‹ Histoire de Pologne (volume 2)Chapitre 273 sur 274 · Suites · texte numérisé non relu

Suites

Quand on réfléchit sur les causes de la chute de Napoléon, on voit qu'il n'est tombé du faite des grandeurs que parce qu'il s'était aliéné l'affection des peuples dont il faisait peu de cas. On peut appliquer cette vérité à la dernière insurrection de Pologne, qui n'a succombé que parce que ceux qui l'ont dirigée, ne voulant rien faire pour le peuple, ont fuslré ses espérances, paralysé ses forces et refroidi son ardeur à servir la patrie. Le président même du gouvernement national, Adam Czartoryski, l'a avoué , et la non-réussite de la dernière tentative d'affranchissement confirme d'une triste manière cette vérité depuis longtemps répétée, que la Pologne ne pourra être rétablie que par le peuple et en s'appuyant sur ses propres forces ; car, certes , ses assassins ne la relèveront pas. Cependant , les partisans du parti diplomatique ne cessaient de compter sur les secours des puissances étrangères et d'implorer leur protection : qu'arrivat-il? Aucun potentat n'embrassa la cause de la Pologne. L'Autriche dissimulait ses vues, le gouvernement du roicitoyen trahissait l'espoir que l'on avait mis en lui, la Prusse concourait secrètement à écraser la Pologne et lui faisait plus "de mal en agissant dans l'ombre, que si elle se fût déclarée contre elle ouvertement. Quand , il y a quarante ans, l'insurrection de Kosciuszko succomba, on se garda bien d'en accuser les chefs vaincus , car ils n'étaient point coupables d'inaction. Il n'y eut quePoninski qu'on soupçonna alors de trahison parce qu'il demeura inactif quand il aurait dû se battre. Dans la dernière insurrection, il n'y eut qu'indécision et coupable négligence. Ici , on restait les bras croisés quand il aurait fallu agir offensivement; là, on ne voulait pas profiter de l'occasion favorable qui se présentait; à chaque pas, on n'entendait que plaintes et malédictions , à cause de l'inaction. Qu'attendaient-ils donc ces hommes qui usaient d'une si excessive circonspection? Des triomphes sans

dangers? Voulaient-ils que la nation descendît vivante dans le tombeau qu'ils allaient lui creuser ? Qu'ont-ils amené par leurs temporisations, si ce n'est des funérailles sans la mort? Ils craignaient d'exposer la cause nationale aux cbancesd'une bataille, qui eût été fatale à Nicolas, quand même il eût vaincu ; ils avaient la coupable opiniâtreté de lui préparer la victoire avec tous les avantages que pouvaient lui procurer le perfide désarmement de la nation. Ils craignaient de perdre des canons sur le champ de bataille, et ils ne rougirent point de les conduire en Prusse et en Autriche, où l'on s'empressa de les renvoyer à Nicolas. Ils regrettaient de répandre du sang, et ils ne reculèrent point devant l'idée de livrer le soldat pieds et poings liés. Le soldat, auquel on ne permit pas de périr les armes à la main , rendu à la discrétion des deux autres assassins de la Pologne, fut forcé par eux de retourner dans son pays où l'attendaient les chaînes de Nicolas, et un service honteux où il devait verser son sang pour le tyran. Au lieu de trouver une mort honorable pour sa patrie, il prolonge son existence misérable dans un esclavage avilissant. Soixante-dix mille hommes furent conduits en Prusse et en Autriche par des voies différentes , et presque tous sont réduits à cet état honteux. De ce nombre , sept mille à peine se répandirent dans les pays étrangers, y compris les auteurs de taat de malheurs. Ces derniers voient enfin que le temps passe sans qu'ils puissent obtenir de pardon. Ces sept mille hommes ont en quelque sorte échappé à la vengeance du vainqueur, mais dans quelque coin du monde qu'ils cherchent un asile, ils se trouvent toujours dans des pays alliés à leur ennemi. Dans leur infortune, ils regardent de loin avec douleur leur patrie gémissant sous le joug; ils adressent leurs pensées, leur parole, à vous, enfants de Pologne.

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