‹ Histoire de quatre ans, 1870-1873 (volume 5)Chapitre 11 sur 12 · CHAPITRE XI Le 4 Septembre · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI Le 4 Septembre

Le gouvernement recevait de diverses sources, dans la soirée du 1 er septembre et la journée du 2, des avis et des bruits avant-coureurs d'une nature sinistre (1). Le 3 au matin une première dépêche venue de Belgique lui annonce la catastrophe de Sedan, et enfin la nouvelle officielle de la capitulation lui arrive à 4 heures de l'après-midi, par un télégramme de l'Empereur lui-même adressé à l'Impératrice (2). Au commencement delà séance du Corps législatif, le 3 septembre, le G al de Palikao avait fait une déclaration pleine de réticences, dans laquelle il mentionnait cependant que les armées du Rhin et de Châlons venaient en même temps d'éprouver de graves échecs ; à travers ses explications embarrassées on pressentait le désastre, et d'ailleurs, 1^ nouvelle de la capitulation avait déjà transpiré parmi les personnes bien informées et était, en particulier, connue des députés de la gauche (3). Le public était demeuré

(1) Chevreau, Enquête parlent. , t. 1, p. 266. Kolb-Bernard, Une page de l'Histoire du 4 Septembre^ p, 6.

(2) Jérôme David, Enquête parler». , 1. 1, p, 154.

(3) Jules Favre, Le Gouvernement de la Défense nationale, t. I, p. 55. 6tephen Liégeard, Trois ans à la Chambre, p» 321.

plein de confiance; les combats dont on parlait vaguement, sur lesquels on n'avait point de détails, passaient pour des succès, et la nouvelle de la capitulation de l'Empereur et de l'armée vint fondre sur Paris, le 3, sans aucune préparation.

A la rencontre des gens qui sortent du Corps législatif et qui répandent d'abord la nouvelle, les passants tressaillent frappés de saisissement ; dans leur trouble, ils se cherchent et s'assemblent en petits groupes le long des rues; aucuns, s'affaissant sous le poids de la douleur, rentrent chez eux à pas précipités , ou s'asseient et pleurent dans les cafés. L'angoisse se traduisait par une muette stupeur. Jamais coup plus cruel n'avait frappé les hommes. Toutes les espérances auxquelles on s'était rattaché se sont évanouies. Ces armées qu'on avait vues reprenant le dessus ont disparu. On reste nu et désarmé en face de l'invasion. La nuit venue, les lumières allumées, les boulevards se remplissent d'une immense foule accourue pour avoir des nouvelles et qui, sans cesse grossie, déborde des trottoirs sur la chaussée. L'angoisse, jusque-làinuette, se transforme en cris de rage et en mou vements convulsifs . Un ébranlement se produit , on prend un drapeau dans une maison ; des bandes en furie parcourent les boulevards, un cri répété s'élève : Déchéance ! déchéance ! Par moments le pas se précipite, et, le cri plus douloureux devient un hurlement. La multitude sur les trottoirs applaudit; on vocifère, on bat des mains, on lève les chapeaux, les femmes agitent leurs mouchoirs en trépignant Les

rassemblements ont déjà parcouru les boulevards à plusieurs reprises, lorsgu'en face du poste de police du boulevard Bonne-Nouvelle ils sont arrêtés par une ligne de sergents de ville. Ceux-ci chargent la foule, l'espace de quelques pas, l'épée nue. On entend partir un ou deux coups de feu. Les boutiques se ferment, et les bandes reviennent, dans l'obscurité, communiquer leur fureur augmentée sur toute l'étendue des boulevards.

Il y avait alors dans le parti républicain, derrière les députés et les chefs les plus en vue, un certain nombre d'hommes arrivés contre l'Empire au paroxysme delà haine, cherchant en permanence l'occasion de le renverser. Ces hommes, ayant depuis quelques jours leurs appréhensions plus que jamais excitées, en même temps qu'ils sollicitaient les députés de la gauche au Corps législatif à une action énergique, s'étaient proposé de provoquer des manifestations pour agir par pression sur le Corps législatif; mais les craintes de la population n'étaient point éveillées et toutes les promesses que faisaient chaque jour de prétendus meneurs d'amener le peuple des faubourgs, restaient sans résultats. Le 3 septembre on a enfin le peuple sous la main en proie à une violente surexcitation; aussi a-t-on entendu sortir des rassemblements et jeter à la fouie sur les boulevards ces mots : « A 2 heures demain au Corps législatif. » L'annonce de ce rendez-vous, tombant dans un milieu favorable, est répétée et passée dégroupe en groupe, de café en café ; elle s'envole aux extrémités de la ville,

et quand l'heure avancée de la nuit vient faire le vide, à la manière enfiévrée dont la foule s'est séparée, on •peut s'attendre pour le lendemain à quelque chose de décisif.

