‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 107 sur 213 · MIRABEAU VAINCU · texte numérisé non relu

MIRABEAU VAINCU

la raison et l’éloquence (1). En revanche, ni tant d’efforts tentés pour le triomphe de la cause populaire, ni tant de gages de patriotisme déjà donnés, ni les incessantes calomnies dont le poursuivaient les partisans de la cour, ne le mirent à l’abri des plus injustes et des plus violentes attaques. Camille Desmoulins, lui, comprit bien le sentiment auquel avait obéi son ancien condisciple en combattant la motion dirigée contxe le prince de Condé. « Comme il est toujours à l’avantgarde des patriotes, » écrivit-il, « croyant reconnaître une manœuvre savante du général Mirabeau, il finie premier à crier : « Ce sont les ennemis, à moi Auvergne ! » Cependant il ne peut s’empêclier de lui reprocher d’avoir, par l’influence de sa parole, épargné un décret sévère à l’un des plus irréconciliables ennemis de la Révolution. Malgré tout, s’écrie-t-il, « Robespierre sera toujours pour moi, en fait de principes, primus ante omnes (2). » Mais combien fut amer le langage de certains écrivains. Dans une brochure anonyme dirigée contre Robespierre et Charles de Lameth, on traite le premier en véritable suppôt du parti aristocratique : «“* Vous qui n’avez pas voulu que votre patrie fût préservée, rassurée... tremblez (3). « Ailleurs, c’est censément l’abbé Maury qui lui écrit pour le féliciter d’avoir embrassé la bonne cause, de s’ètre porté le défenseur, non-seulement du prince de Condé, mais encore de tous les ministres, et qui le considère déjà comme un des plus spirituels orateurs de l’aristocratie (Zi). Tristes libelles où semble complètement effacé le souvenir des services rendus, et qui prouvent à quel point sont défiants, soupçonneux et jaloux les partis.

Mais un flambeau Téclairait, plus sûr que toutes les incitations et les injures, c’était sa conscience; guidé par elle, il s’avançait calme, inébranlable et serein, sans se laisser décourager par les menaces des uns ou les calomnies des autres. Les occasions n’allaient pas manquer pour lui, d’ailleurs, de donner la mesure de son patriotisme et de son dévouement aux intérêts démocratiques. L'homme qui sert la cause de la liberté, et s’y dévoue tout entier dans les vues les plus désintéressées, doit s’attendre à voir ses meilleures intentions travesties. La calomnie, l’outrage, l’exil, la ciguë, la croix ou l’échafaud seront peut-être son partage; trop heureux si la justice tardive de la postérité s’éveille enfin, et tresse pour sa mémoire ces couronnes civiques refusées à son tombeau par ses contemporains.

(1) U Ami du roi, numéro 60.

(2) Bévolutions de France et de Brabant, numéro 36, p. 582 et suiv.

(.3) Le. Prince de Condé généreusement protégé phr .VM. de Lameth et Robespierre, iu-8», de 8 p., 1790.

(4) Lettre de M. l'abbé Maury d 3/. de Robespierre, défenseur du prince de Condé et des ministres, in-8“, 4 p., de l’imprimerie de Cliampigny.

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