COSTUME
Pendant le règne des Bérengers, le costume catalan fut seul connu en Provence.
Les hommes portaient la gamctche, espèce de robe fort longue et fort ample. Par-dessus ils mettaient un surtout à manches , appelé surcot. C'était une veste ronde qui descendait jusqu'aux hanches , avec des manches étroites (i). Le surcot d'hiver était garni de fourrures. Par-dessus la garnache on mettait des caleçons ou hauts-de-chausse dont la forme était très-variée. Us se terminaient par des bas de peau ou des guêtres de drap. Les souliers emboîtaient le pied et se liaient par des courroies. On se servait de deux sortes de manteau, l'un avait un grand collet rabattu et se portait à la manière espagnole, rejeté sur l'épaule gauche; l'autre
(l) Plat tard on l'appela pourpoint.
se fixait sur la poitrine par une agrafe et portait un capuchon. Les manteaux d'kiver étaient fourrés.
Les cheveux étaient coupés en rond et à la naissance du cou. On rasait la barbe ^ mais on laissait croître les moustaches. La tête était couverte de la barrètCj c'est-à-dire d'un bonnet de drap entouré d'un bourrelet avec des pièces qui s'abattaient sur la nuque et sur les oreilles.
Les femmes portaient une tunique nommée //iterula ou camisiay un justaucorps à pièces tailladées et à languettes , une simarre tenant lieu de jupe ; un mouchoir de cou qui avait quelquefois la forme d'une pèlerine, le manteau avec le capuchon que nous appelons aujourd'hui pelisse , le palliumj ou voile qui se portait comme la mantille des espagnoles. Les veuves se distinguaient par un voile semblable à celui des religieuses, mais plus ample.
Les étoffes ordinaires étaient des draps de laine en général fort souples; la futaine , espèce de toile de coton, et des toiles de lin et de chanvre qui ne servaient guère que pour les femmes. Les vétemens étaient ornés de frange^ , de galons de fil et de différentes broderies.
Sous les princes de la maison d'Anjou, les modes fi*ançaises et italiennes modifièrent le costume catalan. On adopta les chemises de toile, la culotte à jarretière, le pourpoint, la toque au lieu du bonnet , les bas tricotés , les collerettes et les manchet-
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tes (i). Tel devint à peu près le costume provençal
sous le règne du bon roi René.
LANGAGE (a).
Le catalan est de tous les dialectes de la langue romane celui qui a été formé le plus tôt et qui s'est maintenu le plus pur (3). Ce dialecte catalan , porté au rang des langues régulières , régna en Provence, sauf quelques différences légères, durant toute la domination de la maison de Barcelone.
Vers le milieu du quatorzième siècle, sous le règne de Jeanne F®, la langue catalane, jusque là soumise aux règles générales du langage roman , s'en écarta peu à peu et tendit insensiblement à former un idiome propre et national. Cet idiome fiit la langue provençale.
Cependant à l'époque où René hérita du comté de Provence, la langue vulgaire du pays variait beaucoup. Les Etats-Généraux délibéraient et présentaient leurs demandes dans un dialecte altéré qui n'avait pas encore un caractère fixe, mais qui tendait à se régulariser par la volonté unanime de la nation. Le roi répondait tantôt en latin, tantôt
(i) StatUdqae, t. m , p. j63.
(a) Voyez notre second yolume, p. i3a et «uiv. (3) Raynonard, Choix de Poésies originales des Troubadours, t. VI. Discours préliminaire, art Langue Catalane.
en fraBçais ou en italien^ plus souvent dans un idiome roman, plus voisin du catalan que du proyençal.
n y a une difFérence entre le provençal écrit et parlé à la Couvy et le provençal vulgaire au temps du roi René , bien qu'ils laissent voir leur dépendance mutuelle de la langue romane. Mais les formes grammaticales de l'un sont plus rapprochées de cette langue , et celles de l'autre ont plus d'analogie avec l'italien.
A l'époque de la réunion définitive de la Pro* vence à la monarchie française, la langue provençale avait une physionomie régulière et s'était irré- ▼ocablement fixée. Elle était devenue celle delà Cour et de l'administration. On l'employait dans tous les actes publics , dans tous les documens o£ScieIs.
Après l'acte de réunion, les registres des États furent en double original; l'un en fi*ançais, l'autre en provençal , le seul exécutoire pour le pays.
La langue française se répandit lentement dans leComté-Uni et dans les Terres Adjacentes. Pendant long-temps elle borna son influence à altérer le provençal de manière à le rapprocher du fi*ançais. Mais elle ne fut étudiée que par des personnes obligées delà savoir , et dans les meilleures sociétés d'Aix, d'Arles et de Marseille on ne se servait que de la langue du pays (i). Enfin le français dut
(i) Sutbtique, L m , p. 176 et suIt. — Diouloufel, Piréfecc aux Fables Provençales.
prévaloir, et le langage provençal ^ abandonné au peuple, n'eut point de principes fixes. Ses règles , son génie, son orthographe et sa prononciation elle-mênie restent à peu près inconnus ; et les différens dialectes qui se sont formés dans son sein en augmentent la confusion (i).