L'Impératrice et les ministres, après avoir reçu le télégramme de l'Empereur leur apprenant toute Tétondue du désastre, s'étaient réunis en conseil à 6 heures. Ils se bornent à rédiger une proclamation qui, affichée le soir même, apprendra officiellement la perte de l'armée de Châlons et la captivité de l'Empereur, et ils se séparent, renvoyant au lendemain l'examen des mesures que la situation peut commander de prendre.

En même temps que la nouvelle de la capitulation se répandait, l'anxiété gagnait tous les hommes politiques. Les députés se retrouvent le soir dans l'enceinte du Corps législatif; ils apprennent que le conseil des . ministres s'est séparé sans avoir pris de résolution. Un certain nombre d'entre eux, ne pensant pas qu'on pût rester ainsi jusqu'au lendemain, s'inquiètent de provoquer une réunion du Corps législatif. Ils vont trouver le président Schneider, pour lui demander de convoquer immédiatement la Chambre (1). M. Schneider sortait du conseil des ministres ; on venait précisément d'y agiter la question d'une séance de nuit ; on avait décidé qu'il n'en serait pas tenu et qu'avançant seulement un peu l'heure habituelle de ses entrées en séance, le Corps légis-

(l)Dréolle, La journée du 4 Septembre, p. 26, 29.

latif 6e réunirait le lendemain à midi. Les réclamations des députés, se produisant dans un sens contraire aux résolutions du gouvernement, causèrent à M. Schneider un certain trouble; mais, après être resté quelque temps perplexe, il se rendit à la demande qui lui était faite d'une convocation pour la nuit même et se mit sur-le-champ à en faire porter l'avis ;iux ministres et aux députés (1). Les avis de convocation ne parvinrent aux destinataires que très-irrégulièrement ; plusieurs des ministres n'apprirent la réunion qu'au dernier moment et par des voies indirectes (2). Les ministres pris au dépourvu arrivèrent sans concert au Corps législatif. Ils se mirent à part pour délibérer dans le salon de la présidence (3). L'agitation était grande parmi les députés dans la salle des Pas-perdus. Lespromoteurs de la réunion, MM.Dréolle Galvet-Rogniat, font sortir le G al de Palikao (4), pour lui exposer qu'il n'était pas possible de rester ainsi sans rien faire, et ils l'adjurent de prendre surle-champ une résolution, d'accord avec ses collègues, pour la communiquer à la Chambre. Il était alors plus de minuit ; l'agitation sur les boulevards avait pris fin ; les bandes qui avaient été faire des manifestations au Louvre, devant l'hôtel du gouver-

nour de Paris, et sur la place Vendôme, devant l'Etat-

(1) Schneider, Enquête parlem., t. II, p. 136. Dréolle, La journée du 4 Septembre, p. 28.

(3) Clément Duvernois, Enquête parlent., t. I, p. 221. Jérôme David, Actualités et souvenirs, p. 55.

(3) G* 1 de Palikao, Un ministère de la guerre de 24 jours, p. 127.

(4) Dréolle, La journée du 4 Septembre, p. 37.

Major de la place, s'étaient réunies sur le quai devant le Corps législatif, et montraient l'intention d'envahir la Chambre. Le G al de Palikao donne Tordre de faire venir des forces militaires pour contenir l'émeute, mais, rentré en délibération avec ses collègues, d'un commun accord, ils persévèrent dans la résolution de renvoyer à la journée l'examen des mesures à prendre.

La séance du Corps législatif s'ouvre à 1 heure du matin. Le G* 1 de Palikao monte à la tribune, il confirme la capitulation de l'armée et la captivité de l'Empereur et ajoute : « En présence de ces « événements graves, il ne nous serait pas possible à « nous ministres d'entamer ici une discussion relative « aux conséquences qu'ils doivent entraîner. Par « conséquent nous demandons que la discussion soit « remise à demain. Vous comprendrez que nous «n'ayons paspu nous entendre, car on est venu m'aru racher de mon lit pour m'annoncer qu'il y avait « une séance de nuit. » M. Jules Favreselève après le ministre, pour donner lecture de la proposition suivante signée de vingt-sept députés de la gauche :

« Article 1 er . Louis-Napoléon Bonaparte et sa dy- « nastie sont déclarés déchus des pouvoirs que leur a « conférés la Constitution.

« Art. 2. Il sera nommé par le Corps législatif

« une commission de gouvernement composée de

« — vous fixerez, messieurs, le nombre de membres « que vous croirez convenable — qui sera investie de « tous les pouvoirs du gouvernement et qui a pour

« mission expresse de résister à outrance à l'invasion « et do chasser l'ennemi hors du territoire.

« Art. 3. M. le G aI Trochu est maintenu dans ses <t fonctions de gouverneur général de la ville de Paris. »

« M. Jules Favre : Je n'ajoute pas un mot. Je livre, « messieurs, cette proposition à vos sages méditations, « et aujourd'hui à midi nous dirons les raisons qui « nous paraissent commander à tout patriote son t( adoption. » M. Jules Favre afait sa lecture au milieu du plus profond silence ; la seule voix de M. Pinard s'est élevée pour dire que la Chambre ne peut pas prononcer la déchéance ; aucun ministre n'a pris la parole pour répondre ou protester, et on se sépare — la séance avait duré vingt minutes — laissant, sans rien plus, pour la journée, Paris en face de l'annonce officielle de la capitulation de Sedan et de la proposition de déchéance présentée par les députés de la gauche.

