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Histoire de Provence

Sîtoation de ]« Profence aa seûAème nècie. ~ L'ingénieur Adam deCniponeet ses traYainc — Autres Provençaux qui se sont distingués dans le même siècle. — Malherl)e à Aix. — Réunion littéraire qu'il y préside. — Université d'Aix.

Chaires diverses. — L'imprimerie en Provence. — Son établissement à Aix , à Marseille y à Arles et à Toulon. £spri|,^ia]9iUe. — Supersti^ns populÙMS. — Leyiçaîra ^Jfl^ Gf^n^3E.^ Ilp^eteîoe de Mandois. Lear procès devanl le jiarieiiient d'Aix. — Dégradation et sapplîoe da yietat^ — ufluence morale de cette cause cél^re.

La Provence , au seizième siècle , fut bien tourmentée, fut bien malheureuse. L'iovasion du connétable Charles de Bourbon et celle de l'empereur Gharles^nint la mirent dans un triste état de faiblesse et de dénuement. Les guerres civiles qui

vinrent ensuite lui ûrent plus de mal encore et l'appauvrirent de toute manière , tout en donnant

aux caractères individuels leur énergie la plus active et la plus puissante. Dans ces jours à jamais néûtôtes, où les idées du juste et du beau brillaient et s'ef&çaient tour à tour ^ où le vrai et le Êiux tendaient à se confondre , où le vice paraissait sans masque et le crime souvent sans remords (i) , où Fesprit de persécution s'alliait avec la bonne foi , avec toute Tardeur des croyances, le désordre passa dans 1 administration et dans les mœurs ; le commerce perdit ses encouragemens» l'industrie fut paralysée , l'agriculture végéta, tous les arts qui fleurissent à l'ombre delà paix languirent dans un misérable abandon.

Le bruit des armes ^ la fureur des partis et le malheur des temps ne purent pourtant pas empêcher l'exécution de quelques entreprises utiles, au premier rang desquelles il Êiut placer le canal de Crapone, qui porte à juste titre le nom de son auteur. Adam de Crapone , issu d'une famille originaire de Pise , naquit à Salon , et s'appliqua de bonne heure à Tétude des mathématiques et de l'architecture hydraulique, où il déploya les talens les plus rares. Le désir d'être utile à sa ville natale lui fit entreprendre le canal d'arrosage qui a ferti-

(i) Saitu-Marc Girardin, Tableau d« la Litlératurc trau^aise au XVI' siècle.

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lisé le pays ; augmenté sa population et multiplié ses richesses. Ce canal fut commencé en iB^j et

terminé dans l'espace de trois ou quatre ans. C'est le plus ancien ouvrage de ce genre qui ait été exé* cufeé en France. Henri II en donna les eaux à Grapone en forme de âef ; mais cet ingénieur o^èbre les vendit à des prix très-modérés. Crapone conçut la pensée de joindre les deux ueisen missanl là 1ifflfflÉ|kif nîrr par un canal qui aurait traversé b Charolais. Cette entreprise commencée par Henri II fut abandonnée à la mort de ce prince , et remplacée sous Henii IV par le canal de firiare. Adam de Grapone forma aussi le projet du grand canal de Provence, qui devait porter les eaux delaDurance depuis le rocher de Gante-Perdrix au-dessus de Peyroles , jusqu'à Fétang de Berre, en passan^par la ville d'Aix ; projet repris sous Louis XIII et Louis XIV y agrandi et remis en activité dans le i8® siècle, puis abandonné £iute de fonds. Les habitans de Fréjus ayant demandé un homme instruit pour dessécher les eaux qui croupissaient autour de leurs murs et infectaient les airs de miasmes méphitiques, Crapone fut envoyé pour diriger ces travaux. On l'employa aussi dans le comté de Nice à des ouvrages d'utilité publique. Henri II , qui le préférait aux étrangers que Catherine de Médîcis avait appelés en France, l'envoya à Nantes pour y démolir une citadelle commencée sur un mauvais terrain. Il fut empoisomié par les

premiers entrepreneurs de cet ouvrage ^ à Tâge de quarante ans (i).

Dans le même siècle plusieurs auteurs provençaux fixèrent Fattention de leurs contemporains en suivant diverses carrières. La gloire» qui leur pro> diguait alors ses sourires, a cessé d'être leur par^ tage, et U célébrité s'est retirée d'çux. Arrière pourtant nos dédains I nous qui siommes si fier» de nos rafBnemens sociaur^de nos lectuels , nous n'avons sur ces hommes que l'avantage d'être venus plus tard ^Hi'^noMdit^ mcîrite n'est qu^ine affiiire del temps. ihlA • Jlftlx<iii' sont ouverts au flambeau d'une civilisation haute et brillante , eux eurent le malheur de naître dans une époque de tàtonnemens et d'essais.

