‹ Histoire de PologneChapitre 12 sur 219 · Chaqae événement a sa cause · texte numérisé non relu

Chaqae événement a sa cause

Vous voyez que quand l'un de vous devient malade, qu'il a été attaqué d'une toux, d'un rhume ou d'une fièvre, c'est pour s'être surchargé l'estomac ou pour avoir bu de l'eau froide étant échauffé, ou enfin par quelque cause semblable Connaissant les diverses causes de ces maladies, vous pouvez éviter d'en être atteints, et cette connaissance vous devient une leçon dont vous profitez pour l'avenir. Vous devez également désirer apprendre pourquoi notre Pologne fut tour-à-tour si grande et si petite, tantôt heureuse, tantôt malheureuse, une fois riche, l'autre fois pauvre. N'est-il pas vrai que vous êtes curieux de savoir comment et pourquoi tout cela fut? Votre curiosité est très-louable,'car vous pouvez ^ en tirer d'utiles enseignements. Vous saurez comment il faut être juste et honnête pour son propre bien et celui des autres; comment il faut aimer la concorde, estimer l'ordre , le progrès et les améliorations; sacrifier son intérêt à celui de ses compatriotes, chérir sa patrie de tout son cœur et de

toute son âme, et se pénétrer de ces grandes vertus qui constituent un bon et vrai Polonais. Apprenez donc tout cela, mes enfants, pour qu'en essayant d'imiter les vertus de vos ancêtres , vous parveniez à éviter leurs défauts.

13, Différents peuples dans les régions des Slavons.

Regardez, mes chers enfants, la carte n. 1, déroulez-là devant vos yeux et, avecunpeud'attention, vous y distinguerez le cours de diverses rivières telles que l'Oder, la Vistule, le Niémen, la Dzvina, le Bug, le Pripec, le Dniepr, le Dniestr, le Danube et autres qui coulent exactement comme sur toutes les cartes; vous y verrez les monts Karpats et les bords de la mer Baltique et de la mer Noire, qui sont également dans la même position et direction que sur les autres cartes. Mais comme les feuilles changent tous les ans sur les arbres, on voit aussi sur ces cartes, d'époque en époque, des changements de noms de villes, de pays et de frontières : tout cela prouve l'instabilité des choses de ce monde. Il y a deux mille ans et plus encore, dans les pays que baignent ces rivières, habitait un peuple le même qui s'y trouve de nos jours, qui portait et porte encore aujourd'hui le nom de Slave, peuple très-nombreux qui fut successivement connu sous diverses dénominations, telles que celles de Gétes, de Daces et autres moins connus (7). Ce peuple subit diverses chances de

(7) Les Tyri-Gétes (des anciens Grecs) sont nommés, dans les chroniques siarones et russiennes, Tyrvéces et sont qualifiés de Slavons. Parmi les peuplades des anciens Daces ou Gétes, on les voit très-fréquemment nommés: Tnrballiens, Krobyzes, Korallens, Dolonces, VùlùgùuA, Les mêmes dénominations reparaissent chez les Slaves , DrevUniens (habitants des bois), Kriviczes (habitants des broussailles): GoroJcs ou Goraliens (montagnards), Dolences ( habitants des vallées ou du pofs bas), Polanlens ou Poloniens (habitants des champs, ou du pay5 plat, ou des plaines ). — Les Odryses , Mœsiens, Karpes ou Kar- ^ pïdest Cesses des anciens, se reproduisent, chez les Slaves, dans les ObaJrJles» Maziens ou Mazoviens , Karpiens et Besses des monts Karpats qut portent le nom de Bess, Besciades. — Les noms de différentes rivières des anciennes Gétie et Thrace, sont slavons : Slrymon (tor- ^

fortune et les vastes régions qu'il occupait furent envahies plusieurs fois par d*autres peuples qui l'asservirent. Je vous aurais parlé de ces envahisseurs, mais je crains de vous effrayer de tant de détails. Ce furent les Scythes, les Sarmates, les Bastarnes, les Goths, les Huns, les Gépides, les Avares ou Obres(8). Ces nationsbien souvent furent composées d'un petit nombre d'hommes, mais elles réussirent de temps en temps à opprimer la nation plus nombreuse des Slaves. Cependant, par un heureux concours de circonstances, avec la protection de Dieu et par leur bravoure, les nations Slaves parvinrent toujours à secouer le joug. Quand elles prirent le nom de Slaves ou Slavons, elles étaient libres et partagées en un grand nombre de peuplades très inégales en force. Mais pour les connaître, retournons à la carte n. 1, sur laquelle vous chercherez les noms que je vais vous indiquer.