Cependant personne ne pensait que le gouvernement impérial pût survivre à une catastrophe comme celle de Sedan. Le Corps législatif, qui représentait plus particulièrement le pays, pouvait seul essayer de surmonter la crise. Il devait se saisir du gouvernement pour empêcher que l'effondrement de l'empire n'amenât à sa suite une révolution. Aussi laChambre presque entière est-elle maintenant arrivée à la conclusion qu'avaient depuis un mois formulée les députés de la gauche, qu'elle doit faire exercer le pouvoir par ses propres délégués. Il est vrai que les députés de la majorité sont encore tenus hésitants par la nature des

liens qui les rattachent à l'empire; le gouvernement qu'il leur faut abandonner dans le malheur, est le même dont ils ont dans la prospérité approuvé la conduite et, jusqu'aux derniers, ratifié tous les actes ; comme candidats officiels, ils ont dû leur élection à la protection de l'Empereur et de ses ministres qui les ont ensuite, comme députés, comblés de faveurs de toute nature. M. Buffet, pour faire disparaître les obstacles naissant de la position des députés à l'égard de la dynastie, conçoit la pensée d'obtenir de l'Impératrice une déclaration par laquelle elle remettrait elle-même l'exercice du pouvoir au Corps législatif en l'invitant à constituer une commission de gouvernement; la question de la forme du gouvernement demeurerait réservée et le pays serait appelé à la trancher luimême, aussitôt que possible (1). Les députés les plus fidèles seraient par là dégagés de leur serment et de leurs obligations envers la dynastie et rendus libres de prendre toutes mesures de salut. M. Buffet, à l'issue de la séance de nuit, accompagné de quelquesuns de ses collègues, fait part de son projet au président Schneider, et à deux des ministres, MM. Rigault de Genouilly et Brame, les priant de le soumettre à l'Impératrice, dans le conseil qui doit se tenir le matin à 9 heures. M. Schneider accueillit d'autant plus favorablement le projet de M. Buffet que déjà, au moment où s'était tenu le conseil des ministres dans la soirée, il avait pris l'initiative de suggérer

(I) Buffet, Enquête pariem.,t. H, p. Ml.

à l'impératrice un plan de conduite analogue (1). L'Impératrice montrait une rare énergie à supporter les revers. Les hommes qui l'entouraient ne pouvaient manquer d'être impressionnés par sa force de caractère et par le langage qu'ils lui entendaient tenir. Elle ne cessait de répéter que le souci des intérêts dynastiques n'entrait pour rien dans ses préoccupations et qu'il fallait avant tout songer à sauver le pays. Cependant elle se trouvait maintenant dans une situation qui exigeait le sacrifice des intérêts dynastiques qu'elle s'était dite prête à consentir, et il ne paraît pas qu'elle ait rien fait pour conformer sa conduite à ses déclarations. Tout au contraire, elle cherchait à se retenir, par tous les moyens, sur la pente où elle se sentait glisser. Dans la nuit du 3 au 4, elle envoyait successivement MM. Mérimée et de Metternich à M. Thiers'pour lui offrir le pouvoir. M. Thiers répondait aux deux envoyés par un refus formel, disant qu'après Sedan il n'y avait rien à faire (2). A la suite de cette démarche entreprise auprès d'un homme que le gouvernement impérial avait toujours traité en ennemi, elle en fait faire une autre auprès du G* 1 Trochu, bien que jusqu'à ce jour elle ne lui eût témoigné aucune confiance. M. Chevreau, ayant pris l'avis de l'Impératrice, va chez le G* 1 Trochu pour faire appel à son dévouement. Le général, dans l'entrevue qu'il a avec l'Impératrice le 4 au matin, ne peut s'empêcher non plus de lui laisser entrevoir qu'après Sedan, il n'y

(1) Schneider, Enquête parlent., t. Il, p. 139.

(2) Thiers ,Mnqu^te par lem. t t. I, p. 14.

avait point de salut pour la dynastie (1). Des déclarations analogues lui venaient d'hommes notoirement dévoués à sa personne, tels que M. de Lesseps qui, pour conjurer la crise, lui suggérait d'abdiquer (2). C'est dans cette situation que le 4 septembre, à 9 heures du matin, elle préside le conseil de régence. M. Schneider, soutenu par M. Brame, propose à l'Impératrice de faire remise du pouvoir au Corps législatif dans l'esprit que M. Buifetet ses collègues ont indiqué. M. Schneider ne peut malgré son insistance (3) faire accepter ses vues, il demande au moins que le conseil ne prenne aucune décision avant d'avoir entendu les députés qui ont pris l'initiative de la proposition et dont il donne les noms. Cette nouvelle demande de sa part est repoussée. Les résolutions auxquelles l'Impératrice et son conseil s'arrêtent, fort différentes de celles que M. Schneider a essayé de faire prévaloir, sont formulées dans le projet suivant que le G âl de Palikao ira soumettre à l'approbation du Corps législatif.