Honoré Rambaud , maître d^école à Marseille où il était né de parens honnêtes i professa avec distinction rénaeignement de la grammaire française et publia un Traité surK>rth0graphe (2). On trouve dans ce livre des aperçus très-vrais, des réflexions très-judicieuses qui tendent à retrancher de l'aU phabeC les lettres inutiles , à simplifier la syntaxe et la bonne manière d'écrire.

(i) Hiit été HonttM niiutrw ét la Prowee, ptr «ne aociélé de goiu de lettres. IfaietUle 1766» — Eniéne David , Biographie Univendle* Lx. *

(a) Ce traité est infitolé : DkUmtàm du tàm qtiê Tmi commti m

. Qaiqoeran de Beaiijeuy de la ville d'Arles, çvltiva quelque succès les mathématiques , la botanique , les belles lettres et surtout la poésie. Il composa un oi|^age intitulé de Laudibus Provinciœ , qm^âMtjsiMÉikmfoèmeiatio^r le passage d'Annibal dans les 'Gaules. Sa réputation lui attira les £iveurs.€^ kt cpur et il fut pourvu de 1 evéché de Bimaiifmt^lriKlt ans. André de

Vamm^^opora aussi f la ville d'Arles où il vit le jour. Apres avoir étudié la médecine à Montpellier, .^.devint pi^fesseur, et fut ensuite nommé pre- Wmm feJ É ii a iaUi^ '|ie»lV. Fort savant dans son art, il fit en latin , entre autres ouvrages , un bon Traité d'Anatomie qui a été traduit en français. . -u Aatokie^jdiAir^Mt^i connu sous le nom ^Jnfo*' mUê ^jâfwna , né% Splliés, mais fixé à Saint-Remy où il exerçait les fonctions de juge, se rendit £une|UL pacoMBSrXersmacaroniques. Le plus remar^ qu«fafedasiifB»>^diivrages4|||||n^ poème burlesque sur l'invasion de Tempereur Charles-Quint en Provence. Ce poème eut un succès prodigieux.

Jean de Pena, du bourg de MoustierSy était d'une femille noble établie à Aix. Envoyé à Paris pour y faire ses études , il fut disciple de Ramus et se rendit habile dans les langues savantes. 11 professa la philosophie et les mathématiques au collège Voyal de Paris, travailla beaucoup sur Euclide " dont il traduisit en latin la Catoptrique^ et mit à la téte de cette traduction une pré&u» curieuie.

Le dominicain Ësprit Rotier, né à Aix, fut réputé profond théologien. H composa plasieufs ouvrages de controverse , les uns en français , les autres en latin.

Henri IV demandait un jour au cardinal du Perron f poète fameux alors , et maintenant inconnu, s'il composait encore des vers. « Depuis que Votre a Majesté »^ répondit-il, m'a fait l'honneur de « m'employer dans ses alXaires, j'ai renoneé à cet « amusement. Mais d'ailleurs il ne faut plus que « personne s'en mêle , après un gentilhomme de « Normandie établi en Provawe 9 nommé François « de Malherbe, qui a porté la poésie à un si haut « point que nul n*en peut approcher. » En iSyQ, Malherbe avait suivi à Aix , en qualité de secrétaire, le prince Henri d'AngoulémCi govvemeur de Provence, lequel, sHÎ fiiut en croire un historien (i) , était fort docte et savant aux langues y anU de la poésie ei des arts , si bien que toute sa maison estait une continuelle et unhferséile aea^ dé/nie. Le créateur de notre versification lyrique , l'écrivain qui

Le premier en France Fit seotir dans les vers uue juste cadence

aimait à s'entourer de quelques hommes d'étude

(i) César Nostradaiau» , 7* partie.

