‹ Histoire de RobespierreChapitre 240 sur 283 · LIVRE V. NECESSITE DE LICEXCIEU LES OFFiCIEHS · texte numérisé non relu

LIVRE V. NECESSITE DE LICEXCIEU LES OFFiCIEHS

Le projet des comités fut adopté, après que l'Assemblée eut repoussé par la question préalable la proposition du licenciement. Ainsi, comme Tavait dit Robespierre au début de son discours, au milieu de toutes les aristocraties détruites restait seule l'aristocratie militaire. Combien il fallait que vous fussiez dans le cœur du peuple, ô Révolution immortelle, pour résister à de tels décrets qui remettaient vos destinées entre les mains de vos ennepiis! Ah! s'écria le journal de Mirabeau, comme si l'ombre de son glorieux fondateur eût plané sur lui, « le vertueux Robespierre est le seul qui ait eu le courage d'élever la voix contre ce projet de décret. Mais avec quelle force de raisonnement n'a-t-il pas démontré la nécessité du licenciement! Avec quelle force de principes n'a-t-il pas pulvérisé le projet des comités ! Avec quelle» force de style n'a-t-il pas fait le triste tableau des troubles qui agitent l'armée et dévoilé les longues iniquités des chefs (1)1 » Mais TAssemblée nationale marchait à grands pas vers la réaction.

lien, proclamé citoyen français par la Commune de Paris, au mois d*a\Til 1790, lettre publiée dans le numéro 81 des Bévoiutions de France et des Boynumes... « C*est dans votre journal, Monsieur, que je désirorois de voir passer à l'immortalité im dos plus beaux traits qui honorent notre liberté, et un de ces hommes qui est devenu aujourd'hui le plus cher à la patrie. Robespierre mérite la couronne civique ; Kobespierre, levé tout seul au milieu du sénat le 11 de ce mois, jour à jamais déplorable! lorsqu'on a mis aux voix le licenciement des officiers. Que faisoient donc dans ce moment Mx les autres enfants de la patrie, ceux que nous avons tant chéris jusqu'à présent, le« amis ardens de la République? Ce Romain qui mérita le nom de Père de la patrie^ et qui osa sauver la République le 5 décembre, trouva au moins dans le sénat deux opinions qui se levorent avec lui, et qui appuyèrent courageusement son avis. Il y en eut bien quelqu'un qui, au dire de Salluste, quitta lîichement sa place, mais Sinalus, mais Caton se mirent du côté de Cicéron, et la patrie fut sauvée. Et vous ne l'avez pas osé ce 11 juin, Pétion, Anthoine, Buzot et tant d'autres que je passe sous silence pour leur honneur, et que Robespierre a fait rougir lorsqu'il promenoit ses regards à droite et à gauche, se tenant immobile, tout seul, à la décision de cette fatale question d'où dépendoit le salut du peuple? Qu'il étoit beau de voir un citoyen au milieu de huit cents soi-disans pères conscripts, au milieu de toute l'Assemblée nationale, reprocher, par sa seule attitude, leur pusillanimité, leur foiblesse, et je dirois presque leur lâcheté ix ses collègues ! 11 me sembla l'entendre dire a tous ce que ce brave Lacédémonien disoit à Pausanias la veille de la bataille do Platée, où Mardonius fut tué et les Perses taillés en pièces : « Je me moque de toutes les autres résolutions et conclusions « lâches et timides de ce faux conseil.» (V. Plutarque, Vie d'Aristide.) Que David, que Houdon, que Pajou représentent notre cher Robespierre dans la ferme et héroïque attitude du 11 juin ;. c'est la seule que la postérité doit connoltre. Chabrias fut bien copié dans la posture où il se disposa à combattre les ennemis; sa statue étoit un genou appuyé contre son bouclier, et présentant la pique en avant; la statue de Robespierre sera celle d'un seul citoyen debout parmi les autres assis, que je ne dis pas citoyens, mais députés.

« Signé : Pio.

. Ce 15 juin 1791..

(1) Courrier de Provence^ numéro 300, p. 159. Le journal deBrissotne fut pas moins élogieux pour Robespierre : n On ne peut rien d'ailleurs opposer au tableau effrayant que M. Robespierre a fait de toutes les vexations, les inquisitions, les horreurs com-

Robespierre avait été plus heureux la veille, dans la discussion concernant les incompatibilités législatives, en appuyant un amendement de Regnault, tendant à faire prononcer Tincompalibilité des fonctions municipales, administratives et judiciaires avec les fonctions législatives, non-seulement pendant chaque session, comme le proposait le comité de constitution, mais pendant la durée de la législature. Il était absurde, selon lui, qu'un même homme pût cumuler le mandat de législateur et Tautorité du fonctionnaire public, puisqu'il se trouverait inviolable comme législateur et responsable comme fonctionnaire. L'Assemblée, applaudissant à ces paroles, déclara les fonctions municipales, administratives et judiciaires imcompatibles avec celles de la législature (1).

Le 10 juin, le jour même où il réclamait en vain le licenciement des officiers de l'armée, Robespierre recevait des électeurs du déparlemf^nt de Paris un éclatant témoignage d'estime et d'affection. Ce jour-là, en effet, les citoyens composant l'assemblée électorale du département de Paris se réunissaient à huit heures du matin, sous la présidence de Lacépède, à l'archevêché, et nommaient Robespierre, à une majorité considérable, accusateur public près le tribunal criminel du département de Paris (2). D'André, qui avait obtenu quatre-vingt-dixneuf voix, fut ensuite nommé substitut de l'accusateur public par

TTiises dans la plupart des régimens par les officiers. M. Cazalès appelle cela des calomnies, mais trop de voix s'élèvent en faveur de ces faits pour qu'ils soient des calomnies. » {Patriote franroiSy numéro 673).

(1) Point du jour^ numéro 698, et Moniteur du 10 juin 1791.

(:^) Il y eut deux tours de scrutin ; au premier, 235 électeurs prirent part au vote; 1» majorité absolue était de 118 voix. Robespierre obtint 116 suffrages: il en avait en réalité réuni 118; mais deux bulletins, n« portant que son nom sans la qualification de député, ne lui furent pas comptée, après une longp.e discussion, à la suite de laquelle l'assemblée électorale décida qu'un second tour de scrutin aurait lieu. Les citoyens <|ui aprè^ lui réunirent le plus de voix furent d'André, député (49 voix) ; Martinetn, député (16 voix); Fréteau, député (12 voix), et Rœderer, député (5 voix) ; Pétion n'obtint que 3 voix. Au second tour, il y eut 372 votants; la majorité absolue était de 187 voix. Robespierre en obtint 220, non compris cinq bulletins où son nom n'était pas suivi de la qualification de député. Après lui venaient d'André (99 voix), et Martineau (24). « D'après ce résultat, dit le procès- verbal, M. le président a proclamé, au nom de l'assemblée électorale, accusateur public du tribunal criminel du département de Paris, M. Robespierre, député à l'Assemblée nationale, âgé de {Vdge est resté en àtane), demeurant me Saintonge, au Marais. {Archives de l'empire B, I a, 5, cote 14.)

Page 1