‹ Histoire de RobespierreChapitre 111 sur 283 · LIVRE IIl. NOUVELLE LOI MARTIALE · texte numérisé non relu

LIVRE IIl. NOUVELLE LOI MARTIALE

aient mieux voir toutes leurs propriétés dévastées que la liberté en éril. » Douce erreur d'une âme généreuse ! Mirabeau lui-même apuya de sa voix puissante la plupart des arguments présentés par Ro- •espierre avec une éloquence que personne ne saurait méconnaître. a grand scandale du marquis de Ferrières, il qualifia d'exécrable la ictature proposée par les enragés du côté droit au milieu des repréentants du peuple assemblés pour travailler à la constitution. Et rap- «lant ces lignes de l'empereur Joseph au général d'Alton : < J'aime lieux voir des villages incendiés que des villages révoltés, » il 'écria : c Voilà le code des dictateurs (1) • •

Reprise le lendemain, la discussion ne fut ni moins ardente ni moins assionnée. Chaque article donna lieu à un combat. Robespierre repaut sur la brèche et prit de nouveau une part active aux débats (2). [q homme investi de la confiance du peuple aurait, suivant lui, plus 'influence que des troupes menaçantes, et le ramènerait plus aisément des sentiments pacifiques. Interrompu à ces mots : «c Je n'insiste pas, » it-il, « puisque ceux qui m'interrompent ne trouvent pas dans leurs (BUTS la vérité de ce que j'avance. »

L*article 3 du projet d'un député obscur, nommé Boussion, auquel 'Assemblée avait donné la préférence, autorisait remploi de la loi (uutiale en cas de résistance à la perception des impôts. Se servir de I lorce armée pour le recouvrement de certaines contributions, telles |ue la gabelle, les aides et quelques autres non moins odieuses, paaissait à Robespierre une monstruosité. C'était, selon lui, un des Deilleurs moyens d'anéantir la liberté. Arrêté une seconde fois dans iOQ discours par certains membres du côté droit : < Je ne suis point

(1) Voyez les Mémoires d* Ferrières, 1. 1, p. 382.

(2) Courrier de Provence^ numéro 109, t. VI, p. 410. Voyez aussi les dévolutions de ^fsnee et de Brabant, numéro 15. Voici les réflexions qu'inspira à Camille Desmoulins e diseonrs prononcé la veille par Robespierre, et qu'il cita à peu près complétenSent lins ion journal : « Les bons citoyens eurent enfin leur tour à la tribune, et d^abord Robespierre, toujours fidèle, dit M. Garât, à ses principes de tout rapporter à la liberté, de n'avoir de crainte que pour elle et d^attendre d^elle tous les biens, pro- QODça 06 discours, digne de la tribune française... Je n*ai pu me refuser au plaisir le transcrire ce discours en entier. Avec quel plaisir les patriotes ont entendu cet »nteiir du peuple. Hic est vere fratrum amator^ hic est qui multum orat pro populo. 3 mon cher Robespierre! il n'y a pas longtemps, lorsque nous gémissions ensemble sur B servitude de notre patrie, lorsque, puisant dans les mêmes sources le saint amour '* la liberté et de l'égalité, au milieu de tant de professeurs dont les leçons ne nous Vprenoient qu'à détester notre pays, nous nous plaignions qu'il n'y eût point im sroféiMur de conjurations qui nous apprit à l'affranchir; lorsque nous regrettions la ribune de Rome et d'Athènes, combien j'étois loin de penser que le jour d'une ^'ostitation mille fois plus belle étoit si près de luire sur nous, et que toi-même, ■^8 la tribune du peuple français, tu serois im des plus fermes remparts de la liberté aittanta! »

découragé par ceux quimlnterrompent, > reprit -il, c et je me propose de dire dans cette séance des vérités qui exciteront bien d^autres murmures. Non, il n'y a pas de meilleur moyen d'anéantir la liberté que d'employer la force armée pour recouvrer la gabelle et les aides. Je demande qu'on supprime de l'article la partie qui autorise la publication de la loi martiale pour le recouvrement des impôts (1). » Malgré tous ses efforts, le projet de loi fut adopté, mais avec quelques modifications atténuantes et rassurantes pour la responsabilité des corps municipaux.

Aucun des principaux historiens de la Révolution n'a raconté axnplétement cette intéressante discussion, ni indiqué la large part qu'y a prise Robespierre. Et cela se conçoit, car il faudrait cent volumes au moins pour présenter avec ses immenses détails toute la période révo-' lutionnaire. Mais au point de vue monographique, l'importance de ces débats est capitale. Ils expliquent bien des choses à dessein laissées dans l'ombre par beaucoup d'écrivains, les précautions jalouses de Robespierre pour la liberté publique , sa persistance à préconiser le système de douceur et de' persuasion, ^stème auquel nous le retrouverons fidèle, avec des nuances nécessairement, même aux plus mauvais jours, quand une situation désespérée, amenée par les ennemis de la Révolution, nécessitera des remèdes suprêmes ; ils expliquent enfin sa popularité toujours croissante. Car le projet de loi. si énergi— quement combattu par lui fut loin de recevoir dans le pays un bon cueil des journaux dévoués à la liberté. « Encore une loi martiale ! s'écria amèrement Loustalot. « Toutes les fois que le pouvoir parle au peuple ou à ses représentants, on peut être sûr qu'il demand de l'argent ou des soldats (2). »

Hélas ! trop souvent, sous prétexte d'ordre et de tranquillité publique on a vu la liberté d'un peuple étouffée. Gardons-nous donc d'être ingrats et de laisser passer l'occasion d'honorer la mémoire de ces gran citoyens qui, sans cesse sur le qui vive, ne manquèrent jamais de le cri d'alarme Caveant consulesf et, en toutes circonstances, tém< gnèrent d'une si profonde et si sincère sollicitude pour le peuple pour la liberté.

(1) Moniteur du 25 février 1790.

(2) Révolutions de Paris^ numéro 33, p. 10 et 16.

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