(9) Boitean , Art Poétique

DE PROVENCE. Il qui formèrent une société littéraire que Ton peut regarder, sous certain rapports, comme le germe de l'académie française. Jean de la Cépède , premier président de la cour des comptes, Fauchet , président au Parlement, Galaup de Chasteuil, Joseph de Mazargues, Boniface de la Molle , Marc- Antoine de Cadenet et François Dupérier étaient les principaux membres de cette société paisible au milieu de tous les désordres publics , de toutes les passions déchaînées par la fureur des controverses , en CCS jours déplorables où deux christianismes différens, rangés sous des bannières ennemies, allaient se ruant l'un sur l'autre, rivalisant ensemble de barbarie et d'intolérance. Leprésident Fauchet publia un discours sur les armes et les bâtons des anciens chevaliers. Galaup de Chasteuil se distingua par ses études historiques et par ses recherches sur les antiquités de la ville d'Aix; il livra aussi au public un recueil de poésies. Les autres membres de la réunion montrèrent à leur tour du goût pour les lettres et les sciences. Dupérier avait une fille adorée qui ifécut Vespace dun malin ^ et Malherbe s'empressa d'adresser à son inconsolable ami ces stances admirables, naturelle expression des plus purs sentimens , ces stances que tout le monde sait par cœur parce qu'elles jouissent de la popularité du génie. Jln i58i , Malherbe épousa à Aix la fille de Louis de Coriolis, président au Parlement de Provence, et ce poète ,

si baon fiiit pour jouir du bonheur domestique , fut abreuvé de cuisans chagrins. Une fille, âgée de cinq ans ^ mourut entre ses bras. Un fils digne de son amour, fut tué en duel par un gentilhomme provençal nommé Fortia de PUes. Les habitans d'Aix regrettèrent vivement ce jeune homme (i) qui annonçait^ dit-on , d'heureuses dispositions pour la poésie. Bflalherbe était alors âgé de soixantedouze ans. Ce malheureux vieillard , accablé de douleur, brisé de désespoir, ne pensa plus qu'à venger la mort de son fils, et parut embrasé des feux de la jeunesse. Il se préparait à envoyer un cartel au meurtrier , lorsque ses amis essayèrent de lui remontrer l'inégalité d'un pareil combat ; « Comment, à soixante^ouze ans, lui dirent-ils , a voulez-vous exposer votre vie contre un adver- « saire qui n'en a que vingt-cinq? — C'est à cause « de cela que je veux me battre, répondit ce père « désolé. Ne voyez vous pas que je ne hasarde « qu'un denier contre une pistole ? »

Malherbe renonça au duel sans renoncer à sa vengeance. Il poursuivit jusques aux pieds du trône le meurtrier de son hls et fit parvenir à Louis XIII une supplique accompagnée d'une de ses odes les plus connues (2). Des amis communs

(i) Lettre do Hallieribe & Louis Xm, à rooeasion de U mort de ionfib.

(a) Donc im nonvean labeur k Cet armet •'apprêts : Prends U fondre, Louis, etc.

s'dfforeèrent de le calmer et de termiiier l'affiiire moyennant une indemnité de dix mille écus.

Malherbe repoussa d'abord cette offre avec une indignation mêlée de mépris; mais enfin il céda à des sollicitations redoublées , et il n'accepta la somme que pour remployer k la construction d'un mausolée en l'honneur de celui dont il pleurait la perte. La mort ne lui permit pas d'exécuter ce projet pieux (i). •

L'instruction publique avait toujours à Aix son siège principal , et l'université , alors calme et prosp^ » àtait eu ses jours de malheur. L'invasion du connétable Charles dé Eourbèn et celle de l'empereur Charles-Quint interrompirent le cours des études, et la jeunesse provençale fut obligée d'aller chercher des leçons dans des collèges plus ou moins éloignés (a). Les états de la province s'efforcèrent de porter remède aux maux cruels de cette guerre. £n 1 54o ib pourvurent aux dépenses de l'université 9 et deux ans après ils demandèrent que Ton désignât dans chaque collégiale un théologal pour propager l'instruction. La ville d'Aix, voulant remeUre rUnwersiié en sa première splendeur, laquelle estait esteinte, fonda^ en i568, deux chairesde médecine et deux nouvelles chaires

(i) Léon Thiessé, E»sai «ttr la vie et les on-vrages <le Malherbe, (i) A Avignon , à Toanon, & Lymi. ~ Docmncns des Archives de la ville d'Aix.

de droit, à condition que la nomination des professeurs appartiendrait au conseil municapol. Ge conseil mettait an concours les chaires vacantes , et recevait le serment des professeurs qui jouissaient des plus grands privilèges.

Les états de 1871 créèrent une chaire de théo* logieà Aix. Mais les dissensions civiles et les guerres religieuses ralentirent de nouveau la marche des études. Les états vinrent encore an secours de rinstruction publique ^ et ilsétablirent en 1601 un impôt particulier pour subvenir aux dépenses de runiversitè. Peu après ils demandèrent au roi l'établissement d'un collège. Henri IV, considérant que la jeunesse de la province était obligée de rechercher rinstruction des bonnes lettres et sciences au loingf créa par son édit du mois d*oo* tobre i6o3 le collège royal de Bourbon auquel il attribua les immunités et les honneurs dont jouissaient les antres grands collèges du royaume. Dès ce moment, l'andenne université d'Aix- demeura chargée, comme auparavant, de renseignement des sciences et du droit, et le collège eut celui de la philosophie et des belles lettres (i).

