I.IVP.f, T. RKTOUH 1 AIMVAS
cléricatnre il put Brissot de Warville (1). Le soir il se rendait chez le jiiriscon-iilte Ferrières, proche parent du traducteur des Institutes de Jiistinien, qui le dirigeait dans ses études de droit. Grâce à un travail obstiné, il termina brillamment ses cours en trois ans; et, dès qu'il fut en possession de ses crades, il se hâta de retourner à Arras, où ses succès universitaires, en le recommandant à l'attention de ses concitoyens, lui avaient frayé la voie et assigné d'avance une place honorable.
Le jeune avocat au parlement de Paris fut le bienvenu dans sa ville natale. Chacun lui fit fête; son oncle le médecin le reçut con:me un fils; sa famille, ses amis saluèrent avec attendrissement son retour; pour tous il était un sujet d'espérance et. d'orgueil ; il ne tarda pas à justifier la haute opinion qu'on avait de sa personne.
La profession d'avocat, qui avait été celle de son père et de son grand-père, lui avait souri dès l'enfance. Admirable profession en effet, mais trop rarement exercée comme elle devrait l'être, et qu'embrassa avec amour Robespierre, parce qu'elle convenait merveilleusement au désintéressement de son caractère et à sa tendresse pour l'humanité. Défendre le faible contre le fort, l'opprimé contre l'oppresseur, l'exploité contre l'exploitant, tel était son rêve, rêve ardent d'une âme inaccessible à l'égo'ïsme et à la corruption.
Dès son arrivée, il s'installa avec sa sœur dans la petite maison où s'étaient écoulées ses premières années, unique débris d'un bien modeste patrimoine, s'il n'eût pas en même temps recueilli de l'héritage de ses pères une réputation sans tache, fortune qui en vaut bien une autre, et qu'il devait religieusement sauvegarder. Sa jeunesse fut ce qu'avait été son enfance, austère et studieuse. Après avoir prêté serment entre les mains des membres du conseil provincial d'Artois, formalité indispensable, car c'était un privilège de ce conseil, sorte de parlement de
(1) Mémoires de Brissot, pnWiés par son fils, t. I, p. 160. Ladvocat, 1830. Kous devons dire cependant que, d'une note de M. Devienne, ancien prociireur, qui nous a été communiquée à Arras, il résulterait que, avant de rentrer dans sa ville natale, Robespierre n'avait jamais travaillé chez un procureur. De ce M. Devienne ou de Brissot, qui a tort, qui a raison? Dans cette note écrite après Tliermidor, très-malveillante par conséquent, l'ancien procureur se vante de lui avoir enseigné la procédure.
24 HISTOIKK DE ROBESl'lERRK
la province, de recevoir les avocats qui voulaient exercer soit à sa barre, soit devant les sièges inférieurs de l'Artois, il se mit courageusement à l'œuvre; en peu de temps, à l'âge oi^i les débutants au barreau s'épuisent en efforts inutiles, il eut conquis, à force de travail, de persévérance et de probité, une nombreuse clientèle.
Sa sœur nous a laissé un tableau exact du genre de vie qu'il avait adopté à cette époque. Presque tout son temps, il le passait dans ï^on cabinet d'étude, situé au premier étage, au coin de la petite rue et de la rue des Rapporteurs. Chaque jour il se levait entre six et sept heures du maùn, travaillait jusqu'à huit. Il vaqunit alors à sa toilette, le coiffeur venait le raser et le poudrer; on sait qu'il eut toujours le plus grand soin de sa personne. Ce n'était pas, comme on l'a dit, un homme de l'ancien régime sous ce rapport; la propreté et l'élégance sont de tous les régimes, et, en cherchant à inspirer aux classes inférieures les éternelles idées de morale et de vertu, il était naturel qu'il leur donnât l'exemple de la décence et de la bonne tenue. 11 déjeunait ensuite d'une simple tasse de lait, jetait un dernier coup d'œil sur ses dossiers, et à dix heures se rendait au Palais. L'audience finie, il rentrait pour dîner. D'une sobriété rare, il mangeait peu et ne buvait ordinairement que de l'eau rougie. Il n'avait de préférence pour aucune espèce de mets, mais il aimait surtout les fruits, et la seule chose dont il ne pouvait se passer, c'était une tasse de café. Après son dîner, il sortait ordinairement pour faire une promenade ou une visite. Son absence durait en général une heure, au bout de laquelle il rentrait pour travailler jusqu'à la fin du jour. Il passait ses soirées chez des amis quelquefois, mais le plus souvent en famille ; et tandis que chez ses tantes on se livrait à quelque partie de cartes ou qu'on causait de choses insignifiantes, lui, retiré dans un coin du salon, s'abîmait dans ses réfliexions, songeant déjà peut-être à l'avènement prochain d'une ère de régénération et de salut (1).
(1) Mémoires de Charlotte Robespierre . p. 56 et suiv.
Les rédacteurs de la première édition de la Biographie universelle, qui s'embarrassaient fort peu en général de l'authenticité et de la certitude des documents qu'ils employaient quand il s'agissait des hommes et des choses de la dévolution, ont contesté, sans preuves, l'authenticité des Mémoires de mademoiselle Robespierre, tout en convenant qu'elle seule a pu fournir les détails intimes qu'on y rencontre. Leur principale raison est que mademoiselle Robespierre était une personne tout à fait illettrée. C'est, de leur pai-t, une erreur grossière. Charlotte Robespierre avait, on l'a vu, reçu une éducation distinguée, et les lettres autograplies d elle que nous avons sous les yeux prouvent surabondamment qu'elle était fort capable d'écrire elle-même les notes qu'elle a remises à M. l.aponneraye, et qui ont été publiées par celui-ci sous ce titre : Mémoires de Charloltc Robespierre sur ses deu.r frères.
Voyez dans la première édition de la Uioyraphie xiiiiversrlle l'art. Charlolle Robes-