‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 5)Chapitre 119 sur 336 · ENVOYÉS AUPRÉS DE MAHOMET AL NESSER · texte numérisé non relu

ENVOYÉS AUPRÉS DE MAHOMET AL NESSER

protection, il lui offrait d’abord tribut et s'enrgageait à le reconnaître pour son supérieur; enfin ils "obligeaitgse faire mahométan lui et l’évêque de Norwich , afin de se débarrasser du pape et des maudits cardinaux et légats.

Les envoyés secrets partirent de Londres et se rendirent à Cordoue :. Is furent introduits dans le palais du prince inaure. A la première porte, ils virent des soldats le glaive nu ; 1ls la traversèrent en saluant. Dans la seconde enceinte, ils trouvèrent des gardes d'un aspect plus noble. Enfin, dans la troisième.

1 Nous empruntons ce récit extraordinaire à Mathieu Paris, le chroniqueur le plus exact de la vieille histoire nationale d’Angleterre ; il déclare le tenir d’un des trois envoyés, à qui Jean avait donné une abbaye comme récompense de son zèle; toutefois j’ai dù vérifier dans les chroniques musulmanes si quelque chose pouvait faire doute de l’exactitude de ce récit; mon savant ami, M: Reinaud m’a communiquéune histoire arabe manuscrite de Maroc, existant à la bibliothèque du roi; on trouve en effet dans cette chronique, qu’à l’époque dont parle Mathieu Paris, le prince qui régnait sur Maroc et le midi de l'Espagne s'appelait Mohammed Al- Nasser-Lidin-Allah (le défenseur de la religion divine), et que dans les années 60>, 608 , et 609 de l’hégire (1210, 1212 et 1212 de J. C.) il se trouvait en Espagne où il put recevoir l'ambassade anglaise. C’est le même Al-Nasser sur lequel les chrétiens gagnèrent la fameuse bata’lle de Naves de Tolosa , où selon la chronique de St.-Denis : «Mohamet senfui maz et confus à petite compagnie.» Cardone met cette bataille l’an 607 de l’hégire, 1210 de J.-C.

ENVOYÉS AUPRÈS DE MAHOMET AL NESSER. 193 ils aperçurent une espèce de lit, gardé par des guerriers à l'aspect féroce. Sur un signe du roi sarrasin, leurs rangs s’ouvrirent, et les envoyés’, accueillis avec bienveillance , exposèrent l’objet de leur mission, et donnèrent les chartes écrites de la main du roi Jean, qui furent traduites par des interprètes. Le visage du prince maure était grave, ses traits nobles et doux; après un peu de réflexion , il rendit lécrit royal aux Anglais, et leur dit : « Il y a quelques instans que Je lisais un livre d’un sage grec qui fut chrétien, nommé Paul, dont les paroles et les actes me plaisent infiniment; mais ce que je ne peux souffrir en lui, c'est que, né dans la loi juive, il ait ainsi abandonné la foi de ses pères, pour en adopter une nouvelle *, et je pense cela de votre roi d'Angleterre, qui renonçant à la relision dans laquelleilest né, se plie et seramollit comme la cire. Je sais que le Dieu tout puissant n’ignore rien, et si j'étais né sans religion, j'adopterais peut-être celle du Christ. »

« Mais dites-moi, qu'est-ce que ce roi d’An-

1 Unum tamen de ipso mihi displicet, quod in lege sub quà natus erat non stetit, Math. Paris, ad ann. 1213.

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