LIVRE IV. — RODESPIERRE ET LA PRESSE EN
la motive. » M. de Grillon s’opposait à la prise en considération de la motion de Robespierre, en se fondant sur ce que des difficultés étaient survenues, au sujet de cette cérémonie, entre la garde nationale et lesvolontaires de la Bastille. Mais qu’importe à l’Assemblée de savoir si des personnes quelles qu’elles soient ne sont pas d’accord sur les honneurs à rendre aux victimes du l/i juillet? disait Maximilien. <c Ce qui importe aux représentants de la nation, c’est de savoir si l’Assemblée peut refuser de concourir à cet hommage, si même elle n’aurait pas dû le décerner elle-même. » Après une discussion de peu durée, l’Assemblée se décida pour ce dernier parti, décréta elle-même un service solennel en l’honneur des citoyens morts à la prise de la Bastille, et chargea la municipalité de Paris de tous les détails de cette cérémonie (l).
Trois jours après, Robespierre prenait au sein de l’Assemblée nationale la défense d’un des plus charmants, d’un des plus incisifs, et aussi d’un des plus étourdis écrivains de la démocratie, rendant ainsi hommage à la liberté de cette presse dont une partie cependant dirigeait incessamment contre lui les plus odieuses, les plus inconvenantes attaques. Mais à la différence des libéraux du côté droit, qui poussaient des cris féroces contre les exagérations des écrivains populaires, et trouvaient toutes naturelles les violences indignas auxquelles se livraient les journalistes de la cour et de Taristocraiie, Robespierre s’inquiétait assez peu de ces intempérances de langage; elles étaient, à ses yeux, comme l’écume nécessaire que produisent les meilleures choses en ébullition, et du volcan révolutionnaire, à côté du feu pur et sacré, il ne pouvait manquer de jaillir des laves plus ou moins impures.
Qui plus que lui pourtant aurait été en droit de se plaindre? ' Nous avons donné un court aperçu des aménités de style qu’employaient à son égard les auteurs des Actes des Apôtres^ de VAmi du Roiy dont un des rédacteurs, Montjoie, de la même plume cynique, menteuse, trempée dans le fiel et dans la boue, écrira plus tard l’ignoble livre intitulé Histoire de la conjuration de Robespierre, qui, par ses éditions multipliées et tirées à d’innombrables exemplaires.
(1) Voy. le Point du jour, numéro 385, et le Moniteur du 2 août 1790.
a tant contribué à égarer l’opinion. Il faut lire ces feuilles dévotes et royalistes pour avoir une juste idée des excès de plume commis par les écrivains bien pensants. Après cela sembleront moins étranges les terribles élucubrations de Marat, duquel on a dit, non sans quelque raison, qu’il était le Roy ou de la démocratie.
A côté de ces productions périodiques dont nous citons seulement les plus importantes, paraissaient de temps à autre d’injurieux libelles anonymes, reflet des mêmes passions, des mêmes haines, et qu’on croirait écrits par les mêmes plumes. Parmi ceux que vit éclore l’année 1790, il en est deux auxquels notre devoir d’historien est d’accorder au moins une mention. Dans l’un, on reproche amèrement à Robespierre ses tendances républicaines; et, de ce que les prénoms de Damiens étaient, d’après l’auteur du pamphlet, Robert-Pierre, on en induit que Robespierre doit être au moins son neveu ou petit-neveu (1). C’était une facétie renouvelée des Actes des Apôtres^ et dont la paternité pourrait bien être la même. L’autre est d’un ton beaucoup plus acerbe ; la calomnie y emprunte un langage d’une grossièreté sans égale. Il n’est pas uniquement dirigé contre Robespierre, c’est un pamphlet collectif, sous forme de dialogue, entre Jacques Clément, Damiens, Ravaillac, un Jacobiste, Robespierre et Barnave. Seulement le petit-neveu Robespierre est l’introducteur des trois régicides au club des Jacobins, et leur présente tour à tour les membres les plus illustres du côté gauche de l’Assemblée nationale. Veut-on avoir une idée des gentillesses qu’on y rencontre? « Barnave est recommandable par cent assassinats et autant d’incendies qu’il a fait commettre et ordonnés... le duc d’Orléans est un scélérat crapuleux, sans âme et sans courage... les Lameth,. désespoir des plus grands fripons, feront l’étonnement des plus grands criminels... Le Chapelier, Camus, Tronchet, Target, Pétion, Reubell sont d’insignes brigands, assassins et incendiaires... Rœderer, un des plus vils scélérats qui existent, a l’âme d’un Desrues sans en avoir le courage. » Telles sont les invectives dirigées contre tant de grands citoyens dont s’honorera éternellement notre pays; j’en passe, et des meilleures. En revanche, les preux, les nobles, les vertueux, les courageux, sont naturellement les Cazalès, les Maury, les Montlosier, les d’Éprémesnil (2), tous ceux enfin qui, défenseurs intéressés de tous
(1) Srrmon prononce au club des Jacobins, le premier dimanche de carême de la présente année, par dom Prosper-Iscariote-IIoncsta lîobespierre de Bonnefoi, ci-devant avocat en la ci-devant province d’Artois, honorable membre du côté gauche de^ l’Assemblée nationale, et l’un des fondateurs du club des Jacobins. Paris, in-8», 1790.
(2) Les trois Régicides J. Clément, Damiens, Ravaillac au club des Jacobins. Sous la rubrique : De l’imprimerie du club jacobiste, l’an II de la Liberté.