CHAPITRE III
Premier tournoi de Bayait. — Il joue un tour de page à sou oucle
l'abbé d'Ainay.
L'apprentissage d'un page durait ordinairement sept ans ; mais les heureuses dispositions du jeune Bayart se développaient trop rapidement pour ne pas obtenir une exception. La troisième année , le comte de Ligny le fit homme d'armes 1 dans sa compagnie, en le conservant toutefois , à cause de l'amitié qu'il lui portait, au nombre des gentilshommes de sa maison.
A peine âgé de dix-huit ans, Bayart venait d'ê-
• Ce qu'on estimoit beaucoup en ce temps - là ; car il se trouvoit des grands seigneurs qui estoient aux compagnies , et deux ou trois en une place d'archer ; depuis tout s'est abastardi. ( Montluc. )
tre mis hors de page , lorsque Charles VIII se
retrouva une seconde fois a Lyon. Ce jeune monarque , récemment dégagé de la longue tutèle de sa sœur, se livrait aux idées belliqueuses que se plaisaient a exciter en lui ses nouveaux favoris. Ils multipliaient autour de lui les joutes et les tournois , exaltaient son esprit par de fastueuses comparaisons, et le rapprochaient a dessein de Tltalie dont ils lui promettaient la conquête. #
Durant le séjour de ce prince à Lyon, un gentilhomme de Franche-Comté, nommé messire Claude de Vaudrey1, chevalier de réputation et d'humeur guerrière, demanda au Roi la permission d'ouvrir une passe-d'armes pour occuper les loisirs de la jeune noblesse2. L'ayant aisément obtenue de ce prince qui se plaisait à tous ces
* Vàldratorum f ami lia et generis vetustate, rerumque gestarum iU emùtate inter preecipuas habenda : ex qud superiorib. annis Clau-
impiger , ac miles strenms reliquarum obstruait tuminibus > cujiis res gestas nec nostri est ingenii, nec hujus ocii scribere. (ne antiquo statu Burguudiœ, per G. Paradinum, Basile», 1S42 , in-8 , p. 106.) La devise de cette maison était : J'ai valu, 'vaux et vaudrai, par allusion à trois terres qu'elle possédait, savoir : Vallu, Vaux et Vaudrey.
* Ne virtus langueret iners, dum bella quiescunt. (Facstus Amdrelihus, poète contemporain.)
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jeux , images et préludes de la guerre , il dressa l'ordonnance de sa joute, « tant à cheval qu'à pied, à coups de lance et de hache , » et fit suspendre son écu au Ueu le plus apparent de la ville. Tout gentilhomme, désireux de se mesurer avec lui, devait y toucher, et se faire inscrire par le roi d'armes à qui la charge en était confiée.
Bayart vint à passer avec l'un de ses amis , et les regards attachés sur cet écusson : « Mon * Dieu, » se dit-il en lui-même, « si je savais com- » ment faire pour figurer honorablement au tour- » noi, que volontiers j'y porterais la main! » Et il s'arrêta , absorbé dans ses réflexions. « Caina- » rade, » lui dit son compagnon nommé Bellabre1, aussi de la maison du comte de Ligny, « à quoi » songez-vous donc , et qui peut vous troubler » ainsi? — Jugez-en par vous-même, » reprit Bayart. « Le nouveau grade où vient de m'élever » la bonté de Monseigneur me donne une furieuse » envie de toucher smx écus du sire de Vaudrey, » mai&où trouver ensuite équipement et chevaux? » — Quoi! » répliqua Bellabre qui, un peu plus
1 Pierre de Pocquières, seigneur de Hellabre , d'une ancienne famille de la Marche , suivit Bayart dans presque toutes ses campagnes.
âgé, était d'un caractère tout résolu, « n'est-ce que » cela? N'arvez-vous pas ici votre oncle, ce gros » abbé (TAinay *, dont on dit la bourse bien gar- » nie. Je fais vœu d?aller le trouver, et s'il ne veut » financer de bonne grâce , d'emporter plutôt » crosses et mitres ; mais il ne sera pas nécessaire » d'en venir jusque-là-, soyez certain qu'en appre- » nant votre noble dessein , il s'exécutera sur-le- » champ de grand cœur. » Il n'était pas nécessaire d'exciter beaucoup Bayart, qui s'avance aussitôt et touche aux écus. Surpris de la hardiesse d'un si jeune homme, le roi d'armes, Montjoie , ne put s'empêcher de lui dire : « Comment , » Piquet ( ce nom lui était resté), mon ami, vous » n'aurez barbe de trois ans , et vous prétendez «jouter contre messire de Vaudrey, l'un des » plus rudes jouteurs que l'on connaisse. — » Montjoie , » répondit Bayart, « ce n'est ni par » orgueil, ni outrecuidance, mais seulement par » désir d'apprendre le métier des armes à aussi » bonne école, et de faire, avec l'aide de Dieu, » quelque chose d'agréable aux dames. » Le roi
1 Bayart donnait le titre plus respectueux d'oncle à Théodore Terrail, qui n'était réellement que son cousin. (Voyez les Recfierckes généalogiques.)
