‹ Histoire de RobespierreChapitre 109 sur 283 · LIVRE III. NOUVELLE LOI MARTIALE · texte numérisé non relu

LIVRE III. NOUVELLE LOI MARTIALE

il fallait, disait-il, éviter que ces armes ne fussent tournées contre les meilleurs amis de la Révolution, et par conséquent enjoindre aux municipalités d'user de toutes les voies de conciliation, de douceur et d'exhortation avant de recourir à l'emploi de la force armée. Ce discours eut un plein succès, et l'Assemblée, sans tenir compte des avis violents des Maury et des Gazalës, adopta le projet de décret présenté par l'abbé Grégoire (1). Des volontaires, du reste, s'organisèrent dans le Quercy pour la répression des excès commis par quelques hommes égarés, et ce fut sur la proposition de Robespierre que l'Assemblée nationale, dans sa séance du jeudi soir 18 février, autorisa son président à écrire à ces volontaires une lettre officielle de félicitations (2).

Mais ce n'était pas le compte du ministère, à qui la loi* martiale votée quelques mois auparavant ne paraissait pas suffisante pour la répression des désordres; dans Tespoir d'influencer l'Assemblée, il lui adressa un mémoire très-détailié sur les troubles dont quelques provinces étaient infestées. Après en avoir entendu la lecture, l'Assemblée décida que son comité de constitution lui soumettrait le plus tôt ]>ossible les moyens de rétablir la tranquillité publique, formulés en projet de loi.

Tandis que les membres du côté droit, s'efforçant d'exagérer tous les faits, les présentaient sous les couleurs les plus sombres, Giiarles de Lameth et d'Aiguillon, dont les châteaux avaient été également brûlés, excusaient de leur mieux un peuple' < égaré par des insinuations dangereuses, plus malheureux que coupable, » et qui a de luimême déplorerait bientôt ses erreurs (3). i> Le même jour, dans la séance du matin, Le Chapelier avait donné lecture d'un projet de loi t'apidement rédigé par le comité de constitution, et sur lequel la disousdion s'ouvrit dès le lendemain. Combattu par Barnave et Pétion de Villeneuve, comme menaçant pour la liberté, il fut jugé insuffisant par Cazalès, qui demanda pour le roi une dictature de trois mois. Vivement attaquée par Mirabeau, cette motion trouva dans d'Eprémesnil un ardent

(1) Voyeï le Moniteur du 11 février 1790, et le Point du jour y numéro 211. « On bien que cette discussion doit avoir été orageuse, » dit Barère, p. 12.

(2) Point du jour, numéro 219, p. 109.

(3) Séance du jeudi soir 18 février. Moniteur du 22 février 1790.

défenseur, et Malooet la rédigea en décret sans toutefois prononcer le mot de dictature. L'Assemblée, du reste, ne discuta pas cette proposition ; elle leva la séance sans y prêter la moindre attention.

Le lundi 22 février, la discussion fut reprise sur le projet de l(Â rédigé par Le Chapelier et amendé par luî-méme avec l'approbation du comité de constitution. Il contenait encore c^^endant des articles d'une excessive rigueur contre les officiers municipaux qui, dans le cas d'attroupements séditieux, auraient, par négligence ou par faiblesse, omis de proclamer la loi martiale. Larochefoucauld, tout en demandant la modification de certaines expressions injurieuses pour les officiers municipaux, trouvait le projet de décret propre à réprimer la licence et l'acceptait non comme une loi perpétuelle, mais comme une mesure transitoire.

Robespierre n'avait rien dit jusque-là. Comprimant les mouvements de son cœur, il était resté muet en entendant les orateurs de la droite réclamer avec tant d'insistance de nouvelles rigueurs contre les effervescences populaires et la dictature pour le roi. Encore une fois, ce que voulaient atteindre les partisans passionnés de Tordre à tout prix, comme l'abbé Maury, Cazalès et Malouet, ce n'étaient pas quelques troubles partiels, mais bien la Révolution elle-même. Il rompit enfin le silence. « Plusieurs lois martiales dans une seule session, » dit-ii ironiquement, < c'est beaucoup pour les restaurateurs de la liberté, pour les représentants du peuple. » Et après avoir rappelé dans quelles circonstances on était venu lire à la tribune un mémoire du garde des sceaux où ne se trouvait rien qui ne fût déjà connu de l'Assemblée, et qu'on avait pris cependant en considération au point de charger le comité de constitution d'élaborer un projet de loi sur les moyens propres à rétablir la tranquillité publique, il se demandait si Theure était bien choisie pour afmer le gouvernement d'une loi de cette nature. « Il faut qu'on me pardonne de n'avoir pu concevoir encore comment la liberté pourrait être établie ou consolidée par le terrible exercice de la force militaire, qui fut toujours l'instrument dont on s'est servi pour l'opprimer, et de n'avoir pu concilier encore des mesures si arbitraires, si dangereuses avec le zèle et la sage défiance qui^ doivent caractériser les auteurs d'une révolution fatale au despotisme. — Je n'ai pu oublier encore que cette révolution n'était autre chose quess le combat de la liberté contre le pouvoir ministériel et aristocratique.^ Je n'ai point oublié que c'était par la terreur des armes que l'un e*i Tautre avaient retenu le peuple dans l'oppression, que c'était en punissant tous ses murmures et les réclamations même des individus^ comme des actes de révolte, qu'ils ont prolongé pendant des siëde^

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