‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 5)Chapitre 113 sur 336 · PUBLICATION D'UNE CROISADE CONTRE JEAN · texte numérisé non relu

PUBLICATION D'UNE CROISADE CONTRE JEAN

que la volonté pontificale venait de luiassurer.

D’autres lettres furent aussi adressées aux grands et nobles hommes du royaume de France et des États de la chrétienté, pour seconder le roi Philippe dans l’expédition qu'il allait entreprendre. Comme ce prince allait venger la cause de l'Église , le pontife conservait à tous ceux qui prendraient les armes ayec lui, tous les priviléges des croisés, alors singulièrement prodigués, car nous les voyons concédés pour toutes les expéditions où se mêlent quelques intérêts catholiques. Quiconque combattrait sous les étendards du roi, devait avoir les mêmes droits spirituels et temporels que les pèlerins qui visitaient le tombeau de Jésus-Christ *.

Ces bulles furent promulguées en France, dans les premiers jours de l’année 1213; elles

1 C’est Mathieu Paris, qui rapporte ce fait. L’abbé de Camps le met en doute ; il se fonde sur ce que le pape ne pouvait pas disposer d'un royaume ; c’est le grand défaut des érudits du dernier siècle de discuter les questions politiques ou religieuses du XIITe siècle, avec les idées de la jurisprudence ou du droit canon du règne de Louis XIV. Tout était faits alors, rien n’était droit , comme l’a judicieusement remarqué M. Guizot.

2 Epist. d’Innocent, 151. Math. Paris. ibid.

PARLEMENT DE SOISSONS. 145 remplissaient les désirs du roi Philippe, car il se rappelait la conquête de l'Angleterre, par Guillaume, et les prospérités de la race normande dans ce pays si riche en bons sterlinss. Ce n’était plus quelques provinces à réunir au domaine , mais un royaume tout entier à ajouter à sa helle couronne de France. Quelle différence entre les commencemens de son règne, et cette époque brillante! entre ses premières batailles contre la ligue des barons ses vassaux immédiats dans le Vermandois et la Normandie, aux portes de Paris même, et cette grande expédition qui devait planter le gonfanon royal sur les hautes tours de Londres!

À la réception des bulles du pape, le roi réunit un parlement à Soissons. La croisade contre les Albigeois avait entraîné quelques barons dans les provinces du midi, mais un nombre suffisant restait encore pour délibérer sur l’objet important de l'expédition d’Angleterre. |

« Jean, comme vous le savez, dit Philippe, a été frappé par la verge catholique; j'ai résolu dans mon esprit d'envahir l’Angleterre,

1 Rigord. Vie de Philippe-Auguste , ad ann. 1212.

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