LES JÉSUITES
Dès l'origine des jésuites, une voix réprobatrice de leur institution s'est élevée sur tous les points de la chrétienté. L'esprit national, en Pologne, recula d'effroi, mais la liberté garantit la sécurité à leurs établissements. Bientôt, les rokoszans, élevant des plaintes amères contre leurs opérations, signalant la désolation qu'ils apportaient à des générations futures^ firent entendre des présages sinistres. Les jésuites apparurent d'abord à Brunsberg , sur un coin éloigné , dans le duché épiscopal de Varmie,et ils employèrent, pour se répandre et s'enraciner en Pologne, des. biais qui leur ont servi admirablement dans d'autres pays. Leur organisation exclusive, leurs maximes et leur conscience fertiles en toutes sortes de restrictions mentales, rendaient bons tous les moyens possibles pour parvenir; rien ne leur était illicite. Couverts de la robe d'étude et de piété, ils s'emparaient des sommités et des capacités. Bientôt ils acquirent pour leur congrégation plusieurs gens instruits et de talent. Par des manières insinuantes et souples, ils gagnèrent la protection des évéques et de plusieurs maisons opulentes; par finesse et ruse ils s'ingé-
rèreol dans l'iotiinité des familles; ils séduisirent la confiance du roi Batori; appuyés par Rome et par HAutriche , ils possédèrent la conscience de Sigismond Ilf; ils persuadèrent ce dernier de ne pas confier des charges publiques aux dissidents. Aussi, réparation du sénat commença, et toutes les dignités et fonctions qui dépendaient de ta nomination royale, furent tous les jours plus inaccessibles aux dissidents. Les jésuites ouvrirent leurs écoles à Posen en 1572, à Yilna en 1579, à Kaliszen 1595 et ailleurs (311). L*écho de Tinstruction nouvelle et supérieure fit peupler leurs écoles. Les dissidents, eux-mêmes, eurent l'imprudence ou la faiblesse d"y envoyer leurs enfants. Une nouvelle génération toute jésuitique se disciplinait. En même temps, quelques défections se manifestèrent dans les rangs des dissidents qui , de jour en jour , commencèrent à perdre leurs protectcufs. Les prédicateurs jésuites firent un grand éclat en sermonant continuellement le peuple (312), et par les disputes théologiques en langue latine, incompréhensible pour le peuple^ avec des dissidents dans les églises et les collèges, où les jésuites argumentaient sans f^n, parlant avec une faconde admirable, et tâchant d'avoir le dernier mot, ils imposèrent à la multitude qui, stupéfaite de cette fougue inépuisable, fut édifiée des allures, du savoir, du zèle, de Tardeur des nouveaux apôtres de la foi. Aussi, la dévotion et la ferveur gagnaient tous les jours les âmes fidèles^iraversion contre les dissidents s'envenimait, et Posen, le premier point de l'opération militante des jésuites, a vu , la première, en 1593, des écoliers jésuites se porter à des violences dont les dissidents furent l'objet. Bientôt, en 1605,1a population de
(311) C'est par la protection des évoques, comme je l'ai dit, qu'ils ont eu leurs premierâ collèges. Stanislav Hosius, évéque de Varmie, fonda en 151 1 leur collège à Brunsberg ; l'évêque de Posen Adam Konarski, établit celui de Posen en 1572; celui de Vilna fut érigé en 1570 par Tévêque de Vilna Valerien Protasevicz, a Kalisz le collège fut bâti en 1595 par l'archevêque de Gnezne, Stanislav Kamkovski. A la suite de premières fondations épiscopales, Etienne Batori érigea le collège de Vilna en université en 1578, puis il fonda les collèges en 1579 à Poiock; en 1581, à Riga; en 1583, à Dorpat, à Grodno,
(312) Vuiek et Skarga, les plus célèbres prédicateur* des jésuites, furent Mazoviens*