L'imprimerie ne s'établit que fort tard en Provence (li). Pendant long-temps les cours souve-

(1) Antoine Henricy , Notice sur l'ancienne Université d'Aix.

(2) L'imprimerie, inventée vers Tannée i43o à Harlem, en Hollande y par Lanrent Coater , et perfectionnée par Jean Gensileisch ,

DE PROVENCE. iS raines, l'administration provinciale et les princi* paux conseils de viUe fesaieot Imprimer leurs actes soit à Avignon, soit à Lyon, et ces ouvrages . paraissaient sous les noms des libraires d'Aix. L'église métropolitaine de Saint-Sauveur et les cathédrales des autres villes de la province employaient aussi les presses de Lyon pour l'impression de leurs bréviaires, et c'est à celles d'Avignon queles particuliers livr^uent leurs œuvres. £n i557, Pierre Roux imprima dans cette ville les Statuts et Coutumes de Provence, par Masse.

£nfin le conseil municipal d'Aix , désirant y établir l'art typographique, ûtun accord, en iSya, avec Louis fiarrier, imprimeur d'Avignon. Barrier n'exécuta point cet accord, on ne sait par quel motif. Mais Pierre Roux dont je viens de parler s'engagea en i574 envers les consuls & transporter son imprimerie à Aix aux mêmes conditions qui avaient été arrêtées avec Barrier. En iSjSp Roux pul>lia.le Traiaé de . V Église de Dieu contre les Califinistes , par Jehan Pelicot, conseiller au siège d'Aix , et c'est probablement le premier livre imprimé en Provence. Aix se trouva dépourvu d*im-

dit Guttemberg, tic Maycnce, fut ^'tahlie à Paris en 1470 par quelques hommes zélés pour la propagation des lumières, lesquels firent venir quatre imprimeurs étrangers. Ceux-ci placèrent lenrs pi«nei au Collège de la Sorbonne.

Voy. rUistoire de Paris par Dulanre • t. m , p. 36S et toÎT.

16 msTomc

primeur depuis 1687 juscpi'à i594'. Au mois de juiUetderanoéesuivantcfyies ooDsab rétablirent rimprimerie et la soutinrent par des libéralités. Jean Courraud fut nommé imprimeur de la ville a'vec des gages fixes et on lai donna un logement dans le collège royal de Bourbon. Il publia en iSgB la Guisiade Provençale de Meirier, ouvrage contre la ligue. Mais n'ayant pas rempli ses engage* mens avec radministration, soit à cause de son incapacité signalée par le conseil municipal , soit à cause de l'insuiEsance de son atelier , on appela de Lyon en 1597 1 pour le remplacer, Jean Tholosan , établi dans cette ville depuis plusieurs an* nées. Les presses de Courraud ne continuèrent pas moins d être au service du public^et il y eut entre

les deux artistes une concurrence utile.

Marseille doit sa première imprimerie à Charles

Casaulx et à Louis d'Aix. Le poète la Bellaudière , de Grasse y mort en i588, avait légué ses œuvres manuscrites à son ami Pierre Paul \ escuyer marseillais , qui se plaisait aussi à faire des vers provençaux. A la prière de ce gentilhomme , le premier consul et le viguier firent venir d'Avignon Pierre Mascaron (i), imprimeur-libraire, avec lequel ils passèrent un accord le 5 novembre 1594. Au commencement de Tannée suivante ^ Mascaron imprima à Marseille les poésies de la Bellaudière

(i) Aienl de Julet Mucaron» éyéque de Tnlle*.

et celles de Pime Paul /aux Irais de Casanlx et

de Louis d'Aix qui donnèrent à cette entreprise les eDCOuragemens les plus généreux. Aussi la reconnaissance de Paul fat intarissable , et l'on en trouve l'expression pompeuse dans une foule de pièces diverses. Un autre imprimeur , nommé Antoine Arnonx , était fixé k Marseille en i6oa. Mais les deux at^ers n'exilstaient pins en 1617 , et Henri Carret , imprimeur résidant à Aix , proposa à la viUe de Marseille d'y établir ses presses^ aiiendu , dit sa requête, qt^en cette ville n'y a aucun imprimeur (i). Il parait que les consuls n'accueillirent pas ses propositions , et vingt-quatre ans s'éoouJérent avant le rétaUisseiûent de l'imprimerie à Marseille , rétablissement que l'on dut à Claude Garcin , auquel le conseil municipal donna cent livres de gage (a).

