CAUSES DE GUERRE AVEC LES ANGLAIS
lippe. Les conseils et les représentations étaient inutiles; le roi anglais avait' même renfermé dans la tour de Witsand sa femme Éléonore, jalouse d'une jeune rivale qui absorbait les affections de l'héritier des Plantagenets.
L'affront fait à la couronne de France était trop grave pour que Philippe-Auguste ne cherchât point à le venger. La puissance redoutable d'un vassal , possesseur de la moitié du territoire de la monarchie , et les troubles delà minorité l'avaient seuls empêché de donner un libre cours à ses ressentimens; mais de nouvelles causes de division ayant éclaté , les deux rois se précipitèrent dans la lice avec une incroyable fureur. Voici quels furent les motif» apparens de cette guerre '.
Henri, fils aîné du roi d'Angleterre, associé à la couronne , s'était uni à Marguerite de France, autre sœur de Philippe -Auguste.
Marguerite avait reçu comme dot le territoire de Gisors et du Vexin. Prince ambitieux et turbulent , Henri avait fatigué la vieillesse de
i Robert du Mont, ad ann. ii83, p. 67$ , Chroniq. du prieur de -VigBois, p. 1 , eap. 19, et de Roger de Hovedeo, Annal, angl., p. 631 , Rigord* gesl. de Philipp »Ang«, Dnchera. , t. V,p. n.
DOUAIRE DE MARGUERITE DE FRANGE. Cfji
son père par «es révoltes; il venait d'expirer i
Château -Martel, dans la vicomte de Limoges
et le troubadour Bertrand de Born avait dit
* J'ai perdu le sens le jour que le vaillant fil
» du roi d'Angleterre est mort. » H ne restai
pas d'enfans de ce mariage, ce qui constituai
le retour à la couronne des terres données e:
dot à Marguerite , et la jouissance d'un douaire
toujours accordé à la veuve des barons, par 1
législation féodale. Cependant la princesse s'c
tait vainement adressée au vieux Henri qui
au lieu de lui répondre , plaça un corps nom
breux d'hommes d'armes et de Brabançona
dans les châteaux fortifiés du Vexin comme dar
les villes de son domaine. Marguerite eut d's
bord recours au pape , à cette juridiction spir
tuelle, qui connaissait alors de toutes les caus<
relatives aux veuves et aux êtres faibles. Le poi
tife écrivit à l'injuste détenteur : « Le paj
Luce au roi des Anglais: O mon fils, songe
Fétat de notre très-chère fille la reine Margu
rite , rends - lui tout ce qui lui a été prom
comme dot et donation , afin de n'avoir pas
i En perdi lo seo, el saber et la corniaissensa. Raynouard, t. p. 87. —
276 GARDE FÉO^À^E d'aRTHU8 Bfi BRETAGNE.
ctaindre la terrible justice de celui qui protège la veuve et les orphelins \ » Cette prière fut inutile ; le roi anglais ne voulut point rendre La dot territoriale , il maintint ses garnisons dans toutes les villes fortifiée! du Yexin, et se contenta de lui payer une rente pécuniaire de 750 liv. par an ♦ franche et quitte de toute charge et risques de transport \ Philippe- Auguste ne pouvait se contenter d'une (die satisfaction; ses droits lui paraissaient envahi* tant que les gonfanops des chevaliers anglais se déploieraient sur les hautes tours de Gisors.
Un autre objet de discussion était survenu dans cps circonstances. Geoffroi * troisième fils de Henri , ayait épousé Constance , héritière du duché de Bretagne* Ge jeune prince, foulé aux pieds des chevaux, avait succombé, comme ou Ta vu * d^ns le tumulte d'un tournois : il ne laissait qu'une jeune fille; mais Constance était enceinte. Trois mois après, elle accoucha d'un fils qu'attendait une destinée bien malheureuse; il reçut le nom d'Àrt/hus des barons et des chevalier* bretons ,
1 h roniq. de Raoul de Dicet , p. 624.
2 Cette somme représente à peu près 7,500 francs. Roger de Hoveden. Annal, angl., p. 622.