‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 103 sur 188 · LIVRF, IX. UNE LETTRE DU REPRESENTANT GUITER · texte numérisé non relu

LIVRF, IX. UNE LETTRE DU REPRESENTANT GUITER

Dès le premier jour, avons-nous dit, une grande partie de la Convention se trouvait sous l'influence de la Gironde, dont les principaux membres, avec le merveilleux esprit d'intrigue qui leur était propre, circonvenaient habilement les nouveaux venus. Beaucoup de ceux-ci avaient quitté leurs départements sous l'empire de préventions nées de la lecture des journaux girondins. A peine arrivés à Paris, on les entourait, on les conviait à des banquets oi!i la députation de Paris était le texte des diatribes les plus ridicules, et si un certain nombre d'entre eux succombèrent à des avances intéressées et se laissèrent prendre aux fables les plus grossières, il n'y a pas à s'en étonner outre mesure ; la crédulité humaine est si grande! A l'égard de ces basses menées de la Gironde, nous avons des aveux précieux, et déjà nous avons cité le passage suivant d'une lettre inédite du représentant Guiter à Robespierre : « J'arrivai à Paris. L'intrigue qui m'avoit déjà rempli de préventions, m'altendoit aux portes de celte cité. Simple et confiant, j'en ai été la victime, je l'avoue; autant je t'avois estimé, autant je t'ai haï; autant je t'avois cru ami du peuple, autant je t'ai cru son ennemi (1). » Retranché dans sa conscience, étranger à toute faction, Robespierre ne se serait jamais abaissé à courir de l'un à l'autre pour se justifier des inculpations dirigées contre lui et ses collègues du déparlement de Paris. Il comptait sur le temps pour remettre chaque chose à sa place, et se doutait bien que la majorité de la Convention ne subirait pas éternellemenl l'influence d'une coterie dont le succès momentané était dû aux manœuvres les plus condamnables.

En effet, il s'était passé dans les dernières élections un fait à peu près analogue à celui dont nous sommes témoins de nos jours. Maîtres du pouvoir, les Girondins avaient essayé de diriger le mouvement électoral. Dans les départements , oii l'action du gouvernement pèse toujours d'un poids plus lourd, ils réussirent assez bien, et sur leur recommandation, les corps électoraux choisirent pour députés des hommes tout à fait étrangers au pays dont ils étaient nommés les représentants. Ce fut ainsi que Louvet, sans aucune espèce de relations

(1) Lettre de Guiter, député des Pyrénées-Orientales, et signataire de la protestation contre le 31 mai, à Robespierre. (De la collection de Portiez, de l'Oise.) Ubi supra.

avec le département du Loiret, où il était à peu près inconnu, fut élu à Orléans par la seule influence ministérielle, ce dont il se félicita avec une ingénuité toute particulière.

Mais à Paris il fallut compter avec l'opinion. Là échouèrent complètement les manœuvres du pouvoir exécutif provisoire. L'assemblée électorale de ce département était toute composée de bourgeois, avocats, hommes de lettres, médecins, marchands, professeurs ; nous avons, dans notre précédent livre, cité quelques noms possédant, à divers titres, une certaine notoriété. Toutes les candidatures eurent, pour se produire, la plus entière liberté. Jamais assemblée électorale ne discuta et ne vota avec plus d'indépendance. Quand on ose soutenir que les opérations eurent lieu sous la pression des massacres de Septembre, on pèche par ignorance ou par mauvaise foi, puisque, comme nous l'avons irréfragablement démontré, les Girondins étaient loin, bien loin de témoigner alors pour ces événements funèbres l'horreur dont ils firent parade depuis, en cherchant à s'en faire une arme contre leurs adversaires, puisqu'un de leurs principaux organes, le Courrier des quatre-vingttrois départemens de Gorsas, alla jusqu'à blâmer hautement le ministre de l'intérieur Roland d'avoir voulu jeter un voile sur des journées nécessaires, selon cette feuille (1). Malgré les efforts désespérés de la Gironde, ses candidats, à commencer par Pétion opposé à Robespierre, restèrent tous sur le carreau. De là d'implacables rancunes, des fureurs sans bornes. Les prétendants évincés, les Pétion, les Brissot, les Louvet, les Real, s'en prirent aux citoyens à l'influence desquels ils attribuaient leur échec. Ces hommes, qui n'avaient pas craint d'employer l'argent de la nation à cabaler dans les assemblées électorales et à influencer les votes par des moyens réprouvés dans tous les temps, accusèrent le collège du département de Paris d'avoir été dominé par un petit nombre d'électeurs. Dans tous les cas, comme Robespierre, porté en tète de presque toutes les listes, fut nommé le premier, son élection ne fut pas due à la pression toute morale qu'à bout d'arguments ses ennemis lui reprochèrent d'avoir exercée au sein de cette assemblée, dont les opérations durèrent trois semaines.

Pendant cet espace de temps, il monta souvent à la tribune, s'il faut en croire ses adversaires; il usait en cela de son droit incontestable d'électeur. Toutes ses paroles n'ont pvas été recueillies , et nous avons fidèlement rendu compte de ceux de ses discours dont la trace a été conservée par les procès-verbaux de l'assemblée électorale. Nommément, nous l'avons dit, il ne désigna personne, se contentant d'indi-

(1) Voy. le nnméro du Courrier des quatre-vingt-trois départemens cité plus haut.

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