‹ Histoire de PologneChapitre 361 sur 369 · IV. PERTURBATIONS · texte numérisé non relu

IV. PERTURBATIONS

l'opinion philosophique que rhomme est naturellement bon (472). » Les auteurs modernes qui nous ont donné des relations sur la^PoIogne, assurent qu*il s*y commet moins de grands crimes en deux siècles » qu*il ne s'en commet en deux ans dans les pays les mieux policés (473) , et cependant, ob« serve Garran de Coulon, il n*y a pas de pays où les criminels ont plus de probabilité d'échapper à la punition. Cela n'est pas seulement vrai pour les nobles, mais aussi pour les serfs eux-mêmes. Ils échappent souvent à la peine par l'intérêt que le seigneur a de ne les pas perdre. Ce ce qui faisait dire à un écrivain de Litvanie , qu'il fallait que sea compatriotes fussent d'un bien ' bon caractère > puisque avec tant de facilité d'être méchants, ils étaient pas d'avantage (474). D'ailleurs, les lois de ce pays n'annoncent que clémence et modération ; elles ne connaissent presque point les grands supplices , parce que les grands crimes , si fréquents dans les autres climats , n'ont jamais eu lieu, ajoute. D'£on de Beaumont, chez cette nation fougueuse, en apparence , mais en effet très-douce et très-humaine (475). Ce sont les dispositions nationales qui forment les institutions, et ce sont les institutions nationales, qui, réciproquement, formentlegénie. Aussi, le philosophe de Genève, s'appuyant sur cette règle, lorsqu'il attachait ses regards sur les enfants de la Pologne, qui éternisaient par leurs efforts et leur dévouement la dernière génération de leur patrie , leur donne ces avertissements : (.( ne méprisez pas les lois qui vous firent ce que vous êtes ; c'est au sein de cette anarchie qui vous est si odieuse que se sont formées ces âmes patriotiques, d Et, contemplant la ferveur du réveil qui les animait, il ajoute : a La Pologne, cette région dépeuplée, dévastée, opprimée, ouverte à ses agresseurs, au fort de ses malheurs et de son anarchie, montre encore tout le feu de la jeunesse, elle ose demander un gouvernement et des lois , comme si elle ne faisait que

(472) Rulhière, Anarchie de Pologne, livre III.

(473) La Porte, Le Voyageur français, t. XX, p. 35»: D'Eon de Beaumoot, Description de la Pologne, t. XVII, p. 3.

(474) Garian, Recherches sur la Pologne, t. IV, p. 8.

(475) D'Eon de Beaumout, Description de la Pologne, t. XII, p. 4.

naitre ; elle est dans les fers » et discute les moyens de se conserver libre, on sent en elle cette force que celle de la tyrannie ne peut subjuguer ( 476). » C'est sous cette impression qu'il approfondit les institutions dépravées que les autres nommaient vicieuses, qu'il les approuve et ne cesse de persuader aux Polonais de les corriger et de les conserver. N'érigez pas de forteresses, leur dit-il; ne tenez guère de troupes réglées, ne pensez pas à l'industrie ni à la police; il les conjure de ne pas établir l'hérédité du trône : a Otez au roi la distribution des grâces , réprimez la puissance de vos ministres , transformez votre sénat en un sénat éligible , corrigez l'administration , anoblissez le peuple entier, organisez mieux vos diètes , vos diétines, vos confédérations, améliorez et ne changez rien dans vos institutions, pensez toujours qu'elles vous ont fait ce que vous êtes, d Et il termine en disant qu'une seule chose suffit pour rendre la Pologne impossible à subjuguer : a C'est l'amour de la patrie et de la liberté , animé par les vertus qui en sont inséparables (477). 0

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