‹ Histoire de Pologne (volume 2)Chapitre 74 sur 274 · Force militaire · texte numérisé non relu

Force militaire

L'ordre équestre formait la principale force delà nation. On conserva en partie l'ancien partage en district; mais depuis Boleslav-le- grand de grandes modifications s'étaient opérées sous différents rapports. Les châtelains ou castellans, dépouillés en grande partie de leur pouvoir judiciaire par les privilèges, négligeaient la juridiction, s'en déchargeant en partie sur les juges terrestres et ne s'occupant plus que des affaires criminelles dans leur grod; ils devaient conduire leurs districts à la guerre, mais quand le nombre des palatins augmenta, ceux-ci marchèrent à la tête des guerriers. Ils étaient déjà au nombre de huit dans les états de Vladislavle-bref (27). Les autres classes d'habitants ne furent pas aussi rigoureusement astreintes au service militaire; mais dans une invasion, dans une pressante circonstance, les paysans et la bourgeoisie devaient se tenir en armes. L'ordre équestre était non-seulement soumis aux palatins, mais suivait aussi en partie différentes bannières armoriales des seigneurs dont les détachements prenaient place avec ceux des palatins. Chacun montait son cheval et s'armait selon ses moyens. L'armure des seigneurs était ordinairement légère, et il y en avait peu qui se couvrissent de cuirasses ou même de cottes-de-mailles. Toute cette force nommée la pospolite (potpolité ruszénié) se réunissait au premier appel ou ban, et tout le monde montait à cheval à la réception des vici (rouleaux), c'est-à-dire des ordres de la levée générale écrits sur du parchemin roulé. Le roi avait aussi une poignée d'hommes à sa solde, mais cet usage y était introduit tout récemment, et l'on employait des étrangers pour ce service.

(27) Savoir : les palatinats de Krakovie et deSandomir; de Posen et de Kalisz; de Brzesc, d'Inovroclav, deGnievko? ( qui cessa bientôt d'exister',, de Sieradz.de Lènczica. Voyez sur la création des palatins et des palatinats, la note 126 du ebap. 50, Des considérations sur l'état

doiitique de Pologne.)

LÉCI11E EN PARTAGE.

Toute la levée devait être payée dès qu'elle franchissait la frontière. Les Polonais furent ainsi rassemblés et prêts à combattre lorsque le vieux roi termina les conférences de la diète de Chènciny.

La diète de Chènciny terminée, Vladislav, vieillard septuagénaire, reprit son armure et son heaume, attacha à sa ceinture sa lourde épée et s'avança rapidement contre l'ennemi acharné. Les chevaliers teutoniques de leur côté avaient rassemblé en cette occasion des forces plus considérables qu'à l'ordinaire. Ils étaient secondés et conduits par Vincent deSzamotuly, seigneur puissant de la Grande-Pologne, gouverneur staroste-général de la province, traître à sa patrie, irrité contre le vieux Vladislav. Une bataille décisive fut livrée en 1331, près de Plovcé. Les chevaliers vaincus perdirent 20,000 nommes. Vincent de Szamotuly contribua beaucoup à la victoire dans le but d'obtenir son pardon que le vieux roi lui accorda ; mais abhoré et détesté par ses compatriotes à cause de sa trahison, il périt de leurs mains. Ce fut le dernier traître de cette période où la Pologne, depuis Boleslav-bouche-torse, souffrait de l'ambition et de la turbulence des aristocrates. Cette victoire signalée rehaussa le courage de la nation et de l'état équestre (28). Vladislavlokéték subit encore une perte très-grave, lorsque les chevaliers s'emparèrent de la plus belle province, de la Kuiavie

(28) Oo dit qu'en visitant le champ de bataille, Lokéték remarqua parmi les blessés un certain Florien Szary, percé de trois lances, retenant, de ses mains affaiblies, les intestins qui sortaient de son ventre. Compâlissant à ses souffrances, le vieui roi s'écria : « Quelle douleur ce malheureux ne doit-il pas avoir! » Florien lui répliqua : « la douleur est plus grande d'avoir un mauvais voisin. » Lokéték comprit la double allusion du guerrier qui effectivement avait un mauvais voisin, comme la Pologne en avait dans les chevaliers teutoniques. Lokéték s'empressa d'acheter les biens du mauvais voisin de Florien et calma ses succès seurs en les leur donnant; mais il était trop vieux pour délivrer la Pologne du mauvais voisinage des chevaliers.

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