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LIVRE IV. — LES TROUBLES DE DOUAI

le curé d*Issy-rÉvêque et son élargissement pur et simple (1). * Cette proposition fut vivement appuyée par Mirabeau. Le puissant orateur, dont la grande voix allait être si subitement éteinte par une mort imprévue, rappela, lui aussi, qu'au Corps législatif seul il appartenait de déclarer un accusé criminel de lèse-nation, et flétrit, à son tour, Tinique procédure duChâtelet. 11 prononça peu de mots, du reste; l'Assemblée était édiûée et convaincue avant de Tenlendre. Adoptant les conclusions du discours de Robespierre, elle annula la procédure du bailliage d'Autun et du Chàtelet, et ordonna la mise en liberté immédiate du curé Carion, sauf son renvoi devant les tribunaux ordinaires s'il y avait lieu.

Cette nouvelle victoire de Maximilien sur les rovalistes de TAssemblée ne manqua pas de causer dans le public une impression profonde. « En vain le côté droit a hurlé la question préalable, ]> s*écria le journal du regrettable Loustalot, « le courage invincible de M. lioberspierre l'a emporté, il a fait triompher la cause des malheureux et a fermé la bouche aux hurleurs... Continue, intrépide Roberspierre, à te faire haïr des méchants : ta vengeance est dans leur cœur ; ils sont forcés de t'admirer (2). » Ainsi grandissait de jour en jour, par la force des choses, une popularité désormais irrésistible et qu'avait seul engendrée l'amour immense de la patrie, de la justice et de la liberté. Ces lignes, publiées par le journal le plus répandu de l'époque, écho sincère des sentiments du peuple, ne partaient point d'un cœur intéressé, ne sortaient pas de la plume d'un ami, car leur rédacteur, malgré l'universelle renommée dont jouissait déjà Robespierre, ne connaissait pas encore l'orthographe de ce grand nom.

Il s'agissait encore d'ecclésiastiques dans les vifs débats qui eurent lieu le surlendemain à la séance du soir, à propos des troubles sanglants dont la ville de Douai venait d'être le théâtre, débats auxquels Robespierre prit une part très-active. Cette fois, il est vrai, c'était dans un ordre d'idées tout différent; il n'était plus question de prêtre per-

(1) Voy. le Point du jour, numéro 616, p. 248, 249, et le Moniteur du 19 mars 1791, ooinbinés.

(2) Les Bévolutions de Pari», numéro 88, p. 506.

sécuté pour son attachement à la Révolution, au contraire, mais d*une sorte de procès de tendance dirigé contre le clergé en général; et si Robespierre en cette circonstance, se séparant de ses collègues de la gauche, tenta vainement de s'opposer à Tentralnement irréfléchi de r Assemblée, ce fut en vertu de ce sentiment inné en lui qui lui faisait mettre la justice au-dessus des nécessités de parti.

La question des vivres a toujours joué un grand rôle dans les émotions populaires; on a vu déjà quelle influence sinistre exerça en ce temps le spectre de la famine, avec quelle déplorcble facilité, sous l'empire de craintes souvent chimériques, les masses se laissèrent aller aux extrémités les plus fâcheuses. De graves désordres avaient éclaté à Douai dans les journées des 16 et 17 mars, à l'occasion d'un chargement de blés. L directoire, au lieu de requérir lui-môme la force publique, avait invi la municipalité à publier la loi martiale ; mais les officiers municipau^= s'y étaient refusés, probablement dans la crainte d'amener une collisioBHi entre le peuple et la troupe. Comme il y a toujours dans les foules de^ natures perverses et sanguinaires, prêtes à faire le mal pour le mal, tuer pour le plaisir de tuer, il était arrivé que dans la bagarre deouai citoyens avaient été percés de coups et pendus à un arbre. Le sa innocent criait vengeance. A qui devait remonter la responsabilité ces meurtres ? Suivant les uns, la municipalité en était coupable, suâi< vant d'autres, le directoire, composé en partie d'anciens conseillers a. i^ parlement, notoirement hostile à la Révolution et qui s'était prudeooment, pour ne pas dire plus, réfugié à Lille, était lui-même complice des désordres ; quelques-uns enfin rejetaient toute la faute sur le commandement de la force armée, M. de Noue, dont l'inaction leur paraissait assez justement incompréhensible.

Le député Alquier, au nom des comités militaire, des rapports et des recherches, incrimina principalement les membres de la municipalité ; les traitant un peu légèrement peut-être en ennemis de la conslitulion, parce qu'ils n'avaient pas proclamé la loi martiale. Trouvant qu'il était temps de réprimer par des mesures sévères les manœuvres des malveillants encouragés par trop d'indulgence, il proposa à l'Assemblée de traduire à sa barre, dans les trois jours à compter de la notification du décret, le maire et les officiers municipaux de la ville de Douai, et faute par eux d'obtempérer à cet ordre, de les décréter d'accusation. Proposer une pareille mesure avant d'entendre les explications de la municipalité, c'était déjà se montrer d'une excessive rigueur, mais le rapporteur alla plus loin. S'en prenant aux fanatiques qui s'insurgeaient contre les décrets de l'Assemblée, et sous prétexte que la prochaine élection de l'évéque, différée par le directoire du district,

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