« 1° Un conseil de régence et de défense nationale <« est institué. Ce conseil est composé de cinq mem- « bres ; chaque membre de ce conseil est nommé à la « majorité absolue par le Corps législatif ;

« 2° Les ministres sont nommés sous le contre-seing « des membres du conseil;

(1) G al Trochu, Une page d'histoire contemporaine, p. 49.

(2) G -1 Trochu, L'Empire et la défense de Paris, p. 428.

(3) Schneider, Enquête parlent, t t. II, p. 139.

« 3° Le G* 1 comte de Palikao est nommé lieutenant « général de ce conseil. »

Pendant ce temps, M. Thiers s'employait de sou côté à faire prendre le pouvoir par le Corps législatif. M. Thiers avait été entouré dans la matinée par un certain nombre de députés de la majorité. Ils lui avaient dit qu'ils reconnaissaient que, dans la situation où Ton était, le Corps législatif devait se saisir du gouvernement. Ils lui avaient demandé de rédiger dans ce sens un projet à soumettre à la Chambre; mais toujours retenus par les liens qui les rattachaient à l'Empire, ils lui avaient en même temps recommandé de s'arrêter à une formule qui, tout en permettant d'écarter la dynastie, fût cependant conçue de telle sorte qu'elle leur épargnât l'odieux de prononcer euxmêmes en termes explicites la déchéance (1). M. Thiers, désireux de rallier à son projet les diverses fractions de la Chambre, était allé trouver les députés de la gauche ; il les avait priés de retirer la proposition que M. Jules Favre avait présentée et dont les termes, par rapport à la déchéance, étaient inacceptables aux députés de la majorité, pour se rallier eux-mêmes à celle qu'il devait faire. Les députés de la gauche consentent à retirer leur proposition et acceptent celle de M. Thiers qui, sans contenir le mot de déchéance, en impliquait cependant l'idée par son préambule : « Vu la vacance du pouvoir. » Cette formule a rallié la gauche et le centre gauche, mais elle soulève de la

(1) Thiers, Enquête parlent», t. 1, p. 17.

part des députés de la majorité, lorsqu'elle leur est communiquée, des objections presque aussi fortes que celles qu'avait fait naître le mot de déchéance prononcé par M. Jules Favre. M. Thiers, voyant la répugnance que provoque la formule qu'il a choisie, s'arrête à une nouvelle que les députés de la majorité déclarent accepter, et il rédige ainsi définitivement sa proposition : « Vu les circonstances, la Chambre nomme une com- « mission de gouvernement et de défense nationale. « Une Constituante sera convoquée aussitôt que les « circonstances le permettront. » Mais les députés de la gauche, trouvant que le projet modifié de M. Thiers n'implique plus assez ouvertement l'idée de la déchéance de la dynastie, déclarent ne pas pouvoir s'en contenter; ils reprennent donc leur propre proposition pour la soumettre à la Chambre concurremment avec celle do M. Thiers, sauf à se rallier ensuite à celle-ci, si la leur était repoussée (1).

Pendant ces pourparlers et les allées et venues qu'ils nécessitaient, le temps s'écoulait. L'heure fixée pour l'ouverture de la séance était venue. Au Corps législatif on attendait donc avec anxiété l'arrivée des ministres (2). Aussitôt que le G' 1 de Palikao paraît, il est entouré et questionné sur ses intentions. L'annonce du projet qu'il apporte, spécifiant la continuation du gouvernement de la régence, soulève une désapprobation presque unanime. Le G* 1 de Palikao, à l'accueil qui lui est fait, ne pouvant conserver de doutes sur le

(1) Jules Favre, Le gouvernement de la Défense nationale ,t A, p.C5.

(2) Dréolle, La Journée du 4 Septembre, p. 60.

sort réservé à sa proposition s'il ne la modifie, se met à part avec ses collègues pour délibérer, et tous ensemble se voient contraints de faire l'abandon du mot « régence ». Ils considèrent, du reste, qu'avant de porter leur projet modifié à la tribune, il leur faut l'approbation de PImpératrice; M. Clément Duvernois est envoyé auprès d'elle, et ce n'est que lorsqu'il sera revenu des Tuileries, apportant son consentement, que le G al de Palikao se trouvera prêt à prendre la parole et que la séance pourra s'ouvrir.