L'art typographique ne fut fixé à Arles qu'un

(i) Registres de l'Hôtel de Ville de Marseille, a8 décembre 1617.

(a) C'est ce qui résulte de la déliLération du 18 mars 1666 1 relative à Charles Brebion, successeur de Garcin.

L'érétjue Uscan, envoyé en Europe par le patriarche des Armémeus d'après la décision d'un Concile, obtint de Louis XIV, en 1669, un privilège pour imprimer à Marseille en langue arménienne les livres nécessaires à la religion de son pays. Uscan , amenant avec lui le prêtre Thadée , vint l'année suivante établir son imprimerie dans cette ville, où il avait apporté une grande quantité de caractères gravés et fondus à Amsterdam.

L'Évéque de Marseille exerça sa surveillance éixt cette typographie arménienne qui cessa «es traYaux en i684.

ir. a

|g BSSSOmB

peu avant l6 mUieu du diz<«^èm aâède (i) , et iie;le fut à Toulon quW oomm»ofKmêtA àm aièdb

suivant (a). " '

L*esprit de famille» si fécond en verti|S|en glandes et belles choses , puisait toujours safem dans les traditions béréditnres. Pour le bien oom« me pour le mal , pour la gloire comme pouc la honte 9 il y avait-solidarifé: morale entre tous eeuE qui se trouvaiebt unis par 'les ilœuds du sang et de la nature. Sans doute ces principes , dans leur application trop rigoureuse , ne peuvent être ap^ prouvés par la froide raison et la saine philoso* phie ; mais avouons du moins que plusieurs avantages sociaux les recommandent à notre estime. Cet éloge en vaut bien un autre.

Le sentiment religieux, encore plein de puis* sance, vivait dans tous les esprits, s'emparait de toutes les convictions. Heureux dominateur des foyers domestiques, il réglait les habitudes et les mœurs. Mais le peuple ne savait pas échapper aux misères de la crédulité et de la superstition , au joug avilissant de ces pratiques puériles qui n'ont tien de commun avec la tok véritable* Le torrent

(t) ^miçob Meimcr, împridiMir à Mamilte, ml Ib pMinMr «Giicar ton art à Arles. La nlle loi aecorda, pv dâi^ juU«t 1647, » traiteoMpt «Mmel ^ i5o liTMt.

(a) Par anrét dn CoomU d'Etat dm %i joillat 1704, Hallard aété la yfftiniflr îa^^rinMiir k Xonloo.

Voy, Hanricy , Notiea ntr Vonput de riaiprâmem m Profanée.

des plus funestes préjugés entraînait même quelquefois les hommes les plus sages et les plus graves» Pour comble d'aveuglement et de malheur, on peuplait tout de prodiges, d'enchantemens, d'êtres surnaturels, de puissances mystérieuses. On croyait •ox fées bienfiUaantes » aux sorciers redoutables, auv apparitions de fenlôaes. On croyait qu'il était donné à l'homme d'avoir commerce avec les esprits infernaux , et que ceux-ci , quittant le noir séfour delà nuit étemelle , se- mêlaient parmi nous sous divers travestissemens , se jouaient de nos destinées. On croyait que les morts avaient le privilège de sortir du tombeau et de paraître à nos regards comme des spectres livides , secouant leur linceul , traînant d'horribles chaînes ; on croyait que les décrets duGiel et les mystèresde l'avenir se dévoie laient à noua pendant notre sommeil par le moyen des songes. Enfin que ne croyait- on pas? de combien de mensonges, de combien de terreurs une multitude ignbranten'était-eUe pasesdave? Le cr^ dit dont l'astrologie judiciaire avait joui sous le règne des derniers Valois ne servait pas peu au triomphe de tant d'opinions insensées. A côtédu monde vêd se trouvait un antre monde de folles chimères et de visions extravagantes (i).

(i) £a r«nnée 1609 on eroywà encore fermement à rexistenee det •ordm. FSloacy docleor de Solxiimey se plaignait que leur Mapmlécn nmltipifaitlenMrit à riofin. — Ea^dopédie médiod.» iwéo Solder.

Un procès à jamais célèbre peint bien , sous ce

rapport, l'état moral dn siècle.

