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INDUSTRIE

L'augmentation de la population s'était fait sentir dans les villes comme dans les campagnes; parmi les colons étrangers, des milliers étaient d'habiles artisans, et aux progrès de l'agriculture correspondait un essor industriel remarquable.

Frédéric Guillaume favorisa le mouvement, y voyant le meilleur moyen de réaliser les objectifs qui lui tenaient le plus au cœur : accroître le nombre de ses sujets, contribuables et soldats, faire fabriquer sur place tout ce qui est nécessaire à la vie, et par suite empêcher la sortie de l'argent prussien qui aurait passé la frontière en échange des produits étrangers. Le système mercantile, avec la protection allant souvent jusqu'à la prohibition, continuait à régner dans le domaine économique. On croyait encore, comme au

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temps de Golbert, qu'un pays ne pouvait s'enrichir qu'au détriment des autres, que l'idéal pour un État consistait à n'exporter aucune matière première et à n'importer aucun produit manufacturé. Le roi chercha dès son avènement à appHquer cette maxime, et ne varia jamais. L'instruction pour le Directoire renferme à l'article 12 (des manufactures) cette déclaration farouche : « Quiconque s'avise d'exporter, ne fût-ce que quelques kilos fein SteinJ (1) de laine du pays, a mérité la potence ! »

A ce protectionnisme impitoyable s'ajoutait naturellement la réglementation la plus minutieuse, l'État prenant la tutelle de tous et laissant rarement libre carrière aux initiatives privées. Le Directoire g'énéral et les Chambres de guerre et des domaines furent chargés de ce rôle de Providence ; des commis expérimentés les secondèrent, comme ce d'Alençon, un des membres les plus en vue de la colonie française de Berlin, qui jusqu'en 1735 s'occupa activement des manufac* tures en Brandebourg, comme ce Mesmyn et ce Pellet, qui s'en occupèrent dans le duché de Magdebourg. Le recueil de Mylius renferme une foule d'édits réglementant la fabrication dans les moindres détails : par exemple celui du 30 janvier 1723 sur la confection des draps et vêtements, et son contrôle fSchauJ, ou celui de 1727 sur le plombage et la marque des draps et lainages du pays. Les métiers étaient d'ailleurs toujours concentrés à la ville, et cinq au plus pouvaient être exercés dans les villages et hameaux, métiers indispensables au paysan, ceux de tisserand, de tailleur, de charpentier, de forgeron et de maréchal-ferrant (patente du 4 juin 1718) (2). D'autre part, les artisans demeuraient soumis au régime des corporations, jurandes et maîtrises, qui pouvait entraîner de graves abus et engendrer la routine.

Sur ce point, d'importantes réformes eurent lieu, grâce à un fait inouï, à une mesure générale prise par la diète d'Em-

(t) Le Stein représentait un poids de dix à onze kilos.

(2) A ces cinq métiers, Schmoller ajoute celui des tonneliers (Boettcher) dans le duché de Magdebourg.

50€ RÉGIME BES CORPOIIATIONS

pire. Jusqu'ea 1730, aucune amélioration ne s'était produite, et Frédéric Guillaume I", qui entrevoyait l'opportunité de profondes modifications, en était resté aux anciens errements. Certains statuts de corporations avaient bien été revisés, et en 1720-1721 le roi avait facilité le libre passage des artisans d'une ville du royaume à une autre, en supprimant la taxe de départ (AbzugssteuerJ, exigée auparavant de ceux qui changeaient de résidence ; des dispositions avaient été prises également pour faciliter aux compagnons, et plus spécialement aux soldats invalides, l'accès de la maîtrise, à la campagne et à la ville (1729). Mais les vieux abus subsistaient. On vit, par exemple, en 1725, exclure de la corporaition des drapiers un artisan de Neuendamm, parce que sa femme comptait un berger parmi ses ascendants.

En 1727, à l'instigation de divers États de l'Empire, le Hanovre, la Saxe, surtout la Prusse, la diète de Ratisbonne se mit à discuter la question ; chose extraordinaire, elle réussit, au bout de quatre ans, à élaborer un projet qui fut envoyé à Vienne en juin 1731, et ratifié par l'Empereur le 16 août. C'était une sorte de miracle qu'une mesure législative générale pour tout l'Empire ; ce fut en même temps un document indigeste et maladroit; il n'en eut pas moins une réelle utilité, parce qu'il condamna des abus criants et exigea leur abolition, tout en laissant à chaque État le droit de modifier et de reviser à sa guise les statuts de ses corporations. Dans le royaume de Prusse, l'application de la loi d'Empire fut ordonnée, en août 1732 pour les pays allemands, en juin 1733 pour la province de Prusse qui ne faisait pas partie de l'Empire germanique. Ensuite de nouveaux statuts de corporations, dits privilèges généraux (GeneralprivUegienj, parce qu'ils devaient valoir dans tout le royaume, furent élaborés à partir de 1733 et publiés de 1733 à 1736; ils devaient rester en vigueur jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle.