D'autre part, ces députés qui s'attendaient à être déliés de leur serment et de leurs obligations par l'Impératrice elle-même,lorsqu'ils ont eu connaissance l du projet apporté par le G al de Palikao, ont entouré M. Buffet et ses amis. Ils leur demandent de se rendre auprès de l'Impératrice, pour la presser d'accepter la proposition que M. Schneider n'a pu lui faire agréer. MM. Buffet, Daru, Dupuy de Lôme, Kolb- Bernard et quelques autres, s'adjoignantpour être plus facilement reçus, deux députés qui ont autrefois fait partie de la maison de l'Empereur, MM. de Pierre et d'Aiguevive, partent pour les Tuileries (1). M. Buffet avait été chargé d'expliquer à l'Impératrice ce qu'on attendait d'elle, et, quelque ménagement qu'il apportât dans l'exposéde ses idées, il n'en venait pas moins lui deman der de délier de ses propres mains les derniers liens qui retenaient encore un certain nombre d'hommes attachés à l'Empire ; aussi lui répond-elle par un refus (2) .

(1) Ko]b*Bernard, Une page de l'histoire du 4 Septembre, p. li. (?) Buffet, Enquête parlent., t. II, jk 143.

Après Tavoir écouté avec câline, elle répète ce qu'elle ne cessait de déclarer depuis quelques jours que l'avenir de la dynastie était ce qui la préoccupait le moins, mais que faire ce qu'on lui demandait serait de sa partl'abandon, dans le péril, du poste qui lui était confié ; plutôt que de consentir à cela, elle préfère voir le Corps législatif, s'il croit que la dynastie soit un obstacle, prononcer lui-même la déchéance. Puis, continuant, elle expose qu'à ses yeux la seule conduite patriotique serait au contraire de se serrer autour de son gouvernement pour repousser l'invasion, et, citant l'exemple des Cortès de Cadix, elle déclare qu'elle est prête à affronter tous les dangers et à suivre le Corps législatif partout où il voudra organiser la résistance. M. Buffet lui répond que, dans l'état des esprits, il n'y avait aucun espoir de faire accepter un pareil projet et qu'au contraire les mesures qu'ils lui proposaient de ratifier (1) étaient les seules qui permissent de grouper toutes les énergies et toutes les bonnes volontés. M. Daru et quelques autres députés (2) lui exposèrent qu'elle n'avait plus, depuis la captivité de l'Empereur, «l'autorité suffisante pour gouverner. L'Empereur ne lui avait conféré que des pouvoirs restreints et elle n'avait pas même le droit de nommer un ministre; dans ces conditions, ni elle ni son gouvernement ne seraient assez forts pour contenir à la fois l'ennemi et la révolution (3). Ainsi pressée, elle finit, tout en pro-

(1) Buffet, Enquête parlem., t. II, p. 154.

(2) Kolb-Bernard, Une page de F histoire du 4 Septembre, p. 19»

(3) Daru, Enquête parlem., t. Jî r p.. 145.

testant qu'elle agit contre son sentiment, par renvoyer ses interlocuteurs aux ministres, leur disant pour dernier mot : <i Je vous autorise à retourner au Corps « législatif et à dire au G a i de Palikao et à ses collè- « gués que je m'en rapporte complètement à eux, qu'ils « sont libres de prendre la décision qui leur paraîtra « la plus conforme aux intérêts du pays, que j'y adhé- « rerai (1). » M. Buffet et ses collègues retournent au Corps législatif pour s'entendre avec les ministres. Il était trop lard (2). Lorsqu'ils arrivent, le G al de Palikao avait donné lecture, en séance, de son propre projet et il n'était plus possible de le lui faire de nouveau modifier.

Quelque soin que le G al de Palikao eût pris de substituer dans sa rédaction le mot de « gouvernement » à celui de « régence, » son projet n'en était pas moins fort mal accueilli par la Chambre, et le dernier paragraphe, où de sa propre bouche il se nommait lieutenant général du conseil du gouvernement, soulevait une violente clameur. M. Jules Favre demandait que si on votait l'urgence sur le projet du ministre, on la votât également sur le sien. M. Thiers donnait de son côté lecture de sa proposition, demandant qu'elle fût traitée comme les deux autres pourraient l'être. La fin de la proposition de M. Thiers, portant convocation d'une Constituante, amenait le ministre de la guerre à faire une nouvelle concession. Il déclarait que le gouvernement adhérait à la pensée de consulter le

(1) Buffet, Enquête pariem. , t. II, p. 144.

(2) Buffet, ut suprà.

pays aussitôt que la crise serait terminée. A cette heure, en eflet, tout le monde était poussé par la révolution qu'on sentait venir; de tous côtés on cédait ce qu'on eût retenu un instant auparavant. On éprouvait surtout le besoin de se hâter; l'urgence était immédiatement prononcée. La séance était levée, et les députés se rendaient dans les bureaux pour nommer la commission chargée d'examiner les propositions et de faire sur L'heure son rapport. La séance n'avait guère duré qu'une demi-heure; mais, au lieu de commencer à midi, elle ne s'était ouverte qu'à i heure et quart, et, au moment où les députés se retirent dans les bureaux, l'heure du rendez- vous donné au peuple, la veille, est arrivée. Il est 2 heures.