. Louis Gaufridy , vicaire à Notre-Dame des Accoules de Marseille (i), aurait méconnu sa vocation en recevant lès ordres sacré8.Homme aux passions fou^ gueuses , au cœur sensible et ardent, il avait eu le tort d'embrasser un état qui met au rang de ses lois absolues un célibat étemd , et range pansl ses premiers devoirs la répression des sens,- la pureté des mœur^.Ce prêtre infortuné, qui donna tant de scandale au sanctuaire et jeta sa mort en spectacle an monde » eût été peut-être un bon citoyen , eût pu se rendre utile dans tout autre carrière. Que d'hommes se perdent, comme lui , et voient se flétrir leur existence , fiiute de bien choisir leur place ^ faute de connaître leur force! Jugez quel ministre de Dieu , quel directeur spirituel Gaufridj devait être y lui qui laissait se former dans son cceur tous les orages d*une jeunesse bouillante, lui qui sentait circuler dans ses veines tout le feu de l'amour et de la volupté. Il est probable qu'il pro&pait déjà par ses dissolutions la sainteté de son ministère ^ lorsque vit à Téglisè des Accoules la demoiselle Magdeleine de Mandols la Paludyâgée d'environ seize ans, d'une ancienne et noble famille de Bfarseille. Cette jeune personne

. (i) Gaafridy naquit en iStS à Buntnt, diocète ^ Seun; «on père était berger.

réunissait les avantages d'une ame pure , d'un esprit aimabki i d'une h^nté éblouissante. Gaufridy en fut éperdument épris , et il ne cherdia , dès ce' moment , qu'à tendre des pièges à son innocence et qu'à triompher de sa vertu. Profond dans son in&me hypocrisie , habitué à tous les artifices dont un séducteur pervers fait son étude , il semblait animé du feu divin de la charité , tandis qu'il ne brûlait que d'une flamme criminelle , et tous les pères de &mille , tous les hommes de bien lui don* naient à Tenvi des témoignages d'estime , de respect et de confiance. On comprend qu'il n'eut aucune peine à s'introduire dans la maison de Manâo\s la Pahid , et à compter Magdeleine au nombre de ses pénitentes. Il lui parla de son amour , ne s'occupa qu'à la corrompre par le langage le plus passionné , par les tableaux, les plus yoluptuenz , et bientôt il vit les progrès qu'il fesait dans l'affection d'une jeune personne sans expérience et sans lumières , portée d'ailleurs par la nature à la tendresse des sentimens , à Texaltation des pensées, Toutefois les principes d'une éducation excellente, les^xemples et les leçons d'une vertueuse fiimille retenaient encore Magdeleine au bord du précipice y et pour ne pas y tomber elle prit la résolution d'entrer , comme religieuse , au couvent des UrsuHnes de Marseille. ]Qle croyait trouver dans ce chaste et pieux asile un remède aux maux de son ceenr ^ un abri contre les souillures du vice.

Espérance trompeuse. Le cloître ne lui rend pas le calme. Ni le silence , ni la prière , ni les cantiques saints nepeuventk distraire de sa passion funeste, et Timide de son indigne amant la poursuit encore, la poorsuit toujours. Gaufiridy » qui n'entend pas fiiire grâce à sa vietinie , vient la visiteraux Ursu* Unes et la presse de combler ses vœux. Magdeleine retourne à la maison paternelle , finit par s'aban* donner à son sédiicteur, et rentre dansie mcmastère pour y cacher sa honte et ses remords.

. Mais aussitôt les plus affreux nuages obscurcissfmt'soli esprit troublé*. Le sommdl fuit de ses paupièiiest. - Son sang s'édiaufie et s'aigrit. Une servante du Dieu vivant l un ministre des saints autels! ahl r.eafer seul, Tenler jaloux de son innocence et de son bonheur , a pu préparer sa chute. Elle le croit, elle le dit. Le sentiment de son ignominie f la violence de sou désespoir , la terreur de sa conscience égarent tout-à-Àit sa raison chancelante. Au milieu de ses clameurs confus ^ entrecoupées, incohérentes^ le nom de Gaufridy se place sur ses lèvres avec des imprécations et des blasphèmes.. Des mouvemens convukife , des contorsions horribles agitent tout son corps , comme si le démon le pOssédaiL On Tentoya à la Saintè- BiaAime où elle fut exorcisée par Sébastien Michaêfa , vicaire général des Frères Prêcheurs de Saint- Maximin y et la crédulité de ce moine imbécille aociAliia les bruits de magie , de sortil^ict ido

DE PROVEHCE. 23

possession infecnale. Màgdeleiiiey cooduile à i'aiw chevéché d'Aix , y fiit interrogée par le premier

président Guillaume du Vair, lequel surpris de la contenance et -des paroles de cette malheureuse, étourdi d'ailleurs- par les mmeurs étranges qui ' s'élevaient au sein d'une multitude abusée, voulut tout éclairdr dans une iaformation juridique. Bien n'était plus sage jusque là. Au ootninenee» ment du mois de février i6f r ^ le pai^einenl «n» voya à Marseille deux conseillers-instructeurs (i) , et le premier acte de ces magistrats fut d'ordonner l'arrestation du vicaire des Aeooùles et de le tm^ duirè à Atx .

