‹ Histoire de RobespierreChapitre 245 sur 283 · LIVRE y. — FUITE DE LA FAIIILLE ROYALE · texte numérisé non relu

LIVRE y. — FUITE DE LA FAIIILLE ROYALE

mille exemplaires, et son envoi à toutes les sociétés affiliées et aux quarante-huit sections de Paris (1).

Vraisemblablement Robespierre fut absent de Paris pendant la journée du 20, comme il en avait, la veille, prévenu les Jacobins. Peut-être ^tait-il allé rendre aux Amis de la Constitution de Versailles la visite promise dans la lettre qu*il leur avait adressée quelques jours auparavant. Quoi qu'il en soit, il était de retour déjà lorsque, dans la matinée -du lendemain, se répandit tout à coup, instantanément, d'un bout de Paris àTautre, cette nouvelle étrange, pleine d'alarmes, grosse de tempêtes : Le roi est en fuite. Personne n'ignore comment, dans la nuit <îu 20 au 21 juin 1791, Louis XVI, Marie-Antoinette, le petit dauphin et sa sœur, madame Elisabeth et madame de Tourzel, trompant la surveillance des nombreuses sentinelles dont se trouvaient inondées les Tuileries, parvinrent à quitter Paris, se dirigeant par la route de Chàlons, vers Montmédy, où les attendait Bouille.

L'annonce de ce départ circulait depuis quelques jours déjà dans la capitale; plusieurs journaux en avaient parlé comme d'un événement prochain et définitivement convenu; la municipalité, le commandant de la garde nationale avaient reçu de secrets avertissements; mais on se demandait jusqu'à quel point ces bruits étaient fondés, et Ion se contenta, bien en pure perte, il est vrai, d'un redoublement de surveillance. Un journaliste eut même l'infamie d'attribuer à la reine et d'insérer dans sa fepille une lettre ignoble adressée au prince de Condé, lettre dans laquelle Marie-Antoinette, annonçant le départ prochain de la famille royale, appelait l'Assemblée constituante V Assemblée des cochons, et traitait les Parisiensde crapauds et de grenouille». On y lisait aussi que La Fayette et Bailly, complices de sa fuite, tâcheraient également de s'échapper de leur côté (2). Ce journaliste, c'était Fréron. Il prétendait tenir cette lettre d'une dame Deflandre, laquelle l'aurait reçue de madame de Rochechouart. Fréron promena cette femme de sections en sections; il la conduisit même à l'Assemblée, où son ami Camille Desmoulins la présenta à Buzot et à Robespierre, qui, surpris au premier

(1) Yoy. le Journal des débats de la Société des Amis de la Constitution, numéro 12.

(2) Yoy. cette lettre dans le numéro 49 de ÏOrateur du Peuple.

moment et ne soupçonnant pas la fraude, se disposaient à prendre à partie La Fayette et Bailly ; mais un peu de réflexion les convainquit bientôt qu'ils parleraient d'après un faux témoignage, et ils se turent (1).

Qu'une stupeur mêlée de colère ait saisi Tâme des Parisiens à la nouvelle du départ de la famille royale, cela se' conçoit à merveille. Nul ne pouvait en deviner les conséquences ; pour beaucoup l'avenir se présentait sous les plus sombres présages : c'était l'invasion peutêtre, la guerre civile, la patrie en sang. Mais à quoi bon écrire ces lignes lâches et cruelles qu'on lut dans l'Orateur du Peuple : c Elle est partie cette reine scélérate qui réunit la lubricité deMessaline à la soif du sang qui dévorait Médicisl Femme exécrable, furie de la France, etc.. » Nous ne saurions assez dire quel dégoût nous inspirent de pareilles exagérations. Ah ! quels qu'aient été les torts de Marie-Antoinette envers la France, jamais une parole amère ne tombera de nos lèvres, ne s'échappera de notre plume contre une femme sacrée à nos yeux par le malheur. L'auteur de ces dégoûtantes injures, c'était Fréron. Eh bien ! l'homme assez lâche pour jeter ainsi l'insulte à une grande infortune est le même qui plus tard conspirera la perte de Robespierre, et inventera, propagera les calomnies odieuses sur lesquelles tant de gens jugent encore la victime de Thermidor.

Tandis que dans Paris ému reparaissaient les piques du 14 juillet, qu'une foule immense courait précipitamment aux Tuileries, avide de connaître sur les lieux mêmes les détails de l'évasion, de visiter l'intérieur de ce palais abandonné par son royal hôte, et dont elle allait apprendre le chemin, l'Assemblée nationale ouvrait sa séance à neuf heures du matin (2). Au milieu d'un profond et solennel silence, elle reçut la nouvelle officielle de la fuite du roi et de sa famille, « enlevés cette nuit, dit le président, par les ennemis de la chose publique. » Nous n'avons pas a rendre compte ici de la discussion très-digne, très-calme à laquelle cet événenient donna lieu; il nous suffira d'en indiquer les résultats. L'Assemblée, prenant résolument en mains le pouvoir exécutif, commença par mander tous les ministres à sa barre pour leur donner ses ordres et par décréter l'envoi immédiat, dans tous les départements, de courriers chargés d'enjoindre à tous fonctionnaires, gardes nationales et troupes de lignes, d'arrêter ou faire arrêter toutes personnes sortant du royaume. Puis elle adopta une proclamation invitant les citoyens de Paris à se tenir a sa disposition pour maintenir l'ordre

(1) V(»y. la narration de MM. Bucliez et Itoux, d'aprî's les journaux du temps. Hist. jiarU'weutaire^ t. X, p. 243 et suiv.

(2) Point (iujour^ numéro 710, avec cette épigraphe : Excidat illa Dits.

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