‹ Histoire de PologneChapitre 233 sur 369 · liE PRINCIPE MONARCHIQUE JETTE LA DIVISION · texte numérisé non relu

liE PRINCIPE MONARCHIQUE JETTE LA DIVISION

Etienne Batori, donna dans ces factions intestines et se fâcha hautement contre les institutions qui lui ôtaient les moyens d'agir avec plus de vigueur conformément à ses vues particulières. Les lagellons ses prédécesseurs dirigeaient l'état, en calmant les passions ne voulant point percer Tobscurité qui couvrait les limites , entre leur souveraineté et la souveraineté du peuple : l'énergique Batori s'impatientant , entre^ prit de les déterminer. Les lagetlons , et Sigismond-Auguste encore, malgré la réforme organisatrice de la république qu'il opérait, déclina toujours les questions secondaires, comme était la question des cultes , qui devait être étrangère à l'organisation essentielle. Batori voulut absolument trancher toutes ces incertitudes. Ses essais n'aboutirent malheureusement qu'à faire éclore toutes les divisions qui naguère couvaient obscurément sous les formes trompeuses de l'ancien ordre de choses et expiraient sous l'égide d'une liberté effrénée. Il parlait de tolérance, mais il favorisait le parti papal, relevait son pouvoir, lui restituait l'ancien droit et remettait dans ses mains le glaive orthodoxe et implacable , ce qui remplit des inquiétudes les plus pénibles tous les dissidents. Il affectionnait la dignité et la gloire de Tordre équestre , la grandeur de l'état, le titre de république, même de chef populaire ; mais il protestait contre la liberté relâchée, contre les lois fondamentales qu'il avait jurées ; et du chef populaire il faisait un magnat; favorisant l'aristocratie ecclésiastique et

laïque , il reconnaissait plusieurs aristocrates pour ses ennemis et se mettait à les combattre. Les lagellons jouissaient dé la majesté royale , entourés du faste monarchique , n'étant effectivement que chef de la république. Batorî se reconnaissant pour monarque , entreprit de relever son pouvoir et par ses projets intempestifs , plaça le principe monarchique en collision avec les institutions républicaines ; alarmantles libertés nobiliaires, il prépara une turbulence fâcheuse. Le grand duché de Litvanie étant héréditaire , inséra dans ses statuts la loi de lèse majesté. La Pologne» instituée en république méconnut cette loi dans sa législation : elle nomma lèse majesté l'offense d'un nonce terrestre , représentant , tribun du peuple et n'admit pas le cas de lèse majesté pour le chef de l'état, comme elle n'admit jamais le cas de lèse majesté pour la chambre. Batori, imbu de ses idées monarchiques et combattant conjointement avec Zamoïski le parti de Zborovski , ne sut pas se borner à la poursuite de la trahison contre la sûreté de l'état ; en se servant du statut , il fît décapiter en Litvanie Oscik comme traître , et intenta en Pologne aux Zborovski, le scandaleux procès de lèse majesté, inouï dans les fastes de la république , qui déchira à jamais l'accord entre les libertés civiques et le chef suprême.

Page 1