‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 34 sur 213 · PROJETS DE MARIAGE · texte numérisé non relu

PROJETS DE MARIAGE

demeura constamment pur, et que celle qui en était l’objet fut à la veille de devenir sa femme.

Un ancien notaire, M. Robert Deshorties, avait épousé en secondes noces une des tantes de Robespierre, Marie-Éléonore-Eulalie. D’un premier mariage il avait eu une fille nommée Anais. Tendrement aimée de sa belle-mère, cette enfant fut pour ainsi dire élevée sous les yeux du jeune avocat, devenu par alliance le neveu de son père, et qui, toute petite, la prit en grande affection. L’enfant se para, en grandissant, de toutes les grâces, de toutes les séductions de la jeunesse, et l’amitié de celui qu’elle avait coutume d’appeler son cousin s’accrut bientôt d’un sentiment plus tendre. Elle-même, il paraît, y répondit avec l’élan d’une âme jeune et naïve, et tous deux connurent la douceur de cet amour exempt de tout calcul d’intérêt. Recherché par les premières maisons d’Arras, lancé dans un monde où abondaient les dignités et les honneurs, Robespierre eût pu prétendre à une plus riche héritière; mais celte considération de la fortune, si puissante chez d’autres, ne pouvait entrer en balance à ses yeux avec les charmes du visage, les qualités du cœur, les grâces de l’esprit que mademoiselle Deshorties réunissait au plus haut degré. C’était l’épouse accomplie, entrevue dans tout rêve de jeune homme. A une sorte de perfection morale elle joignait la gaieté d’un enfant; vive, enjouée, radieuse, elle remplissait de joie la maison paternelle, comme elle eût apporté le bonheur au foyer domestique. Plusieurs fois entre sa famille et Robespierre il fut questioh de mariage, et vraisemblablement elle serait devenue sa femme, si la nomination de son cousin comme député aux états généraux n’eût pas engagé ce dernier à renoncer, momentanément du moins, aux douceurs et aussi aux exigences de la vie privée.

S’il faut en croire la sœur de Robespierre, mademoiselle Deshorties avait juré de ne jamais appartenir à un autre que lui (1). Mais d’autres renseignements, de source tout aussi certaine, nous permettent d’affirmer qu’il n’y a jamais eu de promesse de mariage échangée. On en parla quelquefois, voilà tout. Et si mademoiselle Anaïs Deshorties put voir s’éloigner avec regret celui dont elle eût désiré d’être la femme, elle ne trahit aucunement la foi jurée quand, quelque temps après, elle consentit à donner sa main à un avocat distingué, M. Leducq, lié lui-même avec Maximilien Robespierre, homme universellement considéré et d’un véritable mérite {2).

(1) Mémoires de Charlotte Robespierre, p. 59,

(2) Devenue madame Leducq, mademoiselle Deshorties perdit, jeune encore, la gaieté et l’enjouement do ses premières années. La mort prématurée d’un mari qu’elle

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Mais avant de suivre Robespierre dans Torageuse carrière où l’appelait sa destinée, il convient de dire quelques mots de sa dernière pro-T duction littéraire, publiée en cette année 1789, juste tribut d’éloges payé à la mémoire d’un magistrat éminent, dont jeune homme il avait été riiôte et l’ami.

L’année précédente avait vu mourir, tout jeune encore, un des magistrats les plus recommandables de l’ancien régime. Mercier Dupaty, président à mortier au parlement de Bordeaux (1). C’était un caractère singulièrement énergique. Dans l’affaire de La Ghalotais il n’avait pas craint de prendre parti contre les cours souveraines et de critiquer vivement les lettres patentes en vertu desquelles un accusé était soustrait à ses juges ordinaires. Une assez longue détention au château de Pierre-en-Cise, à Lyon, avait puni son audace. Quand plus tard, après quatre années de prison et d’exil, il fut pourvu d’une charge de président à mortier, les vieux conseillers du parlement de Bordeaux, imbus des plus absurdes préjugés, s’opposèrent longtemps à son admission, lui reprochant d’être un ennemi de l’État et de la religion, trouvant d’ailleurs sa noblesse de trop fraîche date, et l’accusant enfin d’être... philosophe, crime impardonnable à leurs yeux. Écarté par trente-six voix contre vingt, il fallut, pour le faire recevoir, l’intervention même de l’autorité royale.

Il se vengea dignement des tracasseries dont il avait été l’objet de la part de ses collègues en luttant avec une infatigable activité contre le déplorable esprit de corps du parlement, et en prenant lui-même en main la défense de malheureux injustement accusés. Bientôt, poussé à bout par des attaques incessamment renouvelées, par les injustices dont il était chaque jour le témoin, il quitta Bordeaux, vint à Paris, où il se lia avec d^Alembert, et continua de battre en brèche les criants

cluh'issnit, les calomnies répandues sur la mémoire du citoyen illustre dont elle a\ ait éprouvé la sainte et pure afi’ection, le souci de plusieurs enfants à élever, contribuèrent de reste à répandre sur son existence une teinte d’amertume et de tristesse. Femme du plus grand mérite, résignée en toutes choses, elle supporta courageiusemcnt de douloureuses épreuves, et mourut dans un âge assez avancé, le 28 avril 1847, avec la conscience d’une vie dignement remplie. File était la mère de M. Leducq, avocat à Arras, dont on connaît l’iionorabilité et la rare fenneté de caractère.

(1) Fnpaty est mortà Paris, le 17 septembre 1788, à Tfige de quarante-deux ans.

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