DEPUIS SA CHUTE
POUB SERTIR DB CONTINUATION A SON HISTOlRB ,
RACOKTÊE PAR UH 0HCL8 ; Traduite par Ébasmb RYKACZEWSKI.
Vous ne sauriex empêcher qu'ils ne vous engloutissent , faites au moins qu'ils ne puissent vous digérer.
j.-j. nocMEAO, gouv.da PoL
A LA JEUNESSE DE POLOGNE
Il y a dix ans, j'écrivis l'histoire de la république de Pologne, en m'adressant à mes neveux. A cette époque, mon père vivait encore. Il expira au moment où le signal de l'insurrection enflammait le cœur des Polonais et les appelait à une vie nouvelle. Quelques-uns de mes compagnons d'émigration me disent qu'ils ont appris , d'un certain voyageur , que depuis quelque temps un de mes neveux
POLOGNE RENAISSANTE
est mort. Pour les autres , c'est moi qui ai cessé de vivre. En vain je leur parlerais , en vain je leur écrirais : ma voix ni mes écrits ne leur parviendraient pas. Maître puissant rassasié de cruautés , possesseur de la terre qu'ils habitent, de l'air qu'ils respirent, de la lumière et des ténèbres qui passent alternativement sur leurs tètes , gardez toutes tes avenues qui conduisent vers eux. L'entrée daus leur pays est donc fermée pour ma narration. Mais ma pensée unie inséparablement à ceux de mes compatriotes qui ont péri sur le champ de bataille , à ceux qui gémissent dans les prisons , ou qui sont allés chercher l'hospitalité dans des pays étrangers , se rattache par des liens indissolubles à la jeunesse polonaise : à celle qui a pu prendre part aux événements passés et à celle sur laquelle la patrie renaissante fonde toutes ses espérances d'avenir. Aucune puissance humaine ne saurait rompre ces liens de ma pensée. Or, en retraçant rapidement l'histoire de la Pologne, depuis la chute de la république, c'est à la nouvelle génération que je m'adresse. Je ne puis pas m'expliquer, comment, mais je le sais positivement, ma parole, ma narration lui arriveront. Ma pensée se gravera profondément dans votre mémoire, elle s'identifiera à vos âmes, chers enfants de l'infortunée Pologne : écoutez :
Le tableau de la Pologne renaissante, n'est qu'une suite de l'histoire de la république que j'avais racontée à mes neveux il y a dix ans. Il existe cependant quelque différence qu'on ne manquera pas d'apercevoir entre ces deux parties d'un même ouvrage; elles proviennent de ce que la première partie a été composée sous la hache de la censure , tandis que dans l'autre j'ai pu exprimer librement ma pensée. Cette seconde partie n'est pas non plus en rapport avec la première, quant à rétendue, parce qu'ordinairement, dans
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les événements contemporains , on ménage moins les détails.
Il y a encore en une autre circonstance , qui m'a placé dans une position différente de celle où je me trouvais en retraçant les époques antérieures à la chûte de la Pologne. J'avais neuf ans quand la république fut morcelée pour la dernière fois : son histoire était donc en dehors de ma vie, les événements que j'avais à raconter étaient des faits accomplis comme les destinées de la république elle-même- La période actuelle de la Pologne renaissante qui se passe sous nos yeux n'est pas encore terminée. La vie de l'auteur, qui, pas plus que l'histoire, n'est arrivée à son terme, s'est mêlée à la chaîne des événements; elle y est enclavée comme celle de mes autres compatriotes qui en écouteront le récit. Le sort voulut encore que je me trouvasse dans ces derniers parmi les hommes qui ont été les principaux acteurs dans le mouvement national où qui ont été appelés à le diriger. Parmi ceux-ci, il y en a beaucoup dont l'opinion est opposée à la mienne, d'autres sont devenus mes ennemis personnels, et plusieurs m'ont voué une haine implacable qui se manifeste avec un aveugle acharnement. Or, il me fallait parler quelquefois de moi-même et plus souvent de mes adversaires. C'est une position toute particulière, dans laquelle je ne me trouvais pas en rapportant les événements des époques précédentes. C'est ce qui m'a obligé aussi à entrer dans plus de détails , et de développements. Si je les avais abrégés, le récit n'aurait pas paru assez clair. Il aurait peut-être fallu entrer encore dans de plus grandes explications, et je ne me serais pas embarrassé d'écrire plus longuement comme font les autres , attendu que les événements sont récents et qu'il n'est pas difficile de se les
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rappeler : mais ce ne serait pas là cette courte narration que je confie aux vents de l'ouest, pour qu'elle puisse vous parvenir plus facilement , à vous , jeunesse de la Pologne.
Bruxelles, le 2» janvier 1886.