‹ Histoire de Pologne (volume 2)Chapitre 120 sur 274 · Henri de Valois · texte numérisé non relu

Henri de Valois

Cette fois on laissa de coté l'autrichien Ernst , pour donner la couronne à Henri de Valois, duc d'Anjou, qu'on envoya chercher en France. On déploya dans cette ambassade polonaise beaucoup de magnificence, ce dont furent émerveillés les Français qui ne connaissaient pas la Pologne. Le roi Henri jura les pacta conventa par lesquels il promit

île grands avantages , il prêta serment <f observer les articles fondamentaux (48). Mais deux mois apfès son arrivée et son couronnement, lorsque le roi son frère vint à mourir, il s'enfuit de la Pologne et courut prendre possession du trône héréditaire de France. Ainsi la Pologne se vit de nouveau sans roi.

(i8) Les relations de l'historien de Thou, dont la gravité est incontestable, de Monlluc, de Pibrac, témoins occulaires et d'autres écrivains contemporains qui écrivirent en latin, donnent une notice exacte et détaillée de l'élection et du régne de Henri de Valois. 11 nous est agréable de rappeler deux événements qui se passèrent à Paris. L'entrée de l'ambassade polonaise dans la capitale de France, dont on trouve une description suceinctedans le livre Lvide de Thou. « Ils firent leur entrée parla porte St-Martin, avec cinquante carosses à quatre chevaux. Toute la ville accourut à ce spectacle: l'âge, le sexe, le mauvais état même de la santé n'arrêtèrent personne. Les fenêtres qui se trouvaient sur leur passage étaient garnies; les toits même étaientsi chargés de curieux, qu'il était :i craindre qu'ils ne s'enfonçassent. Enfin lesrues regorgeaient; et ces nouveaux hôtes voyaient avec élonnement que l'aflluencc des spectateurs leur laissait à peine le passage libre. Les Parisiens, de leur côté, regardaient avec admiration ces hommes d'une taille avantageuse, leur noble fierté accompagnée d'une giavité extraordinaire, ces longues barbes brillantes, ces bonnets garnis de fourrures précieuses, ces cimeterres ornés de pierreries, ces bottes garnies de fer, ces carquois , ces arcs, ces têtes rasées par derrière et ces grands brodequins à galochesde fer. Il n'y en avait pas un parmi eux qui ne sût parler latin, et plusieurs gavaient encore l'italien et l'allemand : quelques-uns même parlaient notre langue avec tant de pureté, qu'on les eût plutôt pris pour des hommes élevés sur les bords de la Seine cl de la Loire, que pour des habitants des contrées qu'arrose la Vistule ou le Nieper; ce qui fit grande honte à nos courtisans, qui non-seulement ne savaient rien, mais qui sont ennemis déclarés de tout ce qu'on appelle science. Aussi quand ces nouveaux hôtes les interrogeaient, ils ne répondaient que par signe, ou en rougissant. »

L'autre événement dont nous voulons parler, se relate & la capitulation signée par Monlluc, au nom de Henri, que le roi Henri devait jurer. A peine ces articles furent-il divulgués, que les Français en furent indignés, croyant que leur prince serait plutôt premier ministre que roi et ils croyaient déjà le voir esclave dans le pays même de la liberté. Ils étaient révoltés encore plus par la réponse d'un des ambassadeurs au

POLOGNE FLORISSANTE

1&2. Etienne Batori. Tribunaux.

Un petit nombre de nobles arriva aux élections à cause de plusieurs démarches irréfléchies et mal concertées du primat Uchanski, qui commit encore une plus impardonnable inconséquence en ou trépassant son autorité, et en proclamant roi l'empereur Maximilien , sans attendre les suffrages de la nation. Jean Zamoïski , justement indigné de cet abus, proposa de choisir comme roi la princesse Anne Jagellonide Ce choix plut beaucoup aux Litvaiiiens , et l'état équestre, présent à l'élection , réunit volontiers ses suffrages et lui destina pour mari Etienne Batori, duc de Transilvanie, qui devenait ainsi roi. Batori se hâta de prendre possession de la couronne, et déjoua, par sa promptitude ,

sujet de l'article qui promettait la paii aux dissidents. Cet article était conçu en ces termes : « Nous conserverons la paix et la tranquillité entre les dissidents sur la religion; nous tiendrons la main a ce que personne ne soit opprimé pour cause de religion; et nous ne permettrons jamais que cela arrive sous notre juridiction, ou par l'autorité de quelque tribunal que ce soit, mais surtout par la nôtre. » L'évéque de Poznan, prélendit que le roi ne devait point le ratifier; presque tous se» collègues soutinrent le contraire, et en appelèrent au témoignage de Mon Hue, qui, honteux de tout ce qu'il avait signé, n'osa répondre. Son silence étonna les Polonais et le roi lui-même. Zborovski plus impatient, s'approcha de Montluc et lui demanda s'il n'avait pas consenti lui-même à cet article t a Vraiment , ajoula-t-il, si vous et vos collègues ne l'eussiez approuvé, jamais notre prince n'aurait eu nos suffrages, n Le roi s'aperçut de la vivacité de cet ambassadeur et voulut savoir ce dont il s'agissait. Montluc plus confus qu'il ne l'avait encore été, feignait de ne rien entendre; Zoborovski prit la parole, et s'adressant au roi, le surprit bien davantage par ces mots : « Je disais, sire, a l'ambassadeur de votre majesté, que s'il ne s'était engagé à vous faire agréer cet article, vous n'auriez pas été élu roi de Pologne, et je dis plus à présent : si vous ne l'acceptez comme tous les autres, vous ne le serez jamais. » Ces paroles hardies, irritèrent tous les courtisans français; les murmures allaient éclater. Les roi les réprima pas un sourire gracieux qui semblait approuver ce qu'il venait d'entendre ; mais son cœur ulcéré ne se sentit plus, dés ce moment, le même goût pour le trône qu'on lui préparait. (Solignac. Histoire de Pol. ffv, xxnO

le parti de Maximilien , qui tomba sans retour. Mais les mécontents ne lui manquèrent pas, et il eut de grandes ditlicultés à surmonter. La ville de Dantzick, entre autres , mal intentionnée depuis quelque temps, ne voulut point le reconnaître; il fallut la soumettre par la force des armes. Il se concilia plus facilement la bienveillance du clergé , au point que celui-ci lui avança, pour la guerre, l'argent que la noblesse ne voulait pas accorder. Mais il gagna en partie la noblesse en instituantdes tribunaux suprêmes ou de la dernière instance, pour les Polonais, en 1578, et pour la Litvanie en 1580; en renonçant presque à tout droit de justice, il rendit indépendante cette branche du pouvoir, et le roi ne conserva plus que le droit de grâce. Il ne resta pour la juridiction royale que la justice suprême de la loi teutonnique ou bourgeoise, dont le roi, trop occupé , confiait souvent l'exercice aux chanceliers. On découvrit bientôt dans le nouveau roi des qualités qui lui méritèrent l'estime et la confiance de la nation. Or, il en éprouva moins d'obstacles dans son administration ultérieure , il obtint facilement les impots de la noblesse qui se montra plus empressée lorsqu'elle fut appelée à la guerre contre les Moskovites.

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