‹ Histoire de Philippe-AugusteChapitre 69 sur 248 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

l5o DÉSHONNEUR D'ALIX DE FRANCE.

Tait pas encore rendu l'hommage à son jeune suzerain, pour les. domaine» qu'il tenait de la couronne; c'était même pour régler tous ces différens que le roi d'Angleterre avait envoyé auprès de Philippe- Auguste , Richard, évêque de Vinchester, et Gauthier de Coutance, son chancelier l .Lanégociation touchait àson terme, lorsque la fuite de la reine et des comtes de Champagne fit entrevoir à Henri la possibilité d'affaiblir encore la puissance naissante de son suzerain, et de conquérir à son profit cette autorité dont le comte de Flandres s'était emparée. Outre les intérêts généraux de sa politique, Henri avait encore un motif secret de dominer la coin* de France et de comprimer les forces qui pouvaient être employées à venger un outrage personnel à la famille de Philippe son suzerain. La princesse Alix de France, fille de Louis VII , avait été fiancée dès sa plus tendre jeunesse à Richard, second fils du roi d'Angleterre. Suivant la coutume, elle fut envoyée à la cour de Henri pour s'habituer aux moeurs et à la langue des barons d'Angleterre. Au milieu des fêtes et des plaisirs de Woodstooct

i Raoul de Dicet Imag. HUlor. ad ann. 1180, p. £09.

et de Windsor, elle avait para si brillante, qu'Henri lui-même s'en était vivement épris.

Sa vieillesse libertine avait employé tous les moyens de séduction auprès d'une jeune princesse qui atteignait àpeine sa quatorzième année. Ula visitait secrètement dans la forêt épaisse de VVoodstoock et dans les tourelles du gothique château ; et c'était chose certaine, dit un naïf chroniqueur, que déjà en ce temps, le roi lui avait tollu le doux nom de puce lie.

On sent que dans les idées chevaleresques un tel crime était irrémissible; même d'après la législation féodale, comme on l'a vu, la séduction par un vassal de la fille du suzerain en son cliâtely était puni de confiscation du fief; car cet acte était considéré comme un cas de haute trahison.

Quoique la triste aventure d'Alix et la conduite de Henri ne fussent point encore connues à la cour de France, le roi d'Angleterre n'en devait pas moins prendre des précautions : il accepta donc avec empressement les offres des comtés de Champagne, et n'hésita pas à entrer dans une lutte dont le résultat devait nécessairement affaiblir la puissance qu'il avait à craindre.

l%2 ENTREVUE DE HENRI II ET Î)E PHILIPPE.

Un traité Tuait à l'archevêque Guillaume et à la rfeine-mère ; il promit de le» faire rentrer dans la possession de leurs droits, de faire restituer le douaire d'Adèle de Champagne, et de placer l'exercice de l'autorité souveraine dans les mains de l'archevêque. De leur côté , les comtes de Champagne s'engagèrent à faire maintenir Henri II dans la possession de tous ses fiefs de France, avec dispense de tout droit de rachat çt mouvance féodale '.

Immédiatement après la conclusion du traité, Henri convoqua les chevaliers de Normandie et d'Aquitaine. 11 réunit en outre les Cotteraux et les Routiers, troupe* mercenaires qu'il avaitprises à sa solde et menaça d'une prochaine invasion les domaines de Philippe de France. Les hostilités allaient commencer lorsque, sur les exhortations du cardinal Chrisogon , légat du Saint-Siège, les deux monarques consentirent à traiter. Le crédit du comte de Flandres s'était affaibli avec l'amour duRoi pour Isabelle; le vieux Robert-Clément de Mets, à qui son enfance avait été confiée , se hâta de

1 Le traité est du 28 juin.— Rog. Hoved., Ann. Aoglor, p. 5<)3. Raoul de Dicet Imag. HUtor+ ad ann* 1180, p. 610.

TRAITÉ ENTRE LES DEUX MONARQUES. f33

profiter de ce moment pour lui représenter combien la guerre qu'il allait entreprendre contre sa mère et le roi Henri serait odieuse et fatale au royaume. La fidélité des barons était incertaine, et Philippe comprit lui-même le besoin de la paix. Les deux Rois se virent à Fretteval : ils convinrent , par un traité signé de leur scel des articles sui vans :

« Philippe, roi des Français, et Henri, roî d'Angleterre , se promettent réciproquement d être bons amis, et alliés ; ils confirment la convention conclue précédemment à Ivry en présence du cardinal Chrisogon par le roi Louis VII , et s'obligent à protéger réciproquement leur vie, leurs membres et leurs Etats; ils ne donneront aucune retraite ni protection aux ennemis de l'un ou de l'autre ; ils se cèdent les prétentions qu'ils avaient à exercer l'un contre l'autre , sauf leurs droits respectifs pour la mouvance * féodale de l'Auvergne , de Château-Roux, et des fiefs du Berry; ils choisissent pour régler leurs différens , six arbitres , * trois barons et trois évêques : .pour le roi des Français , ce sont les évêques de Clermont , de Noyon et de Troyes , Thibaut , comte de Blois,

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