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d'armes l'inscrivit en souriant, charmé de sa réponse à la fois hardie et modeste.
La nouvelle se répandit aussitôt dans Lyon que a Piquet » avait touché aux écus du sire de Vaudrey, et le comte de JLigny en l'apprenant « n'en eût pas voulu tenir dix mille carolus. » 11 courut le raconter au Roi qui n'en fut pas moins ravi : a Par la foi de mon corps, cousin de Ligny, » j'ai idée que cet élève vous fera quelque jour » honneur. — Nous verrons comment il s'en » tirera , » reprit le comte ; « il est encore bien » jeune pour supporter la lance du sire de Vau- » drey. »
Le plus difficile n'était pas pour Bayart d'avoir touché aux écussons , mais de trouver de l'argent pour s'équiper. « Mon cher Bellabre , » dit-il à son camarade , « il faut que vous arrangiez cette af- » faire avec l'abbé; si mon oncle, l'évèque de » Grenoble , était ici, je ne serais point en peine » d'avoir de lui tout ce qu'il me faudrait ; mais il » est actuellement à son abbaye de Saint-Ser- » nin à Toulouse, et il n'y a plus assez de temps » pour avoir réponse d'aussi loin. — Que cela ne » vous inquiète, » reprit Bellabre, a nous irons » ensemble demain parler à l'abbé d'Ainay, et je » me fais fort d'en tirer bon parti. » Ces paroles
remirent un peu le cœur à Bayart qui toutefois ne dormit guère de la nuit. Les deux amis couchaient ensemble; ils se levèrent de grand matin, prirent un de ces petits bateaux qui couvrent les rives de la Saône, et se firent conduire à Ainay.
La première (personne qu'ils rencontrèrent en débarquant dans la prairie, fut l'abbé qui disait son bréviaire avec un de ses religieux. Les deux amis le saluèrent respectueusement; mais ayant déjà appris l'histoire de son neveu, l'abbé se doutait de ce qui le menaçait, et il ne leur fit pas grand accueil. « Comment, petit garçon, » lui dit-il, « il y a trois jours k peine que vous étiez encore » page , et vous avez eu la témérité de toucher » aux écus du sire de Vaudrey. Je sais bien le » châtiment que mériterait à votre âge un pareil » orgueil ! — Je vous jure, Monseigneur, » reprit Bayart , « que ce n'est point orgueil , mais le » désir de suivre les honorables traces de vos » ancêtres et des miens, qui m'a donné cette har- » diesse. Je vous supplie donc , Monseigneur , » n'ayant ici que vous de parent à qui je puisse » avoir recours , de vouloir bien m'aider de quel- » que argent en cette circonstance. — Sur ma » foi,» reprit l'abbé, «cherchez ailleurs quelqu'un
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» qui vous en prête; les biens de cette abbaye ont » été destinés par ses pieux fondateurs au service » de Dieu , et non a être dissipés en joutes et » tournois. » Alors Bellabre prenant la parole lui dit :>* Monseigneur, ce sont les vertus et les » prouesses de vos illustres aïeux qui vous ont fait » abbé d'Ainay. Que le souvenirdu passé vousen- » gage k la reconnaissance envers ceux de votre » nom. Les bonnes grâces du Roi et de notre » maître, le eomte de Ligny, peuvent mener loin » votre neveu ; ils ont applaudi à sa généreuse » ardeur , et les deux cents écus dont vous l'ai- » derez, vous rapporteront de l'honneur pour » plus de dix mille. »
tW>bé, après s'être long-temps débattu , finit par consentir à faire quelque chose en faveur de son neveu. Il rentra dans l'abbaye , escorté des deux amis , et ouvrant une petite armoire de son cabinet, il tira d'une bourse cent écus qu'il remit à Bellabre en lui disant : « Mon gentilhomme, » voici cent écus que je vous confie pour acheter » deux chevaux à ce vaillant gendarme , car il a » la barbe encore trop jeune pour manier tant » d'argent ; je vais écrire un mot à Laurencin 1
1 II ne faut pas qu'une ressemblance de nom fasse confondre avec