En vertu de ces règlements, les corporations furent plus qu'auparavant soumises au contrôle de l'État ou des villes;

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elles ne purent plus inflig^er des amendes excessives, ni procéder judiciairement contre les intrus fStorer ou Pfuscher), ni réclamer une supériorité quelconque, l'une sur l'autre. On interdit les exclusions arbitraires : seuls demeurèrent exclus les enfants d'équarrisseurs, exerçant eux-mêmes le métier considéré comme ignoble, les Juifs, et les enfants de paysans, n'ayant pas obtenu le consentement des autorités compétentes. Une obligation nouvelle, de grande portée morale, fut imposée aux apprentis, celle de savoir lire et écrire; le nombre des années d'apprentissage (LehrjahreJ fut fixé à trois en général (jusqu'à quatre, cinq ou six cependant, pour certains métiers) ; le nombre des années de voyage (Wanderzeit) des compagnons fut fixé aussi à trois, et le service militaire compté dans ce temps. Sans doute, les compagnons furent étroitement surveillés : leurs livrets ou cevix^c^iii (Kundschaftenj durent être bien tenus; leurs coalitions contre les maîtres furent interdites ; mais certaines faveurs furent accordées, en revanche, pour faciliter leur existence, le soin de leurs pauvres et de leurs malades Les conditions pour devenir maître furent élargies et nettement définies : il fallut être majeur et libéré du régiment, fabriquer un chef-d'œuvre (meilleur marché qu'autrefois, et d'usage plus pratique), payer une taxe (de 6 à 10 thalers selon les localités et les métiers), et se faire conférer le droit de bourgeoisie. Un maître put employer autant de compagnons qu'il voulut.

Si beaucoup d'anciens usages furent conservés, si la séparation des villes et des campagnes fut maintenue, du moins la suppression de règles étroites et de monopoles excessifs fut un grand bienfait : les nouvelles corporations ne pouvaient plus avoir comme les anciennes une vie intérieure à part, trop indépendante et jalouse. La réforme contribua certainement au progrès économique.

D'autres mesures y contribuèrent aussi. L'industrie des draps et lainages, particulièrement importante en Brandebourg, fut encouragée sans cesse : un établissement modèle (LagerhausJ, usine et entrepôt à la fois, fut créé à Berlin par

SOS EXC OURAGEMENTS A L'ISDUSTKIE

Kraut en 1714, pour fabriquer des tissus et vendre des laines aux pauvres manufacturiers ; des édits draconiens interdirent l'exportation des laines à l'étranger et l'importation des draps du dehors. Les ouvriers en laines et les fabricants de lainages furent exemptés du recrutement (février 1721). Une série de règlements recommandèrent ou même ordonnèrent aux régiments, aux fonctionnaires, à tous les sujets, de s'habiller avec les draps du pays 3 juin 1713, 26 avril 1718, 27 novembre 1721, 25 janvier 1738, etc.). Les vieilles femmes vendant à l'étalage et les servantes sans place reçurent Tordre de filer la laine (14juin 1723). Par contre, le port des cotonnades fui interdit : Morgenstern raconte l'histoire d'un fiscal, qui, ayant logé chez un maire et ayant reçu de lui pour la nuit une couverture de coton, eut le triste courage de dénoncer ensuite son hôte et de le faire punir. L'industrie métallurgique, surtout pour la fabrication des armes et des canons, ne fut pas moins favorisée : le roi avait fait la connaissance au siège de Stralsund, en 1715, de deux entrepreneurs, Splittgerber et Daum ; il les installa plus tarda Potsdam, où ils fondèrent une fabrique de fusils privilégiée. Les industries locales furent développées, celle de l'ambre en Prusse, celle de la brasserie en Poméranie et en Brandebourg, celle du sel et du salpêtre dans le pays de Halle, celle des toiles dans les provinces de Touest; la Chambre de Minden fut invitée le 10 avril 1723 à faire acheter de la toile du pays par dix ou douze régiments qui en achetaient en Silésie pour leurs chemises, caleçons et guêtres. Enfin, les réfugiés français des Marches et du duché de Magdebourg, « les plus pauvres, mais les plus industrieux » , suivant le mot de Frédéric II, reçurent souvent l'appui du gouvernement pour leurs entreprises.

Grâce à ces dispositions tutélaires, le royaume entier se couvrit de fabriques. Non seulement le Lagerhaus de Berlin et les autres manufactures brandebourgeoises de draps, notamment celle de Luckenwalde, ouverte en 1718, mais qui végéta après 1725, tissèrent assez d'étoffes pour habiller

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