L'annonce du rendez-vous avait partout pénétré. Le Siècle le matin avait en outre donné avis que le rendez-vous était pris par des milliers de gardes nationaux qui devaient se porter .sans armes au Corps législatif . A partir de midi, toutes les voies conduisant à la place de la Concorde livraient passage à un grand courant humain. On entendait universellement retentir le cri de : Déchéance, auquel, à mesure que la journée s'avance, se joint de plus en plus celui de : Vive la république ! Le Corps législatif était protégé par des troupes que le G al de Palikao avait fait placer lui-môme en donnant directement ses ordres au G al Soumain, sans passer par l'intermédiaire du G al Trochu (1). Il y avait environ 2,500 hommes d'in-

(1) Déposition du général Soumain. Procès du Figaro, L'empire et la défense de Paris, p. 161.

faaterie de ligne, de gardes de Paris, de gendarmerie à pied et à cheval (1 ), plusieurs bataillons de garde nationale choisis parmi ceux qu'on présumait le mieux • disposés (2), de fortes escouades de sergents de ville. lies troupes étaient rangées pour garder le passage du pont de la Concorde et les abords du Corps législatif; elles occupaient en outre les cours et les jardins du palais. La foule qui s'amassait autour du Corps législatif était arrêtée par les troupes , mais celles-ci devaient laisser accès aux députés, aux anciens députés, aux journalistes, aux personnes 6e rendant daus les tribunes, aux gardes nationiaux qui déclaraient aller prendre rang dans les bataillons de service. Tous ces arrivants avaient un rendez-vous commun, la grille qui sur le quai ferme la cour du Corps législatif. Les questeurs avaient laissé les clefs au concierge abandonné à lui-même (3). Lorsque celui-ci ouvrait la grille pour faire entrer un député ou un arrivant muni de carte régulière, les gens atroupés devant la grille qui, sous divers prétextes, étaient parvenus à franchir le cordon des troupes, insistaient pour entrer, et chaque fois quelques-uns d'entre eux parvenaient à pénétrer de gré ou de force. L'enceinte du Corps législatif finit ainsi par contenir les plus violents ennemis de l'Empire, venus pour obtenir n'importe comment la déchéance.

A l'instant où la séance publique est suspendue et

(1) G* 1 Soumain, Enquête parlent., t. II, p. 210.

(2) G" 1 delà Motte rouge, Enquét. partent., t. III, p. 283.

(3) Boutefoy et Meyer, Enquête parlent., t. II, p. 173 et 175.

où les députés se retirent dans les bureaux, les tribunes se vident; les occupants viennent se joindre à ceux qui n'ont pu pénétrer dans les tribunes, et sont .restés dans ,1a eour et la salle des Pas-perdus. Cette fouie se porte aussitôt vers le péristyle du palais et s'étage sur les degrés du grand escalier d'où la vue domine au loin. De là toute la place de la Concorde apparaissait remplie. Sur les quais, en descendant derrière le Palais de l'Industrie et en remontant vers les guichets du Louvre, on voyait une masse compacte immobilisée par la pression. Les gardes nationaux arrivant de tous les quartiers de la ville se groupaient sur un des côtés de la place ; les corps de francs-tireurs en formation étaient également venus la plupart avec leurs armes. C'était un dimanche; il faisait un soleil magnifique. Les avenues des Champs-Elysées, la terrasse de la Marine, la rue Royale et le péristyle de la Madeleine tout au fond, étaient recouverts par un public de spectateurs plus paisibles, de promeneurs, de femmes et d'enfants. On a pu évaluer jusqu'à un demi-million le nombre d'êtres humains qui se sont assemblés ce jour- là autour du Corps législatif (i). Dès que la foule renfermée dans l'enceinte du Corps législatif a couvert les degrés du péristyle, les chapeaux et les mouchoirs s'agitent, le cri de déchéance part à l'adresse du peuple frémissant qui occupe la place de la Concorde et les quais. Celui-ci répond. Il s'établit ainsi un échange à travers la rivière,

(1) G' 1 Trochu, Enquête parlem., t. I, p. 279.

les acclamations se mêlent. C'est une clameur immense qui s'étend et grandit par éclats. Le cri de déchéance formidable monte dans les airs.

Le type du Napoléon héros qui depuis un demisiècle possédait l'imagination s'était évanoui. A sa place apparaissait le Napoléon capitulant, abattant de ses propres mains la grandeur de la nation. Personne ne peut supporter la vue d'une aussi horrible

image.