Mâ^deieine de Mandols était dans la même si« tuation mentale. On l'acoosait aussi de sorcellerie, et telle elle avait para devant Sébastien Midiadis , devant Guillaume du Vair et les commissaire délégués , telle elle se montra devant le parlement d'AiXf tanlàt languissante, laveuse plcmgée dans de mystiques méditations et dans une vague mélancolie y le plus souvent livrée à de frénétiques transports, toujours biaarre, toujours inexplicable dans ses déclarations contradictoires. Un jonr elle élevait Gaufridy jusqu'aux nues^ ne trouvant pas des termes assez for^ pour oélâ>rer son innoœnœ. Le lendemain die l'accablaitde msiédîctioiis et de mépris. La langue manquait d'énergie pour

(i) AnioiiiedejS^jittiiiaildeTlMnoii.

24 mSTOULB

exprimer rhorreur que ce misérable lui inspirait. Ce n'était plus qu'un étre'mal&isant , un mcmstre de corruption et de débauche , un magicien sorti de i abyme infernal. £t puis la pauvre ûile se prenait à faire l'aveu de aes fautes, non pas avec la rongeur sur le front,: non pas avec cette expression de douleur qui appelle sur le repentir la clémence du Ciel et l'estime des hommes, mais bien ave&une impudicité dégoûtante qui l'eût rendue l'opprobre de son sexe, si sa raison eût été libre. Elle ajoutait à son récit les détails les plus absurdes , les cir* cottstanceaf les plus ridicules. •

Quant à Gaufridy, il présentait rimage d'une dégradation complète. L'intelligence humaine , fiiite pour connaître le bien et poar le pratiquer , s'altère en s'éloignantde cette destination sublime. Pour l'éternel honneur de la morale et de la vertu, il est rare que l'excès du vice ne soit pas accom^ pagné d'un peu de folie. Le vicaire des Accoules fournit la preuve de cette vérité en se présentant devant ses juges. D'abord il repoussa les déclarations de Magdelelne, sa co-aocusée. Biais troublé par la crainte d'un supplice ignominieux et cruel , par la voix menaçante de la religion offensée , par les visites de j^usîeurs capucins qni cherchaient à obtenir de lui des aveux , il montra là fiiiMesse d'un enfant unie à l'égarement d'un homme travaillé d'un délire profond, et finit. par se reconnaître pour sorcier. Tout semble prouver qu'il

DE mOVKfCE. 35

orut l'être véritablement. Trois médecias et ua chirurgien de la ville d'Aix ( i) y tous fMrofeaaedrs en l université , nommés d'office poar examiner quéU ques taches que Gaufridy et Mâgdeleine de Mandob avaient sur le çorpsy pensèrent , à la honte de leur science, que ces lâches pouvaient être des signes de sorcellerie. Dès ce moment le sort de Faccusé ne fut plus incertain. U y avait contre lui un entraînement général. Qui nefiûlliraitpas lorsque les sages sont les premiers à payer à Terreur un tribut déplorable ? Qui pourrait écouter la voix de la raison lorsqu'o'n ne l'entend pas dans le temple de la îustioe? Le procès de Cvaufridy ne devait pas être seulement odieux: il était encore destiné à cumuler tous les genres de ridicule. Pendant que les membres de la ToumeUe étaientassemblés dans leur salle d'audience pour écouter la lecture du rapport de la cause fait par le conseiller de ïiioron, un ramoneur tout barbouillé de suie descendit avec bruit par le tuyau de la cheminée, et mit en fuite, à son grand étonnement, ces graves magistrats qui le '.prirent pour Satan lui-même, tant ils étaient glacés d'une feUe épouvante , tant leur tête était remplie de noires idées sur l'enfer , les spectres, les enchanteurs et les sorciers. De ïhoron seul, embarrassé dans son bureau et au milieu de

(i) Jac^ei Fontaine, Looit Gnâ, Antoine Hérindol ei Piene BcBttmp«.

aes papiers 9 ne put suivre ses oollègaes. Pâle et tremblant U demanda merci au savoyard stupé&if,

et ne reconnut sa méprise qu'au bout de quelques minutes.

