‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 5)Chapitre 179 sur 336 · LE GÉANT ET LE NAIN RUSÉ · texte numérisé non relu

LE GÉANT ET LE NAIN RUSÉ

l'abri de son large bouclier porté par un de ses écuyers valeureux ; voilà qu'un nain tout trapu, qui défendait les murailles, le voyant ainsi s'approcher, songea comment il pourrait se débarrasser de ce terrible adversaire :: son esprit, fertile en ruse, imventa un moyen qui lui réussit parfaitement. Voilà qu'il se met à tresser une ficelle très-forte et en même temps presque imperceptible; l’attachant ensuite à une flèche, il la lance contre le bouclier qui couvrait tout enter l'immense corps d'Enguerrand; le trait pénètre dans la triple peau da bouclier et s’y attache; alors le nain l’attire à lui avec force, et l’enlève ainsi à l’écuyer *. Le géant se trouve à découvert, et un trait d’arbalète, lancé d’une main adroite et puissante, eut bientôt renversé cette montagne armée; ce fut un cri de joie parmi les assiégés, On se moquait, du haut des tours, du roi Jean et deses colères. «Roi, disait-on, éloigne-

1 Une eorde fist fort et grele , puis lia fermement l’un des chiefs (bout) de la corde au carrel par devers les pennons , l’autre chief de la corde attacha fort à un clou; puis il tendit l’arbalesteet envoya le carrel à toute la corde. ......... . li serjean demeura tout

nu. Chroniqu, de St.Denis. Dm. Brial. Hist. de France, t. xvn,

LES ANGLAIS ET LES FRANÇAIS EN PRÉSENCE. 227 toi d'ici et laisse-nous en paix, de peur qu'il ne t'arrive une mort semblable. »

Plus furieux que jamais de-telles moqueries, le roi anglais continuait le siège, faisait dresser des potences, et pendant vingt-un jours il poursuivit ses attaques contre un château aussi vivement défendu. Ces longueurs donnèrent le temps à Louis d'arriver.

e prince avait réuni sept mille archers ou arbalétriers , et près de dix mille lances. Jean commandait àdes forces supérieures, dispersées sur un territoire resserré ; leur nombre n’effrayait point les Français ; ils ne cessaient de défier la chevalerie poitevine.«Roi Jean, viens combattre ouabandonne ie siège, disaient-ils’.» L’Anglais, dans un moment de courage, répondit : « Si vous venez, vous nous trouverez tous prêts à combattre, et plus vous arriverez promptement, plus promptement vous vous repentirez d'être venus”. »

Ses intentions étant bien connues d’après

1 Ociüs ad pugnam, vel ab obsidione recedas.

(Gme-le-Breton . chant x).

2 Si venies, nos invenies pugnare paratos;

Quam citiüs venies, citius venisse pigebit. tbid.

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