‹ Histoire de RobespierreChapitre 171 sur 283 · LIVRE IV. CORRESPONDANCE AVEC l' ADMINISTRATION T)' AVIGNON · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CORRESPONDANCE AVEC l' ADMINISTRATION T)' AVIGNON

ivait aucune à donner, car il ne pouvait être dû d'indemnité pour la )erte d'une usurpation, disait-il, et la cessation d'un long outrage aux Iroits des nations et de l'humanité. Et si quelqu'un avait à réclamer [uelque indemnité, c'était le peuple victime d'un long esclavage, non 'oppresseur. L'Assemblée témoigna son approbation de ces paroles par le nouveaux applaudissements; et Robespierre, en terminant, lui proies», comme un devoir, l'adoption du décret suivant : « L'Assemblée lationale décrète qu'Avignon et son territoire font partie de l'empire rançais, et que tous ses décrets y seront incessamment envoyés pour ^ être exécutés comme dans le reste de la France (1). »

Robespierre, on peut le dire, s'était cette fois emparé de ses colfegues; l'impression de son discours fut votée d'enthousiasme. A «itendre les applaudissements qui, à plusieurs reprises, avaient interompu l'orateur, on eût pu croire d'avance à une victoire complète, Jt que sa motion serait décrétée d'emblée ; il n'en fut^ien pourtant. Dans m intérêt difûcile à comprendre, Mirabeau demanda, le surlendemain, lu nom du comité diplomatique, l'ajournement de la question et Tenroi de troupes françaises à Avignon pour y proléger les établissements rançais et la paix publique, de concert avec les officiers municipaux ; l'Assemblée se prononça dans ce sens, et ajourna jusqu'à nouvel ordre l'incorporation du peuple avignonnais à la France (2).

Grand fut le désappointement au dehors. Mais Robespierre avait fait la conquête d'un peuple, et cette fameuse séance du 18 novembre au soir donna lieu entre les magistrats municipaux d'Avignon et lui à une orrespondancequi mérite d'être recueillie par l'histoire : « Monsieur, » Il écrivaient, le 4 décembre suivant, les administrateurs de la ville, les défenseurs des Avignonnais ont reçu au milieu des représentans 5 la nation l'hommage de notre reconnaissance. Les sentimens que tir générosité a fait naître dans les cœurs de nos concitoyens sont «isignés dans notre adresse à l'Assemblée nationale. ^ Nous vous devons, Monsieur, un témoignage particulier de notre attitude, et nous remplissons avec empressement ce devoir sacré. Le 3<:ours sublime que vous avez prononcé dans notre affaire est dans ^ mains de tous nos patriotes ; ils ne se lassent pas de le lire. Si les

t\) Discours à V Assemblée nationale sur la pétition du Peuple avignonnais. (Paris, de ^iprimerie nationale, 1790, in-B* de 18 pages.) L© Moniteur du 20 novembre en o^ne un résumé assez étendu. 11 est singulier que Laponneraye, qui, dans son ^tion des œuvres de Robespierre, s*est borné en géuéral à donner le résumé de ses &3fi<Qoiirs d'après le Moniteur^ ait omis celui-ci, dont le retentissement fut immense. Voy. aussi les Procès- verbaux manuscrits do T Assemblée nationale. {Archives^ ^) 2 If 446, carton 33.

(2) MoniUur du 22 novembre 1790.

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principes que vous avez établis si victorieusement pouvoient être connus de tous les peuples de la terre, bientôt il n*existeroit plus de tyran. Si le courage d'qne nation qui combat pour sa liberté pouvoit être abattu, le souvenir de ce que vous avez dit en notre faveur suffiroit pour ranimer nos espérances.

« Le décret que vous proposiez combloit nos vœux. Ce n*est pas assez pour nous d'être libres, il nous faut être Français. Il ne manque que ce nom à notre bonheur. Nous avons secoué le joug ultramontain, mais nous sommes encore sous la tyrannie fiscale; des armées de commis nous entourent. Ces agents de la ferme, dont le règne va être détruit, affectent de redoubler à notre égard leurs vexations odieuses. Nous les dénonçons à votre patriotisme, et nous espérons que, si des raisons politiques ont retardé un décret que la justice sollicitoit, vous obtiendrez sans peine de l'Assemblée que nous soyons traités comme les enfants de la patrie. Cette faveur est due à notre amour pour la constitution, et peut seule modérer notre impatience.

« Nous sommes avec respect. Monsieur, vos très-humbles et trèsobéissans serviteurs,

« Les maire et officiers municipaux : Richard, maire; MaiUvîdle, Aymé, Niel, Duprat, officiers municipaux. *

Robespierre répondit : « Les principes qui m*ont porté à défendre la cause du peuple avignonnais doivent être pour vous. Messieurs, un sûr garant de mes sentimens pour les magistrats d'un peuple libre, dont la sainte autorité commence au moment oCi la tyrannie expire. Leur suffrage est, à mes yeux, le prix le plus flatteur de mon attachement à leur cause et à celle de Thumanitél Leurs remerctmens ne peuvent me parottre qu'un excès de générosité. En défendant les Avignonnais, c'est la justice, c'est la liberté, c'est ma patrie, c'est moimême que j'ai défendu. Je n'ai fait que remplir le vœu de tous les vrais Français et devancer celui de la postérité, qui bénira avec une tendre admiration ce peuple dont le courage a abattu d'un seul coup la puissance du despotisme et de l'aristocratie; sa liberté ne périra pas plm que sa gloire. Elle est attachée à la destinée de la France. Oui, Messieurs, quelles qu'aient été les raisons qui ont suspendu la pronondation formelle de votre réunion, vous serez Français ; vous Têtes, puisque vous le voulez et que le peuple français le veut. Ce ne sont point des terres nouvelles dont nous avons besoin, ce sont des hommes libres et vertueux ! Et quelle contrée nous en offrira, si ce n'est la vôtre! S Rome donnoit le droit de cité aux peuples qu'elle avoit vainoies, pourquoi repousserions-nous des frères, vainqueurs comme nous du despotisme, et destinés à combattre avec nous pour la cooservatioD

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