» pour qu'il lui fournisse les habillemens qui lui » sont nécessaires. — C'est très-bien agir, Mon- » seigneur, » répondit Bellabre; « une si belle » conduite vous fera dans le public le plus grand » honneur. » L'abbé écrivit sur-le-champ & son marchand attitré de donner à son neveu ce qui lui serait nécessaire pour s'accoutrer au tournoi, bien persuadé qu'il ne lui envoûterait pas plus d'une centaine de francs. *
Nantis de son argent et de sa lettre , les deux jeunes gens prirent congé de l'abbé , après l'avoir très-humblement remercié de sa générosité, et remontèrent dans leur bateau, tout joyeux du succès de leur voyage. « Savez-vous , » se prit à dire Bellabre , » que quand Dieu nous envoie une » bonne fortune, c'est péché que de ne pas en » profiter? Ce qu'on dérobe à moine est pain » bénit. Nous avons un billet pour prendre tout » ce qu'il nous faut; hâtons-nous d'arriver chez » Laurencin avant que notre abbé ait eu le temps
le marchand de l'abbé d'Àinay, son contemporain Claude de Laurencin, baron de Riverie, seigneur de Chanté, tige de la famille de Laurencin qui existe aujourd'hui à Lyon. Les nombreux sujets que cette maison a fournis à Tordre de Saint - Jean de Jérusalem et aux principaux chapitres nobles du Lyonnais et du Dauphiné , préviennent toute méprise.
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» de réfléchir à ce qu'il a fait ; car ii n'a point li- » mité notre crédit, et il faut que tous soyez ha- » bille pour le tournoi et pour le reste de Tannée, » aussi bien n'en saurez-vous avoir autre chose de » votre vie. — Je l'entends bien ainsi, » répondit Bayart en riant , « mais dépêchons-nous , car si » l'abbé vient à s'apercevoir de son imprudence, il » enverra aussitôt chez le marchand fixer la somme » qu'il compte débourser, » N ous allons voir qu'ils avaient raison de prendre leurs précautions.
Ils pressèrent leur batelier, et ne firent qu'un saut du bateau dans la boutique de Laurencin. Après lui avoir rendu son salut , Bellabre en vint tout de suite à l'affaire importante : «Maître Lau- » rencin , mon camarade et moi venons chez vous » de la part d'un digne abbé, monseigneur d'Ai- » nay. — Il est vrai , » dit le marchand , « c'est » bien le plus honnête homme que je connaisse , » l'une de mes plus anciennes et de mes meilleures » pratiques. Je lui ai bien fait en ma vie pour » plus de vingt mille francs de fourniture, et n'ai » jamais trouvé un homme plus rond en affai- » res... » Bellabre, qui n'était point venu pour entendre le panégyrique de l'abbé , se hâta de l'interrompre. « Mais vous ne savez point encore, » lui dit>il , « son dernier trait de générosité. Ap-
34 HISTOIRE » prenant queson neveu, mon camarade que voici, » avait touché aux écus du sire de Vaudrey pour » soutenir la gloire de sa famille , et connaissant » notre amitié , il nous a envoyé chercher tous » les deux de grand matin, et après avoir prodi- » *gué louanges sur louanges à Faction héroïque de » sôn neveu, il nous a fait faire un excellent déjeu- » ner. Ce n'est pas tout , il lui a donné trois cents d beaux écus que voici dans cette bourse , pour • achelèr des chevaux, et, jaloux que personne » ne parut avec plus d'éclat au tournoi, il nous » a remis cette lettre à votre adresse pour que vous » fournissiez a ce gentilhomme tout ce qui lui sera » nécessaire. » Laurencin, ayantreconnu lasignature de l'abbé, leur répondit « que tout dans sa » boutique était a leur disposition comme à celle » de Monseigneur, qu'ils n'avaient qu'à choisir. » Et il fit déployer sur-le-champ devant eux draps d'or et d'argent, satins brochés, velours et soieries , ce qu'il avait de plus beau dans son magasin. Ils en prirent pour la valeur de sept ou huit cents francs qu'ils firent en diligence porter à leur logis et mettre entre les mains du tailleur.
