LIVRE V. — SUR l'organisation DES GARDES NATIONALES
dissements prodigués à son collègue donnaient à songer que sqn projet courait grand risque d'être rejeté, parut à la tribune, loua fort les idées qu'on venait d'exposer, et comme pour faire bénéficier le plan du comité de l'approbation très-vive dont le discours de Robespierre avait été l'objet, il osa dire que, sauf l'admission des citoyens inactifs, pour laquelle il inclinait personnellement, le comité et lui étaient* en définitive enlièrementde l'avis du préopinant. Mais, le lendemain 28, Robespierre dut lui prouver de nouveau par quels abîmes ils étaient séparés. Après avoir énuméré les dangers qu'il y aurait à laisser au pouvoir exécutif la moindre action sur les gardes nationales, il reprocha au cojnité de n'avoir pas une seule fois, dans son projet, prononcé le mot de liberté, dont cette institution était précisément destinée à être la sauvegarde. Dissiper les émeutes populaires, les attroupements séditieux, réprimer les désordres et le brigandage, telle paraissait avoir été Tunique préoccupation du comité; mais de la nécessité de tenir constamment la tyrannie ^n échec, de prévenir son retour, il ne s'était nullement préoccupé. Contre le peuple seul il semblait avoir pris ses précautions, comme si c'était une horde de factieux à dompter ou d'esclaves à enchaîner. Tout cela dit avec cette clarté qui était un des mérites de Robespierre, avec calme, appuyé des raisonnements les plus vigoureux, et relevé par la plus éloquente diction. « Eh! quel autre esprit règne aujourd'hui?» s'écria-t-il ; «que voit-on partout, si ce n'est une injuste défiance, de superbes préjugés contre ceux que l'on appelle encore le peuple? Qui est-ce qui aime l'égalité? Qui est-ce qui respecte la dignité de l'homme dans son semblable? » Ses conclusions, on les connaît. Invoquant, en terminant, le glorieux souvenir du 14 juillet, de cette prise de la Bastille à laquelle avaient concouru tant d'hommes mis par les décrets de l'Assemblée en dehors du droit commun et privés des bienfaits de cette liberté conquise par eux, il persistait à réclamer comme un droit primordial l'admission de tous les citoyens dans les rangs de la garde nationale (1). Obtenir cela eût été à ses yeux un
(1) Discours sur l'organisation dfs gardes nationales^ à Paris, chez Buisson, libraire, me Hautefeuille, numéro 20 (1790, in-B" de 78 p.). On le trouve presque in extenso. dans les numéros ^)56, 657 et 660 du Point du jour, Uartiulc 16 du projet de décret présenté par Hohesi)ierre, à la suite de son discours, portait que sur les drapeaux des gardes nationales on graverait ces mots : Lidebté, Égalité, Fraternité.
Ce discours avait été réédité en province, notamment à Besançon, où il pamt chez Simanl (in-R^ de 61 pages), suivi de cette note : « La société des Amis de la Constitution établie ix Besançon, à qui le Mémoire ci-dessus a été envoyé par PAssemblée nationale, ayant trouvé que les droits du peuple relativement au ser\'ice militaire national y étoient établis d'une manière aussi claire que solide, a délibéré que, pour mettre un grand nombre de personnes ix mtlme de se pénétrer des excellents prin-
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triomphe important, un acheminement vers Tabrogation de Todieux décret dû marc d'argent.
Tous les journaux populaires de l'époque s'accordent pour rendre témoignage de l'enthousiasme avec lequel l'Assemblée nationale accueillit ce discours capital, ce véritable traité sur la matière (1). Elle ne put s'empêcher d'applaudir à ces grandes idées de justice, de droit, d'équité, si noblement exprimées. Pétion, Noailles lui-même appuyèrent la proposition de Robespierre; mais Barnave, Duport, tous les grands agitateurs des premiers jours gardèrent le silence. Était-ce par jalousie contre un collègue dont la popularité effaçait la leur, ou bien, saisis tout â coup de méfiance à l'égard de ce peuple dont jadis ils s'étaient aussi proclamés les défenseurs, entendaient-ils le tenir à l'écart de la vie politique? Peut-être obéirent-ils à ce double sentiment. D'André, désormais leur fidèle allié, essaya en quelques mots de réfuter Robespierre, et, s'il n'y parvint pas, il fut du moins assez heureux pour indisposer l'Assemblée contre son collègue. En effet, quand, afin de retenir la victoire qu'il voyait prête à lui échapper, le tenace tribun reparut pour la troisième fois à la tribune, de violents murmures éclatèrent. En vain tenta-t-il de lutter contre les cris, en vain, indigné, lança-t-il d'une voix hautaine cette phrase à la majorité : « Toute violence qui tend à étouffer ma voix est destructive de la liberté, » qu'accueillirent cependant quelrjues applaudissements, il ne put tenir contre le tumulte et quitta la tribune, se sentant vaincu (2). L'Assemblée exclut donc des rangs de la garde nationale les citoyens passifs, creusant ainsi de plus en plus la ligne de démarcation qu'entre la bourgeoisie proprement dite et le peuple elle avait si imprudemment établie.
Le comité de constitution semblait prendre à tâche de courir audevant de l'impopularité en présentant une foule de décrets empreints
cipes qu'il renferme, et donner en môme temps à l'auteur un témoignage particulier <le son estime et de sa reconuoissance, il seroit li\Té à l'impression.
Besançon, ce 3 février 1791. Michaud, président,
GuTB, VÉJus, secrétaires,
(1) Voyez entre autres le Patriote frauçois, numéros 628 et €30.
(2) Moniteur du 29 avril I79I.