Il y avait vingt minutes que du péristyle du Corps législatif on faisait appel au peuple sur la place de la Concorde, et, en réponse, il se produisait une pression sans cesse grandissante de sa part pour forcer le passage du pont. Les gardes nationaux venus sur la place se sont mis en marche, formés en colonne. Tout à coup une oscillation se produit à l'entrée du pont, puis une poussée en avant. Les sergents de ville et les gardes nationaux de service, qui jusqu'alors avaient contenu la foule, cèdent et ouvrent les rangs. Le peuple traverse le pont ; au bout, du côté du Corps législatif, se trouvaient des gendarmes à cheval^ l'officier essaye d'opérer un demi-tour pour fermer le débouché sur le quai, mais les chevaux s'arrêtent comme d'euxmêmes. Les envahisseurs passent devant les gendarmes et arrivent à la grande grille qui ferme lo Corps législatif. Des gardes nationaux de service étaient en bataille derrière la grille; depuis quelques instants, ils arrachaient les aigles de leurs shakos et les jetaient sur le quai avec des huées ; maintenant ils tendent la main et la crosse de leurs fusils à la foule, ils aident

à l'escalade du mur du jardin, h l'ouverture de la grille et le flot humain se répand dans l'enceinte du Corps législatif. Ceux qui ne .font pas la révolution, la laissent faire. Les troupes de ligne placées dans le petit jardin ont mis la crosse en l'air ; les officiers, les bras croisés, sont hors des rangs. Le G al Caussade qui commande a informé le président Schneider que les troupes se refuseraient à agir (1) et il se tient assis dans la salle des Pas-perdus sans même essayer de donner un ordre (2). Les questeurs, après avoir refusé ' aux commissaires do police l'ordre écrit qu'ils exigeaient pour faire évacuer le péristyle du palais (3), se sont rejetés sur le G al Trochu, et l'un d'eux est allé le chercher (4). Le général pris en route par la foule et immobilisé au milieu d'elle, ne peut parvenir en temps utile au Corps législatif (5). Aucun autre officier supérieur exerçant un commandement dans Paris n'est, ce jour-là, monté à cheval.

La multitude, qui a envahi l'enceinte du Corps législatif, se répand en tumulte dans le palais. Elle se précipite à travers tous les passages et pénètre dans toutes les pièces, y compris les bureaux dans lesquels les députés étaient réunis etoù ils se trouvent les uns après les autres successivement envahis. Les questeurs

(1) Déposition Schneider, Procès du Figaro, L'empire et la défense de Parti, p. 102.

(2) G" Lebreton, Enquête parlent*, t. II, p. 147.

(3) Jacob, Enquête par lem. t t. II, p. 186. Simonneau, ibid., p. 178.

(4) G* 1 Lebreton, Enquête parlem , t. II, p. 138.

(5) Capitaine Brunet, déposition, Procès du Figaro , L'empire et la défense de Paris, p. 159.

et les gardiens étaient parvenus à défendre l'accès de la salle des séances en en fermant les portes, mais les tribunes restaient ouvertes, et la foule s'y accumulait de plus en plus, sous «la pression de survenants qui essayaient sans cesse de prendre place. Le président Schneider pendant l'interruption de la séance, était resté au fauteuil, il faisait tous ses efforts pour contenir la foule dans les tribunes. Quoiqu'il n'y eût qu'un petit nombre de députés revenus des bureaux, il avait déclaré la séance ouverte. M. Crémieux, M. Giraud, et à diverses reprises M. Gambetta montant à la tribune, joignaient leurs exhortations à celles du président pour obtenir le silence, et le respect de la Chambre. Pendant quelque temps ils réussirent à contenir les envahisseurs des tribunes, mais bientôt ceux-ci se mirent à descendre dans l'enceinte réservée aux députés et, presque aussitôt, les portes étant forcées, l'invasion devint générale. La salle est maintenant remplie par une foule bruyante et agitée. Le pêle-mêle, les clameurs empêchent toute délibération. Du milieu des propositions confuses qui se font jour de la part des envahisseurs, une double demande se dégage, prononcer la déchéance et proclamer la république. Le président Schneider insulté au fauteuil, menacé et même frappé, se couvre et quitte la salle. M. Gambetta remonté à la tribune acquiesce à la demande de proclamer la déchéance, il dit :

« Attendu que la Patrie est en danger ;

« Attendu que tout le temps nécessaire a été donné

« à la représentation nationale pour proclamer la « déchéance ;

« Attendu que nous sommes et que nous nous cons- « tituons le pouvoir régulier issu du suffrage univer- « sel libre ;

« Nous déclarons que Louis-Napoléon Bonaparte « et sa dynastie ont à jamais cessé de régner sur la « France. »

On a fait silence pour écouter cette déclaration, puis de longs applaudissements l'ont accueillie, mais aussitôt après le tumulte redevient général. On ne se contente pas de la déclaration de déchéance, on veut encore la proclamation de la république. M. Jules Favre, revenant de prendre part à la délibération des bureaux, entre dans l'enceinte. M. Gambetta va audevant de lui et tous deux, fendant la foule qui s'écarte, montent à la tribune. Ils sont accueillis par les cris répétés de : Vive Jules Favre ! Vive Gambetta ! puis aussitôt les cris, La république ! la république! reprennent avec une nouvelle force. Il n'y a nul moyen de contenir la foule. M . Jules Favre prend sur-le-champ son parti : « La république! ce n'est point ici que nous « devons la proclamer, c'est à l'Hôtel de ville, suivez- « moi, j'y marche à votre tête (1). » MM. Jules Favre et Gambetta descendent de la tribune et sortent en répétant A l'Hôtel de ville. Le motif de leur départ n'ayant pas été compris de tout le monde, des gens montés sur les pupitres étalent en l'air de grandes

(I) Jules Favre, Le gouvernement de la Défense nationale, t. I, p. 77-

feuilles de papier sur lesquelles ils ont écrit, A PHôtel de ville! et les envahisseurs quittent la salle.

