TRAHISON ENVERS LE VICOMTE
bles et habits; les habitans seraient livrés à la discrétion des croisés ; les vicomtés de Béziers et de Carcassonne étaient confisqués au profit du Saint-Siége et de la race des ba. rons francs. « Lorsque le roi d'Aragon retourna porter ces propositions au vicomte dans Carcassonne, celui-ci tout rouge s'écria : « J’aimerai mieux me faire écorcher vif que de laisser en danger le dernier de mes hommes qui se sont exposés pour moOl:.»
Le roi d'Aragon vit bien qu’il n’y avait rien à faire ; il s’en retourna tout triste au camp des croisés qui continuaient le siège. Un jour se présente un chevalier armé de toutes pièces, à l’une des portes de Béziers, demandant à parler au vicomte. « Me voilà, répondit celui-ci avec une voix ferme.—Ah ! seigneur, je suis un peu de vos parens*, et Je vois avec peine les malheurs qui vous accablent. Foi de chevalier, venez dans le camp des croisés, aucun mal ne vous sera fait, et vous pourrez traiter directement avec les chefs qui sont vos amis. » Le
1 Se laissera tout vieu scorgiar que el laissar tant solamen le plus petit my paisant di sa compagnia, car pel el eran tots en dangier ;
2 Ly ven dire quel era son propry parent; p. 15.
CAPITULATION DE CARGASSONNE,. 79
crédule vicomte se laissa entraîner ; il sort de la ville, et bientôt le voilà sous la tente du légat. L'abbé de Citeaux rassemble le conseil des barons et demande ce qu’on doit faire du vicomte. Malgré la noble opposition du haut baronnage on délibéra de le retenir prisonnier sous la garde des gens de Bourgogne.
Après cette trahison, 1l fut très-facile de soumettre les habitans privés de leur vicomte. Comme les chevaliers français voulaient conserver les maisons et tous les riches meubles, ils proposèrent à tous les citoyens de sortir, un à un, de la ville en chemise et en culotte (braye) seulement, et qu'ils auraient là vie sauve.
Ainsi dit, ainsi fait. Voilà donc les pauvres habitans de Carcassonne exténués de fatigue et de faim , se précipitant en foule vers les portes de la ville. L'armée des Francs était rangée en armes, les prêtres et porte - croix en. tête , à mesure que ces gens passaient , les prêtres leur demandaient une profession de foi catholique, et il y en eut bien 4 ou 500 d’égorgés pour n'avoir pas voulu croire aux saints mystères, à la virginité de Marie, et à la pudi-
1 Donc fe folia, (dit le chroniqueur anonyme.)