Par arrêt du 3o avril 1611 «rendu ausacdamations de k multitude ivre d'une joie 'fÉTOoet Gau*

iridy fut déclaré coupable de rapt, séduction , impiété , 'magie f soreeiierie et autres obçininaF- Hdns, Pour réparation de quoi y la Cbbr, ajoute l'arrêt , « Ta condamné et condamnfe à être livré « eîitre le&maios de l'exécuteur de la haute justice^ m conduit par tous les carrefiiars de* la ville d'Aiz it ^e^au devant de la grande porté de Téglise Saint- « Sauveur ; à faire amende honorable tête nue et «..pieds 'nus ^ la hart iaa col, tenant un flambeau « aident en setf mains / 'et lÀ à ^nôux demander « pardon à Dieu , au roi et à la justice , et ce fait « être mené en la place des Prêcheurs , et y être « ard et brûlé, tout vif sur un bûcher , jusqu'à ce « que son corps et ses ossemens soient consumés « et réduits en cendres , et icelies jetées au vent , c et tous ses biens acquis et confisqués ap roi, » et avant d^étre exécuté sera mis et appliqué à ce k question ordinaire et extraordinaire pour « avoir de sa bouche la vérité de ses complices. 9 Gonfermément à une autre disposition de IVirrél , Jacques Turicelia(i), évêque de Marseille^ vint dé-

(i) Sept ans après « cet cvécpie lut empoisoimé par son valet de chambre.

grader OavMày ielon les règles c«ooiilque8« Il lai

fit d'abord un sermon pour lui montrer Ténormitéde ses péchés. Puis il lui mit un calice entre les midos et le lui eideva f ôd disant : « Nous tVW a tons ce calice où tu- «vais eonttime^ eonsacrer « le Sang du Seigneur. » Il en fit autant pour le ntissel» en disant: « nous fôtoas^e iiviia où tu « lisais l*ÉvaDgile ». Ensuit eà le'revMt dm lia* bits sacerdotaux pour l'en dépouiller après. On Itfl lavaetnicla aussi les mains qui avaient reçu l'onction sainte. La dégradation ainsi faite , Gaofridy fut livré au bourreau , et le peuplé , qoî aittik ap-* plaudi à Tarrêt , applaudit à l'exécution avec plus deffifear encore. Ce peuple frémissant n'étaitr'pas sati Ait. Il voulait une autre victime. Il demandait à grands cris la mort de Magdeleine qu'il persistait à r^arder comme une sorcière , malgi'é le parie» ment qui venait de Fabsoudre. Ce ne fût qu'à' grand'peine qu*on la put mettre en sôreté.(i).

Penc|ant long-temps les imaginations restèrent émues par des rêves sinistres et furent ébranlées par des cbhnères menaçantes. Les femmes surtèut donnèrent un libre cours à l'extravagance de leurs visions, car le propre de ce sexe si faible est de tout

(t) Ifiduwl», Hiac «ilinînililft de la PoMeation et Gonveceion d'une Pénitente iédnite per un maycîen. — Hist deeEvéqoet de Maneille» t. m. liv. xr. — Lee anciene Historiens de Provence. — Hisi. nuuinse. dn Parknunt d'Aiib-— Cabasset ov?. dlé. — Moo Hisc. de MavseiUe» t n , Ut. ru

exagérer dans la vivacité de ses mouvement irréfléchis , dans la mobilité de ses sensations imprévues. Les religieuses de Sainte - Claire d'Aix crurent qu'une troupe de niaiiiia esprits s'était emparée de leurs odlules. La soUtude» Fisoleinent, l'ardeur d'une mysticité sans élévation , les petitesses d'une dévotion sans lumiènes Srervirent d'aliment à leurs tristes écarts. La fraj^eur de ces religieuses fut telle que le parlement se vit obligé de les faire sortir du monastère le ao octobre 1611, à une heure après minuit , et de les envoyer eu procession à rArchevéché (i).

Ces détails paraissent , au premier aspect , indignes de la gravité de l'histoire. Mais pourquoi les négligerais-je s'ils servent à peindre tontes les maladies de l'esprit humain , toutes les misères de notre nature? Il est bon qu'ils soient exposés au grand jour ^ ne fut-ce que pour nous &ire appré* cier l'avantage d'être nés dans un meilleur siède. D'ailleurs, si l'historien n'avait à retracer que des açènes de vertu , de . génie , d'iiéroîsmeet de gloire, aatâdie aérait sans contredit consolante et sublime ^ mais bien courte elle serait aussi.

(i) Aicfaifcs cb Chapitre d'Aix.

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