Revenons un instant à notre abbé qui, enchanté de s'être débarrassé de son neveu à si bon marché, commanda de servir le dîner. Il avait ce
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jour-là nombreuse compagnie, prieurs et moines de toutes couleurs, auxquels il n'oublia pas dans le cours du repas de raconter son aventure : «J'ai » eif ce matin une terrible étrenne ; mon neveu , » ce petit étourdi de Bayart, n'a-t-il pas été assez » fou que d'aller toucher aux écus du sire* de » Vaudrey , et ne m'a-t-il pas fallu lui bailler de » l'argent pour s'équiper? J'en ai été pour cent » beaux écus , et encore n'est-ce pas tout ; j'ai » écrit à Laurencin de lui donner ce qu'il lui » demandera pour s'accoutrer à ce maudit tour- » noi. — C'est bien à vous , Monseigneur , » dit le sacristain de l'abbaye, « d'encourager un jeune » homme de si belle espérance ; mais permettez- » moi une observation : vous avez écrit à Lau- » rencin , dites-vous , de donner à votre neveu » tout ce qu'il lui demandera , et je suis sûr qu'il » le fera, quand même il lui en demanderait pour » deux mille écus. — Par saint Jacques î mon » sacristain a raison , » s'écria l'abbé après avoir un peu réfléchi ; a en effet , je n'ai point limité » mon ordre. Qu'on appelle mon maître-d'hôtel ! » Nicolas! courez chez Laurencin , et dites -lui » que je lui ai écrit ce matin de donner quel- » ques étoffes à mon neveu Bayart pour le tour- » noi de messire de Vaudrey , mais qu'il ne
» dépasse pas dans tous les cas cent ou cent vingt » francs au plus ; allez , et revenez promptement.
Le maitre-d'hôtel fil grande diligence, mais il était parti trop tard ! Il trouva le marchand à table, et à peine eut-il prononcé le nom de Bayart, que Laurencin , l'interrompant, « Passura qu'il » avait fait honneur à la signature de Monsei- » gneur d'Ainay, et fourni à son neveu, fort hon- » nête gentilhomme, des étoffes d'un goût, d une » qualité ! . . . — Et pour combien lui en avez-vous » livré ? — Je ne puis , sans voir mon livre et » son reçu au dos de la lettre de Monseigneur , v vous le dire au juste , mais cela ne doit pas s'é- » lever à plus de sept ou huit cents francs. — » Ha ! par Notre-Dame, vous avez tout gâté! — » Pourquoi ça? » dit Laurencin. — Parce que » Monseigneur m'envoyait vous prévenir de ne » lui en donner que pour cent ou six vingts francs » au plus. — Sa lettre ne disait point cela, et, s'il » m'en eût demandé pour davantage, je le lui eusse » de même donné. — A chose faite point de re- » mède, » dit le maître- d'hôtel en se hâtant de retourner à l'abbaye où il trouva la compagnie comme il l'avait laissée , c'est-à-dire à table. « Eh » bien ! Nicolas, » lui cria l'abbé du plus loin qu'il l'aperçut, a avez-vous parlé à Laurencin? — Oui,
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» Monseigneur, mais il était trop tard, votre neveu » avait déjà fait sa foire , et pris pour huit cents » francs. — Pour huit cents francs , sainte Ma- » rie ! » s'écria l'abbé hors de lui , « voilà un mé- » chant vaurien ! Courez à sori logis , et dites-lui » bien que s'il ne fait reporter vitement chez Lau- » rencin ce qu'il a pris de trop , il n'aura de ses » jours un denier de moi. »
Le maître-d'hôtel revint à Lyon, comptant trouver son homme au logis ; mais celui-ci, qui s'était bien douté de l'enclouure, avait donné le mot à ses gens pour éconduire poliment tous ceux qui viendraient de la part de l'abbé. On l'envoya chez le comte de Ligny; n'y trouvant point Bayart comme de raison , il revint sur ses pas ; cette fois on lui dit qu'il venait d'aller essayer des chevaux de l'autre côté du Rhône : bref, on le fit promener inutilement toute la journée. S'apercevant qu'on se moquait de lui, maître Nicolas revint bien fatigué dire à l'abbé que « c'était temps » perdu que de courir après son neveu , et qu'il » avait été dix fois chez lui sans pouvoir le ren- » contrer. — Je jure, » dit l'abbé, « que le gar- » nement s'en repentira. » Laissons-le se consoler, et retournons à son neveu, auquel il n'arriva d'autre mal que d'avoir de l'argent et trois cos-
tûmes complets pour lui et Bellabre. Tout était commun entre eux , et Bayart voulait qu'ils parussent tous deux au tournoi dans le même équipage.
