Ramorino et Samuel Rozyckl entrent en Gallcle
Si la guerre et l'insurrection avaient été dirigées comme elles auraient dû l'être, la perte de la capitale, toute sensible qu'elle dût être, n'aurait pas amené la ruine de la patrie. Vous n'avez qu'à vous rappeler, mes chers enfants, combien de fois, sous Jean-Kazimir, Varsovie fut prise, et combien de fois Etienne Czarniecki fut battu , cependant la capitale fut reprise et il chassa les ennemis hors du pays. Après la perte de Varsovie, on avait encore soixante-dix mille combattants et les forces russes, réunies aux autres corps qui n'avaient pas pris part aux journées du 6 et du 7 septembre, ne pouvaient monter tout au plus qu'à cent mille hommes. Mais la plus brave armée devient faible quand elle est privée de ses forces morales. C'est le mauvais commandement qui lui a ôté ses dernières ressources, en refroidissant l'ardeur qui animait d'abord l'armée, et le soldat en fut découragé, lui qui comptait avec plus de confiance sur la capitale que sur les talents de ses chefs. Ramorino avait reçu l'ordre, deMoldin, de rejoindre le gros de l'armée. Pour faciliter cette jonction , on jeta pour lui un pont sur le Bug, à Kamienczik. Mais les diplomates qui suivaient son camp, décidèrent qu'il serait mieux de filer vers la Galicie, où ils trouvaient plus sûr de se reposer sur les autrichiens. Ramorino suivit leur conseil. Tantôt faisant mine de marcher sur Zamosc, tantôt s'eflbrçant de franchir la Vistule, pour se réunir avec son corps beaucoup plus fort à celui deRozycki; réellement il se rapprochait vers la Galicie. Le soldat, tant de fois trompé , ayant pénétré les desseins de son général et désespérant du salut de la patrie , se traînait vers sa destinée fatale en maudissant ses chefs. Ramorino introduisit son corps en Galicie , le 16 septembre , non loin de Borov. Il n'y eut que Samuel Rozycki, avec son petit corps, qui tint la
( 70) Samuel Roxycki , compte-rendu à la nation , de mon service en 1831 (en polonais) Bourges, 1833.
Kaximir Malachovihi, quelques mots concernant les ordres donnés par le général en chef de l'armée polonaise, au corps du général Ramorino après l'évacuation de Varsovie. Paris , 183Î.
campagne jusqu'au dernier moment. Quoique battu dans plusieurs rencontres, il défendit courageusement chaque pouce de terrain. Czartoryski et Gustav Malachovski vinrent lui apprendre que Ramorino était entré en Galicie. Bientôt arriva aussi Skrzynecki , qui avait heureusement passé à travers les divisions russes , mais il était obligé de garder l'incognito , même au milieu des siens , car sa vue révoltait ceux qui voulaient combattre et mourir pour la patrie. Samuel Rozycki se défendit le plus longtemps, et, cédant à la force, entra en Galicie, près de Bobrek, et mit bas les armes. Les russes auraient eu le temps de l'accabler avec des forces supérieures, car ils étaient sûrs qu'ils ne seraient point inquiétés parrarméequis'étaitrenduedePragaàModlin.