14* Slavonie Occidentale.

Regardez ! à votre gauche est l'occident. Là, du côté de l'Allemagne, entre l'Elbe et l'Oder, habitaient les Slaves Virent). Zeroa (noire), Ister, lastros, Nestos, Naparîs; ces deax derniers noms sont, depuis, donnés aux Tyras el Borystbénes qui sont appelés d'Niesler, d*Nieper.rr- Plusieurs noms des anciennes villes de la Thrace ; Zerna ou Zernes, Rylazora, Doberos, Bersovia, Devéltos, se répètent sur les cartes modernes de la Slavonie : Czarna (noire), Bieiozero (grand lac, ou blanc), Dobré (bon-lieu), Yarsava, Varsovie, Dzievaltov, elc.

Faisant ce petit rapprochement des noms« nous partageons évidemment Topinion du savant Galterer, qui, dans un mémoire : An popu~ lorum Slavicorum originem a Dacis Getisque Uceat repetere (Mémoires de runiversité de Gôltingue), proposa de considérer les anciens Daces et Gétes pour les ancêtres des Slaves.

(8) Il faut prendre garde de ne pas confondre les Gofhg, race germanique, qui fit des courses et des conquêtes dans toute TEurope, avec les paisibles GèUs , cultivateurs indigènes des environs du Danube et des Karpates, qui, sans changer de pays, changèrent de nom et furent appelés Slavons.

Les Avares sont appelés, par les Slavons, Ohres, Obriniens, d*où vient le mot connu dans les dialectes slaves, ohrin, olbrzim, géant; ou, plutôt, les Slavons en ont reporté le mot, ohrin^ géant, consonnantavec Avares, sur les Avares mêmes.

nides, parmi lesquels les Obotrites et les Lutices ou Yilces, sur les bords de la Baltique. Les Syrhes occupaient Tinté* rieur jusqu'à la rivière de Sale, et les Luzinks avec les Milziens, de l'autre côté de l'Elbe, vers l'Oder. Dans le pays de Bohème cerné des montagnes qui environnent le haut Elbe, les Gzechs fondèrent un état , dont la principale ville était Praga. Ils reconnurent la suzeraineté des empereurs d'Allemagne, embrassèrent le christianisme, combattirent et subjuguèrent les peuples voisins, c'est-à-dire les Slazaniens ou Silésiens avec leur ville Vrotslav , les Moraves et les Ghrobates avec leur ville Krakov. Au pied des monts Karpats demeuraient les Ghrobates ou Kroates- blancs qui possédaient ladite ville de Krakov, et leur pays s'appelait Ghrobatie-blanche ou grande. G'est dans cette ville et chez les Ghrobates que régnèrent Krak et après lui Yanda comme il résulte des traditions locales et de différents tombeaux ou tertres funéraires érigés en leur mémoire. A côté des Ghrobates-blancs se trouvaient des Ghrobates-rouges, qui ont eu pour place forte Galis ou Halicz.(9).

