LIVRE V. NOUVEAUX EFFORTS EN FAVEUR d' AVIGNON
a disposé jadis sans leur consentement, sont toujours restés Français ; il n'y a donc rien à innover ; ils vous demandent simplement de consacrer un droit existant antérieurement. Et, poursuivait Robespierre , « si les peuples ne sont pas des troupeaux, ils peuvent changer la forme de leur gouvernement. Suivant M. Malouet, le vœu des Avignonnais n'a pas été libre ; il aurait été énoncé au milieu de troubles et de désordres : qu'il apprenne donc aux peuples a se ressaisir de leurs droits et à manifester leur volonté sans insurrection. » Ces paroles, vraies surtout à une époque oii il n'y avait guère d'autre moyen pour les peuples d'échapper aux dures étreintes du despotisme, excitèrent les applaudissements de la gauche. Reprenant un à un, sous une forme nouvelle, les arguments déjà présentés par lui dans ses précédents discours, Robespierre revint sur la nécessité de consolider la Révolution française en ramenant la tranquillité dans toutes les parties du royaume. Or différer de prononcer sur la réunion, c'était entretenir au milieu des départements du Midi un foyer d'anarchie et de guerre civile, conserver aux ennemis delà Révolution un centre de résistance. Il engageait donc l'Assemblée à repousser tous les moyens dilatoires et à voter immédiatement la réunion (1).
La séance du mardi tout entière, depuis dix heures du matin jusqu'à neuf heures du soir, fut encore consacrée à l'affaire d'Avignon. Pétion parla de nouveau très-énergiquement dans le sens des conclusions de son collègue et de son ami. Après lui, l'abbé Maury reparut à la tribune, et prononça un interminable discours auquel répondirent Charles Lameth, Barnave et Camus. Cependant l'Assemblée se sépara encore sans rien décider. Le lendemain, la discussion recommença. C'était le 4 mai. 11 y avait tout juste deux ans qu'à pareil jour les étatsgénéraux s'étaient réunis à Versailles. Certes, l'occasion était belle pour voter un décret populaire, on ne pouvait guère mieux fêter un tel anniversaire que par un éclatant hommage rendu aux vrais principes démocratiques. Robespierre tenta de nouveaux efforts, se souvenant de ses promesses aux officiers municipaux d'Avignon. « En défendant les Avignonnais, x. leur avait-il écrit, « c'est la liberté, c'est ma patrie, c'est moi-même que j'aidéfendu... Vous serez Français, vous l'êtes, puisque vous le voulez et que le peuple français le
(1) Ce discours est résumé en quelques lignes seulement par le Moniteur du 3 mai 1791, et le Point du jour ^ numéro 661. Il dut cependant avoir une certaine importance, car voici ce que dit Camille Desmoulins : « A la suite d^un discours aussi éloquent que solide de Pimmuable Robespierre, en faveur de la réunion, Tabbé Maury, pendant trois heures consécutives, a assommé PAssemblée de sa cruelle audition et de ses déclamations. » (Révolutions de France,.,.^ numéro 76, p. 411.)
veut(rj.... » Mais, efforts inutiles! un esprit de réaction inattendu semblait s'être emparé de TAssemblée, des mauvaises dispositions de laquelle on put juger aux murmures qui accueillirent la nouvelle apparition de Robespierre à la tribune. Ce fut à peine si l'on consentit à Tentendre. Il s'attacha cependant à combattre encore toutes les motions tendantes à l'envoi pur et simple de troupes, soutenant avec raison qu'on n'avait aucunement ce droit si Ton persistait à considérer le Comtat et la ville d'Avignon comme pays étranger. La seule chose à faire, répéta-t-il, c'était, comme le demandait le comité lui-même, de les déclarer l'un et l'autre partie intégrante du territoire français. Latour-Maubourg et Buzot se joignirent à lui pour essayer d'entraîner l'Assemblée, mais, vaine tentative ! ce jour était destiné au triomphe de Tabbé Maury. Quatre cent quatre-vingt-sept voix contre trois cent seize décidèrent le maintien de ce malheureux pays sous le joug de la cour de Rome (2).
La victoire du parti clérical et royaliste ne fut pas, il est vrai, de très-longue durée. La cause de la justice et du droit finit par l'emporter, et les efforts de Robespierre se trouvèrent tardivement couronnés de succès ; mais que de malheurs eût prévenus l'Assemblée par une résolution plus prompte; que de haines, de passions, de rancunes elle eût amorties dont l'explosion devait être effroyable! Ce ne fut que dans un des derniers jours de sa session (14 septembre) que , au bruit des applaudissements des tribunes et d'une partie des députés de la prochaine législature présents à la séance , elle proclama solennellement la réunion d'Avignon et du Comtat-Venaissin à la France. Conquête importante sur l'esprit de réaction, très-vivace à cette époque, et à laquelle Robespierre contribua, comme on Ta pu voir, pour une si grosse part.
Durant le cours de ces débals, d'autres discussions eurent lieu auxquelles il se mêla non moins activement. Quand, par exemple, dans la séance du samedi soir 23 avril, on eut donné lecture d'une lettre écrite au nom du roi par le ministre des affaires étrangères à tous lesambas-
(1) Voy. cetto l«'ttre dans notre précédent livre.
(2) Moniteur des 5 et 6 mai 1791.