Pendant ce temps, les bureaux avaient nommé la commission chargée de faire le rapport sur les trois propositions dont l'urgence a été votée en séance publique. La commission s'est réunie et a adopté la proposition de M. Thiers. M. Martel a fait le rapport. Il était trop tard. En sortant du bureau où ils ont délibéré, les membres de la commission voient tous les passages du palais obstrués par la foule ; arrêtés dans leur marche, séparés les uns des autres, ils ne peuvent arriver jusqu'à la salle des séances, ou « ceux d'entre eux qui y parviennent, ne trouvent plus le président au fauteuil (1).

M. Jules Favre au sortir du palais, accompagné de M. Jules Ferry, avait traversé le pont de la Concorde et, prenant par les quais de la rive droite , au milieu d'un flot de peuple, s'était dirigé vers l'Hôtel de ville. Il venait de dépasser le pont de Solférino lorsqu'il rencontre le G* 1 Trochu qui se rendait au Corps législatif à l'appel des questeurs. M. Jules Favre aborde le général et lui fait connaître les événements qui viennent de se passer ; il lui dit qu'il n'y a plus de gouvernement, qu'il va en constituer un nouveau, il le prie de rentrer à son quartier où il lui fera parvenir une communication. Le général, revenant sur ses pas, rentre au Louvre. Le peuple se reporte de tous côtés du Corps législatif à l'Hôtel de ville et, au moment

(1) Jules Simon, Souvenirs du 4 Septembre, Origine et chute du second empire % p. 394.

où M. Jules Favre y parvenait par les quais de la rive droite à 4 heures, une épaisse colonne y arrivait par ceux de la rive gauche en franchissant le pont d'Arcole. Un bataillon de troupes de lig ne était rangé devan t l'Hôtel de ville; les soldats ont mis la crosse en l'air. Au milieu des flots serrés du peuple qui a déjà envahi l'Hôtel de ville, M. Jules Favre pénètre dans la grande salle, et, monté sur une banquette, fait entendre quelques paroles frémissantes pour saluer l'avènement de la république. Coup sur coup arrivent ses collègues de la gauche, venant se joindre à lui, MM. Gambetta, Picard, Jules Simon, Pelletan, Emmanuel Arago, Crémieux.

Une partie du peuple qui se dirige vers l'Hôtel de ville, se porte d'abord sur les Tuileries. Dans le jardin, sur le quai et sur la place du Carrousel, les abords du palais sont assiégés par une foule sans cesse grossissante qui cherche à forcer les grilles. L'Impératrice, outre les personnes de sa maison, a auprès d'elle le préfet de police M. Piétri qu'elle a fait mander, les ministres MM. Chevreau, Jérôme David, Busson-Billault, qui arrivent du Corps législatif, les ambassadeurs d'Autriche et d'Italie, MM. de Metternich et Nigra. Après l'envahissement du Corps législatif et l'abandon absolu dans lequel on a laissé son gouvernement, l'avis unanime des personnes qui l'entourent est qu'elle doit quitter le palais. Elle sort par le Louvre sur la place Saint-Germain l'Auxerrois, accompagnée de MM. de Metternich et Nigra. Elle monte en fiacre avec sa dame d'honneur M me Lebreton et se rend

chez le D r Evans, dentiste américain (1). Elle part sous l'escorte du docteur pour Deauville, d'où elle gagnera Hastings sur un yacht anglais. C'est là qu'elle retrouvera le Prince impérial que l'Empereur a renvoyé de l'armée l'avant-veille de la capitulation de Sedan (2). L'Impératrice partie, les gardiens et un piquet de voltigeurs de la garde qui avaient défendu les approches du palais se retirent, quelques gardes nationaux se placent en sentinelles improvisées aux portes du palais, on écrit sur les murs : Propriété nationale, et la foule, sans chercher à pénétrer dans les appartements, traverse le jardin réservé et s'écoule dans la cour du Carrousel par le pavillon de l'Horloge. Les chefs du ministère et du parti bonapartiste, MM. de Palikao, Rouher, Chevreau, Jérôme David, Piétri, se sont dispersés, et le soir même ou le lendemain la plupart partent pour l'Angleterre, ou la Belgique.

(1) Sheppard, Shut up in Paris, p. 28.

(2) Léonce Dupont, Le IV 9 Napoléon, p. 182.

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