‹ Histoire de Pologne (volume 2)Chapitre 263 sur 274 · Dollmov, revue des troupes · texte numérisé non relu

Dollmov, revue des troupes

Skrzynecki, ne voulant point attaquer les ennemis malgré les cris du public , l'ardeur de l'armée qui ne demandait qu'à se battre, et la décision impérative du conseil de guerre,

RÉVOLUTION

la diète résolut enfin d'intervenir. Mais au lieu de lui ôter sur-le-champ le commandement, elle envoya à Bolimov, où était alors le quartier-général , une commission chargée de pleins pouvoirs pour examiner cette affaire. Skrzynecki passait en revue les troupes réunies sur ce point et attendait toujours les dépèches : quand les commissaires arrivèrent, le hasard voulut qu'il reçut le même jour une réponse de Metternich,danslaquelle celui-ci l'engageait à se rendreà discrétion. Toute la journée du 10 août se passa à Bolimov en diétines militaires, car on appela de ce nom les discussions des officiers supérieurs au sujet de Skrzynecki, en présence de la commission de la diète, laquelle finit par lui ô 1er le commandement. Le gouvernement, que la diète venait d'établir, en vertu d'un nouvel arrêté qui l'autorisait à nommer les généraux en chef, confia à Dèmbinski le commandement de l'armée, pour trois jours seulement, pendant lesquels le gouvernement devait faire une autre nomination. Les généraux auxquels il s'adressait refusèrent leurs services dans cette crise difficile; au milieu de ces conjonctures, qui ne cessaient d'embarrasser le gouvernement, la revue des troupes eut lieu de nouveau . Skrzynecki,qui n'avait pas quitté l'armée, saisit cetteoccasion pour lui présenter comme son successeur, le général Dèmbinski qui devait terminer la guerre d'après son plan, et, ccmme s'il voulait défier le pouvoir qui lui avait ôté le commandement, il communiqua directement cette nouvelle aux rédacteurs des journaux, avec le discours qu'il avait adressé à l'armée. Ce discours parvenu à Varsovie, dans la nuit du 14 au 15 août, fut déposé au gouvernement par tous les rédacteurs, comme preuve de l'insigne insubordination de Skrzynecki, et, bien qu'il ne fût pas publié, il parvint à la connaissance des habitants de la capitale, et contribua à soulever tous les esprits contre son auteur.

%. Société patriotique.

A cette époque , la plus grande fermentation régnait déjà tant dans Varsovie que dans le reste du pays. Le conseil municipal déclara officiellement au gouvernement qu'il ne répondait point de la tranquillité de la capitale. On disait même qu'il se tramait une conspiration dans le but de

donner à la révolution un cours plus actif. Chaque membre du gouvernement en fut averti séparément, quoiqu'on n'indiquât à aucun d'eux le fil de cette prétendue conspiration. Le gouvernement, ne possédant point de pouvoir révolutionnaire, et composé d'éléments hétérogènes, n'avait pas le moyen de prévenir le mal. 11 ne cessait de presser le conseil de guerre de prononcer un arrêt dans l'affaire des prévenus de crimes d'état , et des généraux arrêtés pour n'avoir pas fait leur devoir à Lysobyki ; il insistait auprès du général en chef pour l'engager à prendre l'offensive. En effet, il ne fallait qu'une seule victoire , que quelques avantages sur le champ de bataille pour dissiper l'orage qui se préparait, réveiller la confiance et sauver lankovski; juste objet de la sollicitude de Skrzynecki. Mais il n'était pas possible d'engager le général en chef à attaquer l'ennemi, ni d'obtenir un arrêt du conseil de guerre. La société patriotique, qui, depuis longtemps ne donnait presque aucun signe de vie , sortit tout-à-coup de son assoupissemcnt .A l'époque de l'arrestation de llurlig, elle prit de nouvelles forces et présenta un grand intérêt. L'afiluence du peuple devint imposante. La salle des séances n'était pas assez vaste pour contenir tout le monde qui s'y pressait en foule (63). Depuis ce moment, ce ne furent plus les seuls membres de la société, mais les citoyens de toute condition, les gardes nationaux , les insurgés des provinces les plus éloignées, qui venaient se communiquer leurs idées, leurs émotions, délibérer sur l'état déplorable de la patrie, remonter à la source du mal , et proposer des moyens de salut. En attendant, chaque jour accumulait lesévénements,et ceux-ci apportaient un nouveau levain à la fermentation générale , et quand la mesure du mal fut comblée , le peuple de Varsovie , exaspéré par une longue suite de revers, manifesta, par des symptômes nonéquivoques, qu'il allait se porter aux moyens extrêmes. Vers le soir du 15 août. Jean Czynski, délégué par la société, par suite des délibérations de ce jour, se rendit avec deux autres membres auprès du gouvernement pour l'informer du

(63) C'est dans l'intervalle de celte nouvelle recrudescence , que la société célébra l'anniversaire de la révolution de juillet.

danger imminent, et de la nécessité d'y apporter un prompt remède (64). Il porta la parole au nom du peuple; la foule qui le suivit jusque dans la cour du palais du gouvernement s'écoula un peu satisfaite , mais l'avertissement donné par la société patriotique arriva trop tard.

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