SA.CRE DU ROI A REIMS
et jura qu'il restituerait la sainte ampoule, laquelle il recevait dans sa juridiction ; les chants d'église conunencèrent 9 et alors le prélat, revêtu de ses habits pontificaux et du pallium, Tint devant l'autel , et se tournant vers le jeune roi, lui dit d'une voix éclatante :
a Philippe, nous te demandons que tu conserves à chacun de nous et aux églises qui nous sont confiées les privilèges canoniques* les droits de la juridiction dont nous sommes en possession, et que tu te charges de notre défense , comme un roi le doit dans son royaume à chaque évêque et à l'église qui est confiée à ses soins * . »
<c Je le promets , dit Philippe , comme uhroi le doit» Je promets encore, au nom de J.-G, , de maintenir la paix dans l'église de Dieu, d'empêcher toute rapine et iniquités, de quelque nature qu'elles soient; de faire observer la justice et la miséricorde dans les jugemens, afin que Dieu qui est la source de la clémence, daigne en répandre sur vous jet sur moi. Toutes les choses ainsi dites , je confirme par serment 9 . »
1 Dutillet, recueil des Rois, p. 189. — 2 MSS. de l'abbé de Camps (Famille de Philippe Auguste. )
IOO SACRB DU ROI A REIMS.
En disant ces mots , le roi mit là main droite sur l'évangile. Alors les chants recommencèrent tandis que les barons plaçaient sur l'autel les couronnes royales précieusement conservées à St.-Denis , l'épée de Gharlemagne dans son fourreau, les éperons d'or, le sceptre, la main de justice en ivoire, les bottines de soie couleur bleue azurée* la tunique ^t les dalmatiques de même couleur et de la même forme que celle des sousdiacres, enfin le manteau royal sur lequel se Voyait parsemé des lis d'or. L'abbé de St.-Denis demeura tout à côté de ces ornemens , propriété de son abbaye, pour les garder à vue.
Philippe s'approcha de l'autel et se revêtit des habits royaux. Son sénéchal lui chaussa ses bottines , et le duc de Bourgogne lui mit les éperons , tandis que l'archevêque lui ceignant l'épée et la tirant de son fourreau , lui disait : « Prends le glaive afin de repousser tes ennemis et tous les adversaires de l'église, » Le comte de Flandres , faisant les fonctions de conétable, la prit des mains du roi, et la tint nue devant lui durant toute la cérémonie.
Immédiatement après, les onctions commencèrent /au milieu des chants et des oraisons
«ACRE. DU ROI A I^EIMS. IOI
de* prélats ; elles furent faites en sept endroits : au sommet de la tête, à la poitrine, entre les deux épaules, sur les épaules, aux jointures des deux bras ; et à chaque onction , Farche- Têque disait : « Je te sacre d'une huile sanctifiée, au nom du Père, du Fils et du St.-Esprit. »
Le roi reçut ensuite de son sénéchal la dalmatique de bleu azuré et le manteau insigne de sa dignité, et de l'archevêque l'anneau royal, le sceptre et la main de justice. Alors les héraults d'armes appelèrent de leur nom les barons convoqués ; trois fois * ils s'écrièrent : «Venez prendre part à cet acte ; » et , après ces trois sommations , la couronne fut posée sur la tête du roi aux acclamations des grands et des prélats et sans aucune opposition. La cérémonie ainsi terminée, Philippe retourna chez l'archevêque de Reims qui fut encore obligé de l'héberger ainsi que toute sa maison pendant trois jours et de le nourrir à ses propres frais.
Ilparaîtque les dépenses du sacre forent très* considérables, et, selon l'usage, elles demeurèrent toutes à la charge de l'archevêque. Guillaume fut obligé de s'endetter dans cette cir-