Les tNinquets
Otton resta trois jours à Gniezno et Boleslav le fêta à ses propres frais. Dans le temps où régnait Boleslav, il existait tout un autre ordre et tout une autre coutume qu'aujourd'hui dans la manière de vivre. Tout était simple et rustique. Les châteaux des rois, les maisons des seigneurs et les cabanesdes paysans, se ressemblaient beaucoup. Rien n'y était élégant comme de nos jours, mais partout régnait la cordialité, la simplicité et la franchise^ partout aussi, on voyait le bien-être et l'abondance. Dans une maison de citoyen propriétaire et cultivateur, et de kmeton, on apercevait plus de vases en bois et en terre, qu'en argent; il y avait un peu moins de luxe que chez les riches et chez les rois. La maison royaleétait aussi en bois; mais ses parois étaient couvertes de riches tapis, ornés de plaques d'or et d'argent, de boucliers, de sabres resplendissant de pierreries. Les chambres étaient vastes et pouvaient contenir des hôtes nombreux. Les tables étaient grandes, en bois de chêne ou tout autre bois du pays, faites avec simplicité, mais revêtues quelquefois de lames d'or ou d'argent, couvertes de draps de laine ou de toile de chanvre ou de lin, assez grossière, mais très-blanche et peu connue hors du pays. On plaçait sur ces tables des plats d'or ou d'argentde différentes formes, avec des vases de même métal artistement ciselés; des cuillers d'argent en abondance. Tous les plats étaient remplis de mets accommodés bien simplement. La viande bouillie et rôtie était tantôt d'animaux domestiques tels que bœufs, porcs, volailles, tantôt de gibier, tels que lièvre, chevreuil, sanglier, daim, bison, urus, castor. Il ne manquait pas de légumes; on y avait du millet, des gruaux , de l'orge bien gras avec du lard; le
pain et le gâteau faits de farine de seigle. Il y avait en tout abondance et richesses. Lés hôtes étaient placés sur des bancs longs et quelquefois des tabourets^ les plus distingués, avaient des fauteuils couverts de riches brocards, étoffes qui venaient de la Grèce ou des pays des Mahométants d'Asie. On versait dans des vases brillants des boissons aceteuses et ra-fraîchissantes; de la bière forte, de l'hydromel et autres boissons douces et spiritueuses. Tout le monde était admis à boire et à manger. Ce n'est pas tout : après que l'empereur, les seigneurs allemands, leur suite et tous leurs domestiques s'étaient bien rassasiés, à chaque repas, tout ce qui était en or et en argent sur les tables était donné à l'empereur et distribué entre tous les seigneurs allemands et leurs domestiques. De plus, Boleslav donna aux Allemands d'autres présents en fourrure, Viches vêtements, armes précieuses, et argent monnayé. C'est ainsi que Boleslav fêta et régala son hôte Otton III, pendant son séjour à Gniezno.
2t* Traité de GniezDo.
Les Allemands furent étonnés des richesses et de la prodigalité du roi de Pologne. Otton lui-même s'apercevant, que la réalité surpassait tout ce qu'il avait entendu dire de Boleslav et saisi d'étonnement, tint conseil avec les seigneurs de sa suite, déjà gagnés par la munificence du roi polonais, surlamanière dont il devait traiter un si riche et si puissant prince: on décida, qu'il seraittrès-inconvenant de lui donner le titre de comte ou de marck-grave et de le considérer sujet à l'empire. Or donc, un jour que tout le monde était réuni au banquet, Otton éprouva une telle satisfaction qu'il la témoigna en ôtant de sa tête, sa propre couronne impériale, et en la posant sur la tête de Boleslav comme un gage de l'amitié et de la fraternité qui devait exister désormais entre les deux monarques. Ensuite, il fit avec Boleslav, un traité par lequel il le reconnaissait comme roi de Pologne^ son allié et défenseur de l'empirej il le délivra de toute sujétion et dépendance envers les rois ou empereurs allemands qui ne devaient à l'avenir gêner l'indépendance des possessions de Boleslav ni entraver aucune acquisition qu'il ferait
en Slavonie. Par le même traite, il lui remit tout son pouvoir sur la hiérarchie nouvelle qu'il venait de fonder. Ce traité fut ratifié par le pape. S'appuyant sur ce traité, bientôt après Boleslav érigea Lubusz en évêché qu'il mit avec celui de Posen, sous la dépendance de l'archevêché de Gniezno; plus tard, Mieczislav II son fils, fonda encore l'évêché de Kuiavie.