Intrigues de la reine Bone et des seigneurs
La reine Bone, méchante italienne, commença à avoir un empire fâcheux sur son mari, et chercha à brouiller tout le monde. Ellesouffla des dissensions parmi les nobles et surtout entre les frères aines et les frères cadets. On appelait frères cadets la noblesse pauvre; on les nommait aussi les frères gris, parce qu'ils portaient Thabillement de couleur grise, leur joupane et leur robe de dessus (oponcza), étaient gris. On appelait frères atnésles seigneurs riches et opulents dont plusieurs formaient le projet de rompre la fraternité civique qui les unissait avec la noblesse, de s'élever de fait et de droit au-dessus de leurs frères cadets et de composer une classe particulière. A l'exemple des Radzivill, en Litvanie, qui obtinrent en 1518, de l'empereur d'Allemagne, le titre de prince, plusieurs seigneurs achetaient et recherchaient aussi les titres allemands des comtes de l'empire. Les empereurs et la cour de Rome ne manquaient point à offrir aux ambitieux ces .honneurs désirés. La plupart des seigneurs dédaignèrent Toifre de ces titres, comme contraires aux lois nationales, estimant plus la dignité de la noblesse nationale que celle de titres étrangers. D'autres créaient des majorats (ordinations) pour assurer la possession de leurs biens fonciers à un seul héritier de leur nom. Sigismond n'aimait pas ces distinctions dans la noblesse, s'y opposait formellement, mais Tesprit aristocratique ne se décourageait point et imagina, pour conserver la distinction que des fortunes immenses leur donnaient, de créer Tordre des magnats, état
(43) Reine Bone et la guerre des coqs, on les dernières années du régne de Sigismond et le commencement de celui de Sigismond- Au guste; fragment historique (en polonais), Varsovie 1821.
plus haut que celui de la noblesse. Le mécontentement fat la suite de toutes ces machinations. Les seigneurs mêmes étaient désunis entre eux, et Bone ne laissant point passer l'occasion d'en profiter, s'efforçait d'envenimer encore ces querelles. L'betman, comte de l'empire, Jean Tarnovski, haïssait le palatin de Rrakovie, Kroita. Ce dernier, parce quMl n'avait pas de titre de comte, jouissait d'une grande prépondérance sur les frères cadets et sur tous ses partisans. La reine protégeant les gens lâches et méchants, les élevait aux emplois, cherchait elle-même à ramasser de l'argent et à Famonceler dans son trésor (44). Elle s'occupait de l'éducation de son fils Sigismond-Auguste. Il semblait même qu'elle lui donnait de mauvais principes avec intention. Elle le retenait dans la société des femmes et l'amollissait. L'héritier d'une vaste monarchie perdait le temps de sa jeunesse aux divertissements du jeu et à des occupations frivoles, au lieu de se rendre capable de remplir dignement la place importante à laquelle il était destiné. Ces circonstances occasionnaient de justes plaintes. Bone et plusieurs seigneurs se fôchaîent contre le roi parce qu'il les contrariait; la noblesse exprimait son mécontentement de ce qu'il ne s'empressait pas assez à réprimer le mal, dont chaque jour allait aggraver les conséquences.
121 • Guerre de coqs ; Sigismond afQigé.
Les affairesdelaValachie, qu'on nommaitMoldavie,demandaient une expédition militaire; par conséquent, Sigismond fit un appel à la pospolite. Cent cinquante mille nobles , à cet appel, se réunirent avec empressement sous les murs de Léopol ; mais, au lieu d'armes, chacun y apportait des parchemins, des papiers et des plaintes contre le roi, la reine, le sénat et les magnats. Exposés aux injures de l'air , ils criaient sans ménagement contre les seigneurs qui cherchaient à s'élever au-dessus d'eux. Le vacarme allait crois-
(4 4) La reine en colère contre Tévéque de Krakovie, Zcbrzidovskf, loi reprocha une fois d*avoir acheté révéché qu'elle lui avait vendu. « Oui, répartit Févéque, je Tai acheté parce qu*il était mis en vente. »
sant, lorsque Forage et une pluie abondante survinrent et forcèrent tout le monde de se disperser. Riches, pauvres, maîtres , domestiques et toute la noblesse indistinctement coururent confusément se réfugier sous les toits de la ville. Quelques jours après, les frères cadets se réunirent de nouveau en plein champ, rédigeant un acte nommé rokosz^ dans lequel ils exprimaient leurs plaintes et leurs demandes, et ils le présentèrent au roi. Le vieux roi y répondit avec bonté; mais ne pouvant réussir à calmer les mécontents, il les congédia. Ils revinrent chez eux avec le regret d'avoir affligé leur bon roi sans rien obtenir et honteux du sobriquet de guerre de coqs qu'on a donné à leur rassemmblement. Le mécontentement général ne s'était pas calmé, il causa d'autres dommages dont le vieux roi, qui n'avait pas la force de s'y opposer, fut très-affligé. Les frères aînés voulaient absolument devenir magnats et difiFérer dans toutes les formes des frères cadets; toute la noblesse déclarait hautement qu'elle avait le pouvoir de vie et de mort sur les kmetons ou paysans qui labouraient leurs terres; les starostes et les palatins se permettaient des abus dans l'exercice de leur autorité sur les villes; les représentants de la noblesse expulsaient de la diète les représentants des villes ; cette même noblesse exigeait l'union, la législation et la restriction du pouvoir du clergé. Le bon roi, affligé, termina ses jours, laissant à un fils, sans expérience, le royaume et la république plongés dans une agitation pénible.