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Enlèvement des sénateurs

Plusieurs des confédérés qui se virent trompés dans leur attente, devinrent opiniâtres dans leur détermination, aucane menace de déportation , de violence, ne put modérer l'ardeur du zèle que l'indignation leur avait inspiré. Plusieurs sénateurs, particulièrement l'évèque de Krakovie Soltik, déployèrent le plus grand courage. Repnine, accusant de témérité leur noble audace, fit piller à plusieurs reprises les biens del'évêque et menaça de l'envoyer en Sibérie. Déjà il s'était saisi de Rozgchovski, nonce de Ralisz, et l'expédiant hors de la capitale , il le força à rester dans sa campagne (18). Cette violence passa inaperçue et n'intimida ni

(18) Cependant Zukovskl^s'éUit rendu à Varsovie avant renlèvcment des sénateurs, pour s'entendre avec révoque Sollik, qui le chargea d'une mission à la cour de Vienne, que Zukovski devait remplir dés que renlèvement serait consommé.

rëvéque, qui se Youa à sa patrie, ni les autres. AlorsBepiiîne résolut conformëment à ses menaces antérieures d'y mettre fin par un coup d'état. Dans la nuit du 13 au 14 octobre 1767 , Gaëtan Soltik, évèque de Krakovie , Joseph-André Zaluski, évèque de Kiiov, Yenceslav Rzevuski, palatin de Krakovie, Sévérin Rzevuski, staroste de Dolin, son fils , sont enlevés et transportés de Varsovie par Vilno et Smolensk à Kalaga, au fond de la Russie, sous Fescorte russe; chacun conduit séparément se vit privé de toute communication et des soulagements que Tàge etles infirmités de quelques-uns • rendaient nécessaires. Le scellé fut mis sur leurs papiers. Les chambres ayant eu connaissance du projet de cette déportation, ne voulaient pas même croire à la possibilité de son exécution : mais lorsqu'il devint notoire que cet acte de violence était accompli , une stupeur ineflable s'empara de leur âme, et bientôt fit place au découragement et un abattement extrême. Au milieu delà plus profonde affliction, de la consternation générale et des sensations les plus pénibles, le seul chancelier de la couronne, André Zamoîski osa se constituer l'organe de la nation et peindre hardiment la situation dans laquelle se trouvait Fétat. Profondément touché de rindolence des représentants à la diète, il les apostropha et fît entendre , que , s'ils ne pouvaient pas s'opposer au dernier outrage qu'on leur faisait éprouver et s'ils s'abstenaient de réclamer hautement contre cette injure afin de sauver la gloire de la nation : lui de sa part , ne voulant point sanctionner un acte de violence aussi atroce, déposait le sceau dès qu'il n'est plus l'expression de l'indépendance et de la dignité des Polonais» mais Tempreinte de leur servitude et de l'opprobre ; il le résignait et le remettait au roi, prêt à souffrir plutôt toutes les persécutions, qu'à se montrer ministre coupable et à servir d'instrument à Tignominie qui venait de souiller sa patrie. De suite le sénatet les nonces en corps se rendirent chez le roi pour se plaindre de cette violation du droit des gens. Pendant que la ville entièi'e était dans le deuil et l'épouvante, ceux qui entrèrent dans le cabinet du roi l'y trouvèrent paisiblement assis à son bureau^ dans l'attitude d'un dessinateur , occupé à imaginer le dessin d'une livrée pour l'anniversaire de son couronnement-

DE BÂDOM. ^^

Forcé d'accorder une andience à toute la diète en corps , il parut déconcerté et irrésolu. Il ne put cependant refuser de nommer trois sénateurs pour se rendre chez l'ambassadeur russe et lui demander la raison de cet attentat. Repnme répondit qu'il n'avait à rendre compte de ce qu'il avait fait qu'à sa souveraine. Les sénateurs députés ayant rendu cette réponse au roi , le grand chancelier Zamoïski se démit aussitôt de tous ses emplois. Et telle est la puissance des vertus civiques etdu courage, qu'ils arrachent l'admiration , même de ces âmes avilies, de ces caractères rampants, qui n'ont pas la force de les imiter. Le roi approuva la vertu d'André Zamoïski , en l'applaudissant il accepta sa démission , mais privant le grand citoyen de sa haute fonction de chancelier, il la confia, ainsi que le sceau, à l'un de ces hommes pervers, qui , indolents à toutes les actions honnêtes, insensibles au bienfait, trouvaient mille moyens de commettre des méfaits et se montrait inépuisable dans des inventions ingénieuses impropres pour seconder les entrepri!(bs du crime, par les cabales et l'imposture. André Mlodzieiovski était l'homme capable de sceller la honte et la ruine de sa patrie.

28* La diète sounoiise et sa commission terminent leurs travaux, 1767» 1768.

Cependant ce ne fut pas autant la terreur, qui agitait le pays et la capitale , que l'indignation et la colère. La diète partageait ce sentiment, mais son aveuglement et son indolence, dans les débats ultérieurs , continuaient à être l'instrument des menées de Repnine, qui réussit à faire éloigner les pins opiniâtres et tourna à son profit la faiblesse des plus dociles. Enfin, pour faciliter la marche des affaires, le 19 octobre, la séance fut interrompue et suspendue. L'on choisit, conformément à la demande impérieuse deRepnine, une commission à l'effet de terminer les négociations avec les cours étrangères, et spécialement au sujet des dissidents. Cette commission fut présidée par Gabriel Podoski, déjà eonnu par sa lâche servilité à la Russie, qui, de référendaire, venait d'être créé primat du royaume , en récompense des

services qu'il avait rendus à RepniDe (19). Le traité avec la Russie fut conclu et Ton mit les dissidents en possession de toutes leurs prérogatives. Repnine prodigua» selon son bon plaisir les charges et les dignités; prescrivit des lois aux dissidents , indiqua celles que devait suivre et décider la diète. Pourtant les évèques désunis n'entrèrent point dans le sénat et on ne fit aucune «ttention à ce sujet. La diète reprit sa séance sous de tels auspices, le Ic" février 1768, et fat terminée le H mars de la même année. Les nonces de la Litvanie n'arrivèrent pas à cette courte reprise de travaux achevés. A peine la séance fut-elle reprise, que parut une protestation de Févéque déporté, Soltik.Un citoyen de Litvanie, Charles Chreptovicz, nonce de Grodno, s'en était chargé au momentde l'enlèvement; ayant vendu et assuré ce qu'il avait pu de sa fortnne, il fit enregistrer ce manifeste au greffe de Grodno, et sortit du royaume emportant le registre original des actes, et il envoya cet écrit à toutes les cours et l'adressa à tous les ministres à Varsovie. Presque tous les états furent étonnés et se virent détrompés; en Pologne cette protestation fit une sensation encore plus vive , car chacun y vit avec joie ses propres sentiments devenus publics.

IT. Gonfédéralioo de Bar.

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