‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 193 sur 213 · LIVRE V. — ADRESSE A l’ ASSEMBLÉE NATIONALE 52B · texte numérisé non relu

LIVRE V. — ADRESSE A l’ ASSEMBLÉE NATIONALE 52B

tiens se trouvant changées, la pétition avait été retirée, Robespierre ajoutait : « Nous ne sommes point des factieux ; c’est en vain que l’on voudrait lier l’idée du crime à l’amour de la liberté, la plus pure et la plus sublime de toutes les vertus ; et certes, on ne nous a point encore accusés de ne point aimer la liberté. L’excès même de cette vertu trouverait aisément un remède dans son prmeipe, il trouverait sans doute plus facilement grâce à vos yeux que la stupide indifférence des esclaves ou la perfide douceur des ennemis de la constitution; il est un excès contraire, beaucoup moins rare et beaucoup plus funeste. » Si une émotion passagère s’était produite, si les citoyens avaient donné quelques signes d’inquiétude et de douleur, était-ce une raison pour s’alarmer. Ali ! dis-dt-il, « vous auriez lieu de vous effrayer davantage si vous n’aperceviez dans les Français que cette funeste léthargie qui est le sceau dont le ciel a marqué les peuples' destinés à l’esclavage; elle vous offrirait le présage certain de la ruine de votre propre ouvrage et de notre commune servitude. »

11 parlait, il est vrai, du respect de ce peuple français pour une Assemblée dont la nation avait secondé les généreux efforts contre le despotisme, et sur laquelle elle comptait encore pour obtenir dans tout son épanouissement, « le premier de tous les biens, » la liberté! mais il n’avait garde défaire l’éloge de ces comités dont, avec raison, il avait attaqué récemment les tendances contre-révolutionnaires; et, en rappelant à l’Assemblée la sagesse, la vigilance, la fermeté qu’elle avait déployées dans les premiers temps, il témoignait l’espérance de la voir finir comme elle avait commencé. Pressentant les derniers combats qu’il aurait à livrer au sein de cette Assemblée constituante contre l’e.sprit de réaction, il disait en terminant : « Si vous tondiez à vos propres décrets, comme le présage le projet de révision que vous avez annoncé, loin d’ajouter aux prérogatives du dépositaire du pouvoir exécutif, loin de conserver des distinctions injurieuses à l’humanité, s’il était quelques dispositions contraires à vos propres principes, .et qui eussent été surprises à votre sagesse par les circonstances, ce sont celles-là que vous effacerez de votr.e code. Vous remettrez entre les mains de vos successeurs, que vous êtes résolus à appeler bientôt, une constitution pure, conforme aux droits imprescriptibles de l’homme que vous avez solennellement reconnus; et vous rentrerez dans le sein de vos concitoyens, dignes de vous-mêmes et dignes du peuple français... » Puis, défiant en quelque sorte tous ceux dont le système était de dépeindre la raison, la liberté et la vertu, sous les couleurs du vice, de la licence, de l’anarchie, il résumait ainsi la pensée des Jacobins ; « Respect pour l’Assemblée des représentans de la nation, fidélité à la

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constitution, dévouement sans bornes à la patrie et à la liberté (1) ! »

Cette adresse fut adoptée à l’unanimité; on en vota l’impression à un grand nombre d’exemplaires, et l’envoi aux membres de l’Assemblée nationale, à toutes les sociétés affiliées, aux quarante-huit sections et aux bataillons de la capitale (2). Puis on rejeta d’un commun accord l’étrange réclamation présentée par Feydel au commencement de la séance.

Quelques jours après (le ^h) nouveau message des Feuillants. Robespierre prit aussitôt la parole. S’il était resté, avec quelques membres de l’Assemblée nationale, au sein de la société des Jacobins, c’était parce que, suivant lui, les patriotes devaient se serrer de plus près là où ils étaient attaqués. Combattant l’avis de ceux qui penchaient pour la réunion aux Feuillants, il montra combien un tel parti serait funeste à l’intérêt public et consacrerait les reproches injustes allégués comme prétexte de la scission. Il proposa donc à la société de déclarer, avant de prendre connaissance du message, qu’elle avait été et serait toujours la société desylwts de la Constitution. Cette motion fut adoptée avec enthousiasme (3).

Les Feuillants consentaient à admettre les Jacobins dans leur sein, moyennant acquiescement aux conditions arrêtées par la société scissionnaire. Or, parmi ces conditions, il en était une qui portait en elle un germe de mort, c’était celle en vertu de laquelle les seuls citoyens /actifs étaient admis aux Feuillants. Là se reconnaissait bien l’esprit des Duport, des d’André et de la plupart dqs membres du comité de constitution ; c’était en quelque sorte un défi jeté à Robespierre, qui tant de fois s’était éloquemment élevé contre cet inique partage de la nation en citoyens actifs et citoyens inactifs. Au reste, cette profonde atteinte portée à l’égalité, aux principes de la Révolution, n’était pas de nature à disposer favorablement les esprits en faveur des Feuillants. Ceux-ci, que par une assez juste ironie on appelait les amis de la contre-révolution (/^), avaient envoyé des lettres circulaires aux quatre-vingt-trois départements. Robespierre proposa aux Jacobins d’agir de même, et d’expédier une adresse à toutes les sociétés affiliées, afin de leur rendre

(1) C«tte adresse ne se trouve pas dans le Journal des débats delà Société des Amis de la Constitution. Elle a été insérée dans le numéro 714 du Patriote français, suivie de cette réflexion : — « .V. B. Cette adresse a été rédigée par M. Robespierre, il est facile d’y reconnaître ses principes, tant calomniés aujourd’hui. » Ce qui n’cmpôche pas M, Michelet de supposer que, si Brissot la publia dans son jounial, ce fut dans l’intention d’avilir le rédacteur, (Voy. son Histoirede la Révolution, t. III, p. 167,)

(2) Journal des Débats de la Société des Amis de la Constitution, numéro 29.

(3) Journal des débats de la Société des Amis de la Constitution, numéro 31.

(4) Révolutions de Paris, numéro 107, p. 130.

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