15* Slavonie Méridionale. ^

De la Ghrobatie-blanche, sortirent des colonies qui se dirigèrent vers le midi, passèrent le Danube et gagnèrent les bords de la mer Adriatique où ils s'établirent sous les noms de Kroates et de Dalmates, à côté des Serbes et des Slavons ou Slavaks. Les Kroates et 1^ Serbes se subdivisèrent en plusieurs tribus qui reconnaissaient pour leurs chefs les Zupans (10). Et dans le pays appelé Pannonie, habité par les

(9) Us ont eu aussi une place forte nommée Czervien. On pense que la Russie-rouge, Rus czervona, prit le nom de cette place. Il est bon de remarquer que, dans les qualifications des pays, blanc, bialy, répond au grand boli, véli, vielki; et rouge ou noir, czervony, czarny, ' au petit maly. Or, la grande Russie est blanche ; la petite, rouge ou noire. Comme il y avait une Chrobatie grande, blanche, on peut supposer feiistence d'une petite, rouge, qui avait une place forte Czervien et son pays Gzerviensli.

(10) Serbes, autrement nommés Serves, Servions, Serbliens.— Kroates, autrement, Karvates et leur pays Karvatie, Charvatle, ce qui répond à la Chrobatie de la Vistule; la transposition de r, avec les voyelles et les consonnes, et la mutation de b et v, étant très-fréquentes dans Fidlome slavon. — Slaves, Slabe^, Slabiniens des historiens grecs.

Kroates et les Slavaks, arrivèrent plus tard les Magyars ou les Hongrois de race étrangère, asiatique , qui s'y établirent et soumirent tous les Slaves du pays, en occupant de l'un et de l'autre côté tout le territoire qui se trouve entre la Serbie^ la Kroatie et les monts Karpats. La nation des Magyars était très-sauvage et féroce, mais dès qu'elle eut embrassé le christianisme et renoncé à l'idolâtrie, elle devint plus tranquille et moins farouche. En l'an 1000 ses rois obtinrent du pape le droit de l'onction de l'huile-saînte à leur couronnement, dont la cérémonie fut administrée par les évêques. Une nation semblable à celle des Hongrois s^établit dans la partie la plus méridionale de la Slavonie. C'étaient les Bulgares qui formèrent un peuple à part; non seulement ils devinrent chrétiens, mais ils adoptèrent la langue slave à la place de la leur qu'ils délaissèrent. Vous voyez que le Danube se jette dans la mer Noire au milieu de leurs possessions.

♦ 16. Bussiens (il).

Dirigeons-nous présentement au loin à droite, vers le nord, pour reconnaître les frontières de l'Orient. Nous voyons à leur extrémité une ville nomméeNovogorodj c'est-à-dire Nouvelle-ville, qui plus tard fut appelée Novogorod-la-grande. Les Novogorodiens de concert avec les nations voisines, invitèrent les Varègues-Russiens, peuple originaire de la Suède qui faisait le commerce et exerçaitlapiraterie sur lamer Baltique. Ces Varègues-Russiens arrivèrent en 860, sous la conduite de leur chef Rurik, et ils conquirent d'abord les villes et peuplades qui se trouvèrent à leur portée. Les compagnons ou les successeurs de Rurik subjugèrent successivement la ville de Polock, le pays des Kriviczaniens avec leur ville Smolensk; celui de leurs voisins les Drégoviczes, les Sievierans, les Derevlans et les Polaniens avec leur ville Kliov. Avant l'an 1000, un des successeurs de Rurik, nommé

(11) Nous prérenoDS bos lecteurs, une fois pour toujours, que nous voulons distinguer les RussieiM (Russini) des Ruises (Rossianie d'aujourd'hui). Ces derniers qui s'appelaient autrefois Moskovites, forment Pempire russe d'aujourd'hui.

f6 HISTOIRE DE POLOGNE.

Vlodimir, ponssa ses conquêtes jusqu'aux monts Karpats ou il soumit la Ghr obatie-rouge. Toutes ces conquêtes, depuis NoYOgorod jusqu'aux monts Karpats, prirent le nom de Russie et ses habitants Slaves celui de Russiens. Les Yarègues- Russiens dispersés parmi les Slaves, finirent par oublier leur langue maternelle pour adopter celle du pays, et fînirent par devenir de véritables Slaves. C'est ainsi que se forma une très-vaste Russie, pays des Russiens, où la religion chrétienne du rit grec se répandit très-promptement : elle y devint dominante et généralement reçue, dès que le duc des Russiens, Vlodimir l'eut adoptée.

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