‹ Histoire de PologneChapitre 6 sur 369 · Protectorat russe · texte numérisé non relu

Protectorat russe

La Pologne formait une république, mais depuis longtemps, ses actions étaient subordonnées à la tutelle étrangère. Les deux rois saxons n'éprouvèrent aucune répugnance à la mettre sous le giron de la Russie; de la tenir sous le protectorat de Pierre-le-grand , d'Anne et d'Elisabeth. La cour de Pétersbourg ne cessa d'assurer qu'elle s'intéressait beaucoup trop à tout ce qui concernait la sûreté du roi ,

(2) En 1733, 1736.

(3) Zakrïola sasa, popuszcsa pasa(sous le roi Saxon, resserrez votre eeintare). — Quand le roi buvait, la Pologne était ivre.

(4) L'expression populaire Ta comparée à une hôtellerie et rappelait auberge (karczma zaïezdna), où chaque voyageur et tout le mondû pouvaient librement entrer, y faire du tapage, elensurtir à non aise.

comme aussi le repos , le bien et la liberté de la république , pour pouvoir regarder a\ec indififérence qu'il y fût effectivement porté quelque altération ou atteinte ; aussi, pour faire preuve de l'amitié sincère qu'elle avait pour le roi et la république , elle assura toujours , de la manière la plus formelle , qu'elle ne souffrirait jamais la moindre confédération/ni trouble, ni innovation contre la personne sacrée du roi, contre la république, de mèmeque contre sa liberté et ses droits , de qui , par qui , et sous quelque prétexte qu'ils puissent être suscités ; et que, bien au contraire , pour y obvier de toutes ses forces, elle ne manquerait pas de prendre en conséquence des mesures convenables. Telles furent les déclarations bienveillantes de la Russie, et le langage quelle tint dans tous ses attentats.

A. Les Polonais s'instruisent en Lorraine*

Mais depuis le milieu du XYIII siècle , l'Europe marcbaît à pas de géant dans le développement des lumières et des sciences ; dans cette voie progressive , qui , en donnant aux nations l'intelligence de leur dignité, éveillait en elles un nouveau sentiment et leur donnait une énergie nouvelle. A cette époque , à Nancy, en Lorraine, la cour de Stanislav Leszczinski, roi philosophe, était ouverte aux Polonais (5). Ce prince estimé et chéri des habitants de la Lorraine, méritant leurs bénédictions , fut accompagné ou visité par plusieurs Polonais adhérants , curieux ou admirateurs de ses qualités personnelles et de ses vertus. Il faisait insVuire à ses frais , continuellement , douze adolescents polonais qui venaient étudier dans les collèges de Lunéville et de Nancy et retournaient ensuite dans leur pays , en y emportant les idées françaises. Il n'en manquait pas d'autres qui, voyageant pour leur satisfaction, par dissipation ou dans le but de s'instruire, s'en retournaient inspirés de nouvelles conceptions. Il se trouva parce moyen des hommes capables d'introduire des améliorations dans la république, mais leurs conceptions et leurs principes tout nouveaux et étrangers différaient de ceux du pays.

(5) Stanislav Leszczinskt administra les duchés de Lorraine et de Bar, depuis 1737 jusqu'à 1766, année de sa mort.

5* Ceux qui voyagent a^KN^tent des idées moDarcliiques.

Gomme en Pologne, ils avaient vu en France une nation gouvernée par un roi : mais en Pologne , le roi était nommé à vie ; il présidait seulement la république , les diètes ou les états ', son pouvoir exécutif était même très-limité. En France, la royauté était une monarchie absolue, on n'y tenait pas de diète ; tous les pouvoirs et tous les grades d'honneur» étaient concentrés dans la personne du roi , qu'on voyait entouré de ses ministres, de princes, comtes, vicomtes, marquis , pairs , maréchaux , généraux , chambellans ^ gens d'épéeet de robe, courtisans d'origine et de profession , toujours prêts à servir sa personne , récompensés par lui de titres, de places , d'ordres , d'honneurs et de différentes distinctions. Il n'en fut pas ainsi en Pologne. Le principe de la république repoussant la servilité, ne souffrait pas de distinction de courtîsanerie , professait une parfaite égalité civique. Mais ce principe se détériorait en pratique depuis l'affaissement de la nation. Auguste II , qui cherchait à imiter la cour de Louis XIV, poursuivi par Charles XII, fonda Tordre de l'aigle blanc , qui ne fut pas supprimé , parce que dans ce temps , les diètes n'ayant plus lieu , on ne put y mettre de l'opposition et qu'il était du goût des seigneurs. Les opinions monarchiques françaises se propageaient librement et sans obstacle parmi les indigènes , car la noblesse, indifférente, ne s'opposant point au pas rétrograde de sa civilisation politique, ignorait même le besoin de la république, et les seigneurs devenaient courtisans afin de se distinguer plus ostensiblement de la multitude de la noblesse (6).

(6) La Pologae avait naalheuxeusement dans s(m sein une de ces colonies que Texemple de la brillante cour de Louis XIV forma dans tous les pays monarchiques, et que Tesprit léger du siècle rendit en Europe si funeste au caractère national, comme à la raison politique. Elle avait parmi son aristocratie des familles que Téducation étrangère, revenue à la mode sous le malheureux règne des Saions, rendait naturellement favorable à cette politique. Il y avait de ces familles^ dont l'instruction confiée à des hommes étrangers à la vraie science comme ausentiment de la patrie ne marchait pas avecla morale, ne fortifiait pas

INTRODUCTION. Il

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