait bien des barons compromis dans cette confédération ! on avait la preuve que le comte deNeverset la plupart des châtelains de l'Anjou, du Poitou, secondaient eux-mêmes, sans se déclarer ouvertement , le* projets des coalisés-

Le besoin d'une résistance générale aux usurpations souveraines de Philîpp^-Atiguste se faisait tellement sentir, qu'en arrivant à Bapaume, le roi apprit qu'une nouvelle eiMajuration se tramait contre lui. Le comte Renaud deBoulogne avait envoyé, de sa prison, un message à Othon, dans lequel il lui mandait et conseillait de retourner à Gand et dans les villes de Flandre, afin d'y réveiller l'esprit de résistance et de tenter encore une fois le sort des batailles'. Le roi apprit ce projet par des chartes qui tombèrent dans ses mains, ce Lors monta en la tour où le comte Renaud était enfermé , qui était la plus grande de toutes aes prisons et Im

X Post tridf am Terù^ rege eiistente Bapalmû ,

Jq redita à bello, fuit ilU forte relfttum

Othoni comitem , post bellum yespere sero ^ Et régi et regno praejudicialia scripta.

6iiiUaum«-le BrtiMi, ck. itk.

COtÊmC DU ROI eOKTRE LE G** BC BOfTLOQNE. âSl

dît: a Comte de Boulogne, tu «s toujours été mon homme-lige et t^eÀ mai qui t'ai fait nouveau cbeyalier; de pauvre ^ t'ai rendu riehe, et ta race m'a toujours lait le mal pour le bien, car ton père, Albettde Dammartin, se ligua avec Hairi d'Angleteire pour attaquer le royaume de France, et cependant après ce mêlait jefai reçu eh grâce , je lui ai restitué te jQef de Dammartin qui avait été justement et par le droit confisqué; j'ai ajouté à ce don le comté de Boulogne, cela ne l'a pas empêché de se liguer avec RiclKird contre moi ; il a toujours étécn lapartieanglaise tant qu'il a vécu, et, malgré tout cela je t'ai encore donné trois nouveaux fiels, les comtés d'Albermale, de Mortagne et de Yarènnes, et après tant de bonnes concessions tu as ému contre moi tote Angleterre, tote Alemagne, tote Flandre, Hénàut et tôt Brabant ; tous ces maux tu m'as ren du» pour toz œs bénéfices que je t'ai fait et cependant-ne t'otteraift-je pas la vie puisque}^ te l'ai donnée, mai« je te mettrai en telle prison dont tu n'échapperas pas avant que tu aies été puni. M

1 Chroniq dt St,-Den\» y ibid, p, ii^.

'^83 RENAUD CAPTIF DANS UK HOIR GHATEAtf.

Renaud écoula le roi saus s'émouvoir et ne répondit mot. Alçrg Philippe ordonna à se»

hommes d'armes d^ se saisir du comte et de le conduire à Péronne. 11 y] fut plongé dans une de ces hasses fosses des châteaux au moyen âge dont les tourmens frappent encore notre imagination. Des chaînes de fer a étaient jointes et entrelacées ensemble par merveilleuse subtilité , et cette chaîne était si courte que le comte ne pouvait marcher pleinement undemipas; elle se rattachait à un grand tronc *que dix hommes povaient à peine movoir tost les / fois qu'il volait aller à nécessité de nature'. » Le

comte demeura long-temps dans cette eflrpyable situation pleurant ses joyeuses cours pléuières et les nobles dames qu'il avait aimées.

Les fidèles barons du roi ayant finileur tenips de service féodal s'en retournèrent à leurs castels , et Philippe prit le chemin de sa corn* de Paris ; ce fiit sur la route comme une pompé publique etsurtout une fête cléricale», car la bataille de Bouyine était considérée par le clergé comme sa propre victoire. « En tous les lieux où s'étend le sol de ce royaume , dit le cha-

i Ghroniq. de St. -Denis, ibid.

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