‹ Histoire de RobespierreChapitre 22 sur 283 · UVRE 1. ETUDES DE DROIT · texte numérisé non relu

UVRE 1. ETUDES DE DROIT

solennités, décharger le meilleur élève de composer et de prononcer une harangue au nom de ses condisciples. La tâclie échut à Maximilien Robespierre. Il ne pouvait trouver une occasion plus favorable d'exercer sa verve et de montrer publiquement son esprit d'indépendance. Son discours, plein d'allusions mordantes, était plus rempli de remontrances que de louanges, et signalait vivement au monarque les abus nombreux de son gouvernement. Soumis au principal, il fut, comme on pense, profondément modifié, et le royal visiteur en parut, dit-on, satisfait. Bizarrerie de la destinée qui mettait dès lors en présence Louis XVI et Robespierre et faisait haranguer le jeune roi, au début de son règne, par celui dont les âpres discours devaient contiibuer plus tard à précipiter sa chute!

Aussitôt que Maximilien eut terminé ses études classiques, il commença son droit, toujours sous le patronage du collège de Louis-le- Grand (1). Étudiant, il ne changea rien à ses habitudes d'écolier; austère dans ses mœurs, sobre de plaisirs, il marcha au but d'un pas ferme, sans se laisser détourner par les séductions du monde. En trois ans il conquit tous ses grades.

Cependant le terme de ses études approchait. Depuis douze ans, douze laborieuses années, interrompues seulement par les vacances qu'il allait régulièrement passer à Arrasdans sa famille, jamais il n'avait donné lieu à la moindre plainte, jamais il n'y avait eu dans son travail une heure de relâchement. Déjà, lorsqu'en quittant cette patrie du collège où il avait grandi et appris à devenir homme, il était allé remercier l'abbé de Saint-Waast, qui n'était autre que ce cardinal de Rohan, destiné bientôt à une si triste célébrité, et lui avait demandé la survivance de sa bourse pour son frère Augustin , l'abbé commendataire, après l'avoir comblé de justes éloges, avait pu lui dire avec raison, en lui accordant sa demande, qu'il espérait faire au collège de Louis-le- Grand un nouveau cadeau.

Mais, trois ans plus tard, une autre récompense lui était réservée, plus importante, non à cause de la gratification pécimiaire qui y était attachée, mais en raison de son caractère officiel. En effet, dans le mois même où il achevait ses études, le 19 juillet 1781, l'administration du collège de Louis-le- Grand, voulant lui donner une marque publique de sa profonde estime et de l'intérêt quelle lui portait, p it la décision suivante : « Sur le compte rendu par M. le Principal des talents éminens du sieur de Robespierre, boursier du collège d'Arras, lequel est sur le point

(1) La bourse dont jouissait Robespierre devait défrayer le titulaire pour les hautes études de théologie, de droit ou de médecine.

de terminer son cours d*études; de sa bonne conduite pendant douze années et de ses succès dans le cours de ses classes, tant aux distri butions de l'Université qu'aux examens de philosophie et de droit, le bureau a unanimement accordé au sieur de Robespierre une gratification de la somme de six cents livres, laquelle lui sera payée par M. le grand maître des deniers du collège d'Arras, et ladite somme sera allouée à M. le grand maître dans son compte en rapportant expédition de la présente délibération et la quittance dudit sieur de Robespierre (1).»

(1) Recueil de Umtes les délibérations importantes prises^ depuis 1763, par le bureau d'administration du collège Louis-le-^rand et des collèges réunis. Paris, chez Pierre- Guillaume Simon, imprimeur du Parlement et du collège Louis-le-Grand. MDCCLXXXI. 1 vol. iu-4, p. 211.

En 1850, il a paru à Arras, chez Théry, libraire, rue Saint- Aubert, sans nom d'auteur, une prétendue vie de Maximilien Robespierre.

Cette œuvre de mensonge s'il en fut jamais, cynique ramassis des plus misérables libelles publiés sur le martyr de Thermidor, est attribuée à l'un des chanoines de la cathédrale, M. Tabbé Proyard fV'^oy. Querard). Ce n'est, au reste, qu'une sorte de contrefaçon d'un autre libelle d'un autre abbé Proyard, intitulé la Vie et les crimês de Bobespierre, surnommé le Tymn, Augsbourg, 1795, in-8 de 370 pages, par Leblond de Neuveglise (pseudonyme de l'abbé Proyard), parent du chanoine actuel, et préfet des études à Louis-le-Grand, lorsque Robespierre y était. « Divers symptômes, » *it l'auteur anonyme dans une courte préface, « ont fait naître l'idée de remettre en lumière des documents épars de divers câtés^ » et il s'est bien gardé d'aller chercher ces documents dans Thistoire ; il lui a semblé plus simple, pour atteindre son but, de les prendre dans les plus ignobles productions de la haine et de la calomnie. C^est ainsi que divers renseignements puérils paraissent lui venir d'une dame Marchand, propriétaire d'un journal réactionnaire publié à Arras à l'époque de la Révolution, et qui, pour conserver sa clientèle aristocratique, rompit brusquement avec la famille Robespierre, dont elle avait été l'intime amie. Voici, en effet, ce que nous lisons dans une lettre écrite en 1790 par Charlotte Robespierre à son frère Maximilien : « ... Je ne sais si mon frère (Augustin) n'a pas oublié de vous parler de madame Marcliand; nous sonmies brouillés; je me suis permis de lui dire ce que les bons patriotes dévoient penser de sa feuiUe, ce que vous en pensiez. Je lui ai reproché son affectation à toujours mettre des notes infamantes pour le peuple. Elle s'est fichée, elle soutient qu'il n'y avoit pas d'aristocrates à Arras, qu'il n'y avoit que les têtes exaltées qui trouvoient sa gazette aristocratique; elle me dit un tas de bêtises, et depuis elle ne nous envoie plus sa feuiUe. » Cette lettre montre une fois de phis a quel point Charlotte partageait les sentiments de ses frères, et Ton voit du reste à quelle source a puisé l'abbé Proyard.

Cependant une chose lui appartient en propre, c'est le récit de la vie de Robespierre au collège. Il est difficile de s'aventurer plus loin dans le mépris de la vérité. L'auteur anonyme, qui cite fréquemment cet autre abbé Proyard, sous -principal du coUége de Louis-le-Grand du temps de Robespierre, dépeint ce dernier comme un détestable écolier. « La présence de ses maîtres le fatiguait, » etc. (p. 16). 11 connaissait cependant aussi bien que nous la délibération que nous avons citée dans notre texte, mais il s'est bien gardé d'en parler : c'eût été le "mentiris impuden^ tissime.

L'honnête et véridique écrivain avoue son aversion pour les jansénistes. Ces hommes austères, dont le mensonge ne souillait pas les lèvres, ne peuvent que s'en féliciter.

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