« Voici pour les habits, » dit Bellabre; « main- » tenant il faut songer aux chevaux. Je sais qu'un » gentilhomme piémontais, logé à la Grenette, en » a deux beaux et bons qui nous conviendraient d bien. Il veut s'en défaire, m'a-t-on dit, par suite » d'un accident qui lui est arrivé en les montant il p y a huit jours. » Le gentilhomme, que sa chute retenait au moins pour trois mois à Lyon, où les vivres étaient alors fort chers, se montra assez accommodant sur le prix de ses chevaux a qui se seraient mangés dans l'écurie. » Bayart et son ami , après les avoir essayés dans la plaine de la Guillotière, conclurent le marché pour cënt dix écus, et tout de suite les livrèrent à leurs gens pour les panser et les mettre en état.
11 n'y avait plus que trois jours avant le tournoi, et dans toute la ville de Lyon on ne songeait qu'aux préparatifs de cette fête. Les gens du sire de Vaudrey dressaient des barrières , les chevaliers couraient chez les marchands , préparaient leurs costumes et leurs armes ; c'était a qui paraîtrait avec le plus d'éclat dans cette joute que la présence du monarque rendait encore plus solennelle .
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Selon le ban qui avait été publié au nom du Roi par le sire de Vaudrey , le tournoi s'ouvrit un lundi du mois de juillet de Tan 1491. Le tenant parut le premier dans la lice, et contre lui s'exercèrent le sénéchal Galliot de Genouillac Bonneval, Chat i lion, Bourdillon, Sandrj^ourt 2, jeunes et belliqueux favoris de Charles. Tous redoublaient d'efforts pour ne pas laisser sous les yeux du Roi triompher un chevalier étranger.
Bayart , à peine âgé de dix-huit ans , et dont la taille ni les formes n'étaient point encore parvenues à leur développement, parut à son tour sur les rangs. Il avait, pour son coup d'essai, affaire à l'une des meilleures lances de l'époque; mais, soit un heureux hasard, ou courtoisie du sire de Vaudrey, il fournit sa carrière à pied et à cheval, aussi bien que nul d'entre les cofnbattans. Selon l'ordonnance du tournoi, chacun, après
1 Aussi disoit-on lors :
Chastilloo, Bourdillon , Bonne*.l , Gouvernent le Mng royal.
y mirent Galliot , qui fut depgis grand-écuyer et maître de
l'artillerie de France. (Brahtômk, Hommes illustres français, t. II , dise. 19, p. io3 de l'édition de Paris , i8aa.)
2 Louis de Hédouville , célèbre par le tournoi connu sous le nom de Pas de Sandricourt, qu'il donna lè 16 septembre 149 3 dans son obâteau près de Pontoise , et dont 4a magnificence fut telle qu'elle le ruina complètement.
sa joute, devait, à visage découvert, faire le tour de la liée , pour que Ton reconnût ceux qui avaient bifen ou mal fait. Lorsque Bayart passa devant les dames, étonnées de sa jeunesse et de sa pâleur, elles s'écrièrent en leur patois lyonnais : Fey va cestou malotru , il a miealx fay que tous los autres.
Le suffrage du Roi vint compléter celui des dames. « Par la foi de mon corps! » dit-il à son souper au comte de Ligny, a Piquet a un com- » mencement qui donne bonne espérance; mon » cousin, je ne vous fis de la vie un si bon » présent, — Sire, » répondit le comte, » vous » avez plus de part que moi à des succès dus à » vos encouragemens. Dieu veuille qu'il ne s'ar- » réte pas en si beau commencement; mais je se- » rais curieux de savoir la part que l'abbé d' Ainay » prendrî aux succès de son neveu. » Le Roi se prît à rire, ainsi que toute la cour qui s'était déjà divertie aux dépens de l'abbé. Théodore Terrail vécut assez long-temps pour voir son neveu dans tout l'éclat de sa réputation, mais l'histoire ne dit pas s'il lui pardonna son tour de page
1 Les historiens de Bayart ne disent point à quelle époque il fut armé chevalier, mais à présent qu'il a « gagné ses éperons, » nous nous conformerons aux chromées en le nommant indifféremment Bayart ou le Bon Chevalier.
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